ABIDJAN, 4 mai (IPS) – Les relations entre la Côte d’Ivoire et le Ghana sont tendues depuis deux mois par la découverte d'un gisement pétrolier offshore au large des côtes ghanéennes. La Côte d’Ivoire en réclame une part en raison du partage de l’espace maritime, mais le Ghana ne semble pas être de cet avis.
Le gisement offshore a été découvert par les compagnies pétrolières russe 'Lukoil' et américaine 'Vanco Energy'. Selon les estimations des analystes, le gisement pourrait produire environ 100.000 barils par jour dans le courant de cette année pour atteindre les 200.000 barils par jour au bout de cinq ans. Ce qui ferait du Ghana le 7ème pays africain producteur de pétrole. La Ligue ivoirienne des droits de l'Homme (LIDHO), basée à Abidjan, a souhaité ce mardi 4 mai, que le différend pétrolier qui oppose actuellement la Côte d'Ivoire au Ghana sur la découverte d'un gisement pétrolier aux frontières maritimes des deux Etats, “ne soit pas amplifié” pour donner l'impression qu'un conflit armé peut naître entre ces deux voisins d'Afrique de l'ouest. “Lorsque les faits sont présentés, nous avons l'impression d'être en face d'une crise de grande ampleur. Nous croyons qu'il ne faut pas amplifier les choses, car les deux pays sont suffisamment armés au niveau politique et diplomatique pour s'accorder sur leurs intérêts”, a indiqué à IPS, André Kamaté, président de la LIDHO. Les deux pays ont déjà saisi la commission de l’Organisation des Nations Unies en charge des délimitations maritimes sur la question en vue de parvenir à un règlement pacifique. Ils ont également mis en place une commission mixte de délimitation des frontières. La commission mixte a entamé, le 27 avril dernier à Accra, au Ghana, ses travaux pour fixer les modalités des négociations entre ces deux pays voisins, l’objectif principal étant de trouver un accord pour éviter un conflit pétrolier. Le ministre ivoirien de l’Intérieur, Désiré Tagro, qui a pris part à la première rencontre de la commission mixte dans la capitale ghanéenne, a présenté la proposition ivoirienne pour la résolution du différend. Selon le texte publié le 27 avril par le quotidien pro gouvernemental, 'Fraternité Matin', il faudrait employer la méthode du méridien géographique compte tenu de la configuration géométrique de la zone frontalière (les côtes ivoiriennes ont l’allure d’une courbe sortante, alors que celles du Ghana ont une forme convexe). Cette méthode conduirait à utiliser le méridien moyen, situé entre le méridien le plus à l’est du territoire ivoirien et le méridien le plus à l’ouest du Ghana pour aboutir à une délimitation en deux parts égales et un partage équitable de l’espace maritime. Mais, les autorités ghanéennes s’opposent à cette idée, soulignant que la frontière maritime doit épouser la limite utilisée actuellement par les deux compagnies pétrolières nationales que sont la PETROCI (Pétrole de Côte d’Ivoire) et le GNPC (Ghana National Petroleum Corporation). Cette limite, selon le ministre ghanéen des Ressources naturelles, Collins Dauda, “est utilisée et respectée par les deux Etats depuis longtemps grâce à une ligne médiane déjà établie”. Les deux Etats n’ont pas encore établi de frontière maritime, selon le ministre. “Quels que soient les arguments techniques et juridiques qui peuvent être développés par les parties en présence, des solutions économiques consensuelles sont envisageables pour la préservation des intérêts mutuels des deux pays frères”, a déclaré le ministre ivoirien des Mines et de l’Energie, Augustin Comoé. Pour Maurice Kablan, un historien chercheur, si la Côte d’Ivoire et le Ghana veulent parvenir à un accord rapide et efficace, il leur faudra s’appuyer notamment sur leur histoire qui ne leur a pas permis de tracer, depuis de nombreuses années, les frontières maritimes entre ces deux principaux producteurs mondiaux de cacao. “Ils n’ont pas défini tôt des frontières parce que liés par l’histoire. Ils ont toujours eu le souci de tout partager. Aujourd’hui, les peuples frontaliers des deux pays sont quasiment identiques et partagent certaines cultures”, explique Kablan à IPS. “Les accords internationaux sont ce qu’ils sont, mais dans ce cas de figure, il y a des détails culturels à ne pas négliger”, souligne-t-il. “Il y a un intérêt particulier pour chacun des deux pays dans cette découverte dans la mesure où ils ont l’intention de se servir des retombées de ce pétrole pour donner un coup d’accélérateur à leur développement”, affirme à IPS, Martinien Gadou, un économiste basé à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. Gadou estime qu’au moment où les discussions sont engagées pour trouver un accord, il est important de savoir que “les deux pays ont admis de ne pas se livrer une guerre de pétrole comme on en a connu entre certains Etats africains. Car l’or noir est devenu un enjeu stratégique dans la projection des puissances des Etats”. “Si l’on ne tient pas compte des liens politiques et socioéconomiques entre les deux pays, on peut affirmer que la Côte d’Ivoire a fait preuve de laxisme parce que sa politique énergétique et pétrolière n’a pas anticipé sur la recherche de pétrole dont elle commence à dépendre de plus en plus”, déclare à IPS, Michel Badou, étudiant en sciences économiques de l’Université de Cocody-Abidjan. Selon Badou, “les difficultés énergétiques auxquelles le pays est confronté depuis quelques années auraient pu permettre aux gouvernants de se lancer beaucoup plus vite à la recherche de ressources pétrolières. Il aurait été certainement le premier à découvrir ce gisement pour être le maître du jeu. Malheureusement, il va devoir subir les règles du jeu”. “Que l’accord se fasse dans des discussions directes entre les parties, ou se fonde sur la tradition ou encore que cela soit conclu sur la base des accords internationaux, les deux pays ont intérêt à s’entendre pour éviter le risque de voir s’ouvrir un nouveau foyer de tension”, prévient Badou.

