LE CAP, 3 mai (IPS) – Mademoiselle, mademoiselle, il y a de minuscules créatures dans l'eau ici!”, crie tout excité un écolier en classe de CM2, tentant d'attirer l'attention sur son échantillon d'eau.
D’abord, le liquide semble clair, mais après un examen plus approfondi, on peut y découvrir un petit invertébré aquatique.
Ce garçon de 13 ans fait partie d'un projet d'éducation à la préservation que son école, Sid G Rule Primary (Ecole primaire Sid G Rule), à Grassy Park, mène en collaboration avec Rondevlei Nature Reserve (Réserve naturelle de Rondevlei) située à environ 20 kilomètres du Cap. Les créatures qu'il compte et identifie permettent d’évaluer la qualité de l’eau.
L'objectif du projet est double: les écoliers apprennent des choses sur les écosystèmes, la biodiversité et la conversation, tout en aidant à collecter des données environnementales importantes que la ville du Cap peut utiliser pour évaluer la qualité de l'eau dans toute la municipalité.
Il fait également partie d'une vision plus grande développée par Dr Mark Graham, écologiste aquatique et directeur du cabinet-conseil sur l’environnement 'Ground Truth', en vue de mobiliser les communautés pour les amener à mieux veiller sur leurs fleuves et autres ressources en eau.
“En raison de l'utilisation accrue des sources d'eau, nos rivières sont de plus en plus sous pression en termes de pollution. La qualité de notre eau montre des statistiques assez inquiétantes”, a déploré Graham.
Afin de protéger les ressources en eau, les municipalités mettent généralement en œuvre une série d'initiatives, comme l'amélioration de la gestion de leurs déchets solides et des systèmes d'égout ainsi que l'investissement dans la réhabilitation des zones humides et la préservation. Mais sans l’implication des communautés, les projets de préservation de l'eau ne seront jamais complètement réussis, estime Graham.
Il a eu par conséquent l'idée de demander aux écoles de choisir une section de rivière qu'elles surveillent régulièrement. Les données que les écoliers collectent pourraient être fournies au service des affaires de l'eau de la municipalité dans laquelle est située l'école.
Si toutes les écoles s'engageaient à tester une certaine partie d’une rivière, tout un système fluvial pourrait être surveillé et ces informations pourraient éclairer la stratégie de gestion des eaux d'une municipalité, suggère Graham.
“Les enfants apprennent quelque chose et s'impliquent directement dans la préservation de l'environnement. C'est une grande opportunité pour le changement de comportement, beaucoup plus efficace que de dire simplement 'ne salissez pas', a soutenu Graham. “L'initiative fait des champions de l'environnement au niveau communautaire. Elle amène les citoyens à se rendre compte du rôle qu'ils peuvent jouer”.
Bronwen Foster, responsable de la préservation de la nature à la Réserve naturelle de Rondevlei, qui est gérée par la ville du Cap, en convient. “Pour les enfants, le projet est une plate-forme importante pour la sensibilisation. La plupart des parents n’exposent pas leurs enfants à la nature. Mais une fois que les enfants apprécient l'environnement, ils pensent deux fois avant de jeter des ordures”.
Certains groupes scolaires pratiquent déjà la surveillance de la santé de la rivière communautaire en utilisant le mini Système sud-africain d’évaluation (Mini SASS), qui est une méthode simplifiée de mesure de la qualité et de la nature saine de l'eau qui peut être utilisée par les profanes.
Sur la base de la technique SASS scientifiquement testée et éprouvée, couramment appliquée par des écologistes, le Mini SASS ne mesure pas directement la contamination de la rivière, puisqu’il ne s'agit pas d’un test de l'eau. Par contre, il teste la sensibilité des différents animaux à la qualité de l'eau.
Les enfants recherchent des invertébrés dans les différents habitats sur un site fluvial, collectent les insectes dans de petits filets dans l'eau et enlèvent la boue du filet pour trouver de minuscules insectes.
“C'est un faible outil technique – qui peut être utilisé par tout le monde – pour tester la qualité de l'eau dans les zones rurales et urbaines. Grâce à cette méthode simple, vous pouvez obtenir une connaissance précise de la rivière. Si la rivière est dans un état acceptable, vous devriez avoir plusieurs centaines d'insectes dans l'échantillon”, a expliqué Graham.
Dans la Réserve naturelle de Rondevlei, la coopération entre les écoles et le département scientifique de la ville est encore à ses débuts. Il faut un certain temps pour préparer les enfants à l'activisme environnemental”, déclare Foster.
“Ce serait une excellente idée pour les écoles de choisir chacune une section de rivière et de recueillir des données qui pourraient être utilisées par la ville”, a-t-elle estimé.
Pour l'instant, les enfants reçoivent des cartes qui les aident à identifier des plantes, des oiseaux, des insectes et des petites créatures aquatiques. Avec enthousiasme, ils montent sur les tours de guet, prennent position dans les cabanes de visionnage et attentivement marchent parmi les roseaux et au bord de l'eau pour trouver les animaux qu'ils voient sur leurs cartes.
“Sur la base de ces différents éléments de l'écosystème, ils apprennent à évaluer sa qualité en reconnaissant les indicateurs de base qui montrent que quelque chose ne va pas avec l'eau, notamment en notant ce qui n'y existe pas, ce qui manque, comme les grenouilles, par exemple”, a expliqué Foster.
Les résultats positifs de la préservation de la nature du projet sont visibles presque immédiatement. “S'il y a de la pollution dans l'eau, qu’est-ce qui doit se passer?”, demande Foster au groupe de 36 écoliers à la fin de l'expédition de la journée. “Nous devons faire quelque chose à ce sujet!”, s'écrient les enfants sans hésiter.
Tous semblent désireux de parler à leurs amis et à leurs familles de ce qu'ils ont appris pendant cette journée-là et de mettre en œuvre certaines de ces connaissances dans leurs communautés.
“Nous voulons que les enfants observent la nature et la voient dans la réalité, afin qu'ils n’apprennent pas que par des manuels scolaires”, a dit Peter Botha, maître de la classe du CM2 de l’école primaire, confirmant l'importance du projet. “Ils grandissent pour être plus conscients et transmettre ces informations à leurs parents et ainsi de suite. Nous sommes étonnés de la quantité d’informations qu'ils retiennent”.
Botha affirme que ses écoliers sont maintenant capables de faire le lien entre la pollution qu'ils observent dans leurs communautés et l'impact que cela a sur leur environnement immédiat et la préservation de la nature.
“Je sais maintenant que quand je mets du désordre dans ma maison, ce n'est pas bon pour l'environnement”, dit Caryn Adonis, 12 ans, montrant fièrement ses connaissances nouvellement acquises. L'excursion lui a fait une impression durable. “Je veux travailler ici. C'est tellement génial”, a-t-elle dit de façon sarcastique.

