RD CONGO: Enfin un projet d’eau potable pour la commune de Mont Ngafula!

KINSHASA, 20 mai (IPS) – Plus de 70 pour cent de la population de la commune de Mont Ngafula, au sud de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), n’a pas accès à l’eau potable depuis plus de 30 ans, selon la municipalité. Les habitants s’approvisionnent par l’eau de pluie ou à travers des puits creusés par eux-mêmes.

«Ici, seules les familles qui ont des véhicules peuvent accéder à l’eau potable. Les véhicules servent pour aller puiser de l’eau dans les communes desservies par la REGIDESO, l’entreprise nationale qui a le monopole de production et de distribution de l’eau», affirme Philomène Tshomba, une vendeuse au petit marché du quartier communément appelé «Tchad», un des quartiers populaires de la commune de Mont Ngafula. Tshomba a indiqué à IPS qu’elle est «habituée à se laver et à boire de l’eau puisée dans un puits creusé dans la parcelle familiale» par son mari.

«Les eaux de puits et des pluies, auxquelles est de plus en plus habituée la population, sont très dangereuses du fait de leur caractère impropre», selon Paul Baseme, un médecin habitant du quartier «Tchad». Selon Baseme, il existe «des puits qui sont creusés dans des parcelles exiguës non loin des toilettes; ce qui laisse croire que les eaux utilisées par la population se mélangent à celles venant des toilettes».

A la municipalité de Mont Ngafula, Dominique Bango, chargé de la population, se plaint : «Rien ne peut justifier le fait que cette vaste commune de 358.000 km² habitée par 275.642 personnes, selon les statistiques de 2009, soit si marginalisée et exposée à des maladies de mains sales faute d’eau potable pour la population».

En effet, selon les chiffres contenus dans les registres des services commerciaux de la REGIDESO, la régie «ne fournit de l’eau qu’à seulement 2,54 pour cent de la population de Mont Ngafula». Mais Dieudonné Boko, responsable commercial de cette entreprise, a indiqué que «ce chiffre pourrait même être réduit à cause du fait que certains abonnés ont été récemment coupés faute d’avoir honoré leurs factures».

«Heureusement», ajoute Boko, «que le gouvernement vient de lancer un vaste projet de forage pour pallier les insuffisances de l’entreprise publique – la REGIDESO – en projetant de fournir de l’eau potable à plus ou moins 50.000 personnes vivant dans le quartier de Lutendele. Mais il faut que ce genre de projet soit développé sur l’ensemble de la commune».

«Le 15 mai 2010, le gouvernement a lancé un important projet de forage à Lutendele, un des 20 quartiers de la commune afin de fournir de l’eau potable à plus ou moins 50.000 personnes», confirme Georges Giza, un technicien en adduction d’eau au ministère du Développement rural.

Lors du lacement des travaux de forage, Philippe Undji Yangian, ministre du Développement rural, a déclaré que «cette activité est une importante étape qui s’inscrit dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Il s’agit d’un projet pilote qui pourra se poursuivre à travers toutes les communes non encore ou pas assez desservies en eau potable par la REGIDESO».

Ce forage, qui coûtera environ 60.000 dollars US, est mis en œuvre par l’Unité de coordination des programmes, qui est un bureau d’exécution des programmes du gouvernement de la RDC, financés par la Banque mondiale. Les travaux dureront trois mois au maximum, selon le ministère.

Sceptique par rapport à la viabilité de ce projet, Julie Lebika, une dame habitant le quartier de Lutendele, affirme qu’elle est «habituée aux promesses gouvernementales». Pour elle, il s’agit d’un projet peu ambitieux qui ne vise à satisfaire qu’une petite partie de la population concernée, dans un pays qui possède des fleuves et des lacs. «D’autres pays n’ont à peine que des rivières, mais fournissent à leurs populations de l’eau potable», ajoute-t-elle à IPS. «Quoi qu’il en soit, je ne sais pas par quelle magie le gouvernement va faire bénéficier la population d’ici de l’eau qui sera produite à Lutendele, sachant que même si nous sommes dans une même commune, nos deux quartiers sont tout de même séparés par plus ou moins 50 kilomètres», ajoute Paul Kita, un étudiant habitant le quartier «Tchad».

Dolly Rukengwa, une habitante de Kindele, un autre quartier de Mont Ngafula, et membre de l’Association des femmes pour le développement de Kindele, croit que «l’eau des puits peut être traitée et distribuée aux populations qui n’ont pas accès à l’eau potable». Elle a fait visiter à IPS une borne fontaine installée par son association, et qui tire l’eau d’un puits traité. «La population doit apprendre maintenant à se prendre en charge et à ne pas tout demander au gouvernement… Avec une technologie de pointe, il y a lieu de capitaliser les eaux des puits et desservir les communes et quartiers qui ne le sont pas encore», déclare-t-elle à IPS.