AFRIQUE: Les exportations des fermiers touchées par le volcan

LE CAP, 5 mai (IPS) – Les fermiers africains sont en train d’évaluer l'impact financier des nuages de cendre volcanique en Islande qui ont entraîné une fermeture de l'espace aérien de l'Europe.

Cette fermeture a forcé les floriculteurs du commerce équitable d'Afrique à jeter 20 millions de roses qui étaient destinées au marché européen.

Le 15 avril, de gros nuages de cendre crachée par le volcan Eyjafjoell en éruption situé sous un glacier dans le sud de l'Islande ont atteint l'Europe continentale. La cendre volcanique réduit la visibilité tandis que les particules de verre qu'elle contient nuisent aux réacteurs des avions, entraînant la fermeture successive des aéroports des pays européens.

“Les producteurs kényans de rose du commerce équitable seuls ont perdu environ un million de fleurs par jour”, selon Benjamin Gatland, coordonnateur régional du Réseau d'Afrique australe pour le commerce équitable (SAFN).

Le SAFN est un réseau de fermes certifiées du commerce équitable en Afrique australe qui aide les producteurs à obtenir des informations de marché et des renseignements concernant les normes du commerce équitable.

Ce mouvement pour le commerce équitable vise à améliorer les conditions commerciales pour les petites entreprises et les conditions de travail grâce à un commerce éthique et durable.

“Bien que les dégâts des événements ne soient pas encore évalués, il est clair que les implications financières pour le Kenya sont énormes. Certaines fermes du commerce équitable ont perdu des récoltes de fleurs entières”, a expliqué Gatland à IPS au cours d'une réunion du réseau du commerce équitable. Au total, l'industrie horticole du Kenya aurait perdu environ 15 millions de dollars.

Les producteurs de fruits et de légumes au Kenya ont été également touchés. “Heureusement, la plupart des produits pouvaient être vendus localement. Avec les fleurs, c’est une autre histoire. Elles doivent être transportées lorsqu'elles sont en floraison, sinon elles ne valent rien pour les acheteurs”, a expliqué Gatland.

Bien que les producteurs de denrées alimentaires aient pu vendre une partie de leurs produits sur le marché local, ils ont néanmoins perdu, a dit Gatland en soulignant: “La vente de fruits et de légumes aux prix locaux n'est évidemment pas aussi lucrative que leur vente en Europe, surtout si vous vous attendiez à obtenir des prix à l'exportation”.

Les floriculteurs du commerce équitable du Kenya n’étaient pas les seuls Africains qui ont souffert des cinq jours de fermeture de l’espace aérien. Leurs homologues de l'Ethiopie voisine, l'un des pays les plus pauvres au monde, ont été aussi touchés.

“Nous avons visité plusieurs fermes de fleurs, petites comme grandes, en Ethiopie au cours des deux derniers jours (26 et 27 avril) et cela a été une grave crise pour elles”, a déclaré Erling Ølstad, directeur de la plus grande chaîne de fleurs du commerce équitable de la Norvège, appelée Mester Gronn. “Ces fermes ont jeté une masse de fleurs”.

Maintenant que la cendre volcanique semble se stabiliser et que l'Europe est en train de rouvrir ses ciels au trafic aérien, le SAFN reprend ses activités comme d'habitude.

“Notre mission pour les années à venir est d'augmenter le nombre de fournisseurs africains du commerce équitable”, a dit Gatland. “Pour le moment, le continent abrite 250 producteurs certifiés, les producteurs commerciaux et les petites coopérations. Nous travaillons dur pour faire impliquer plus de personnes”.

Les produits africains du commerce équitable les plus importants sont le café, le thé, les fleurs, les épices, les fruits et le vin. La majeure partie est destinée à l'exportation.

“Le café provient de la République démocratique du Congo, du Rwanda, de l'Ouganda et du Malawi. Alors que le Kenya est également un important pays producteur de café du commerce équitable, son principal produit est de type floral. Il en est de même pour le Zimbabwe”, a ajouté Gatland.

“La grande partie de notre vin du commerce équitable provient de l'Afrique du Sud. Pour le moment il existe 20 fermes certifiées de vin du commerce équitable dans la province du Cap occidental, en Afrique du Sud, le centre de l'industrie du vin du pays”, a-t-il indiqué.

Les autres produits du commerce équitable en Afrique comprennent les ananas et le sucre qui viennent du Swaziland, le thé et le miel en provenance du Malawi et du beurre de karité ainsi que du cacao provenant de quelques pays d’Afrique de l’ouest.

La mission du Label du commerce équitable d’Afrique du Sud (FLSA) est de promouvoir localement les produits du commerce équitable d'Afrique du Sud.

“Quelques Sud-Africains ne savent rien sur le phénomène de commerce équitable. Nous voulons changer cela, simplement parce qu'il semble exister un marché pour ces types de produits”, explique Boudewijn Goossens, directeur exécutif du FLSA.

“L'année dernière, le prix en gros des produits sud-africains du commerce équitable vendus localement était d'environ 335.000 dollars. En détail, nous parlons d'un chiffre d'environ 535.000 dollars. C'est énorme, parce que dans les années précédant 2009, ce chiffre était à peu près zéro”, s’est exclamé Goossens.

“Pour stimuler la consommation et la production des produits du commerce équitable en Afrique du Sud, nous lançons une nouvelle campagne en mai 2010 pour amener les consommateurs, les producteurs et les détaillants à être informés du label du commerce équitable”.

Waxit, une société qui fabrique des bougies artisanales, est un producteur sud-africain du commerce équitable. Cette usine de bougies est située à St Helena Bay, à West Coast, en Afrique du Sud, à environ une heure et demie au nord du Cap.

“Nous avons commencé il y a deux ans, et actuellement nous avons 300 artisans sous notre aile”, a indiqué le directeur général, Riaan Bosch. “Notre production pour le moment est d'environ neuf à 11 tonnes de bougies par mois, dont 90 pour cent sont exportées vers l'Europe”.

Un salaire plus élevé constitue l'un des avantages dont bénéficient les employés de Waxit: “Nous payons un salaire horaire qui dépasse de 90 à plus de 200 pour cent le salaire moyen gagné dans la région”.

Les employés de Waxit reçoivent un pourcentage des bénéfices annuels et sont employés tout au long de l'année alors que la plupart des usines emploient du personnel sur une base saisonnière.

Bosch a ajouté que “nous travaillons selon une politique d'équité entre les sexes. Environ 70 pour cent de notre main-d'oeuvre comprend les femmes. Notre âge minimum d'emploi est dix-sept ans, puisque, tout simplement, nous ne faisons pas le travail des enfants”.