ECONOMIE–SENEGAL: L’élevage, un secteur porteur mais asphyxié

DAKAR, 19 jan (IPS) – Le Programme triennal d’investissement 2010-2012 consacrera quelque 35 milliards de FCFA (environ 77,8 millions de dollars) dans la construction des abattoirs modernes au Sénégal à partir de cette année, affirme le ministère de l’Elevage de ce pays d’Afrique de l’ouest.

Par ailleurs, répondant aux inquiétudes des éleveurs sur la question du lait, le ministre de l’Elevage, Oumy Khaïry Gueye Seck, explique que le Sénégal a connu en 2009 une surproduction de lait et que son ministère travaille sur les conditions de sécurisation et d’exploitation de ce produit afin d’améliorer les potentialités génétiques. Ce qui a motivé le programme d’insémination de plus 30.000 vaches l’année dernière. «Le ministère de l’Elevage fonctionne avec un déficit de 200 agents et tous les jours, nous recevons de demandes d’affectation d’agents. L’élevage mérite d’avoir plus de ressources et doit être soutenu», déclare-t-elle. Pourtant, le budget du ministère de l’Elevage a enregistré une baisse de 0,23 pour cent de 2008 à 2009. Dans un pays où le secteur de l’élevage occupe 70 pour cent de la population active et avec un capital de bétail d’une valeur de 55O milliards de francs CFA (environ 1,2 milliard de dollars), le Sénégal n’exploite qu’à peine 10 pour cent de ce capital, indique le ministère. Malgré l’effectif du cheptel estimé à plus de trois millions de têtes de bovins, plus de quatre millions d’ovins et d’environ cinq millions de caprins selon la direction de l’élevage, le secteur est confronté à de multiples écueils. Pourtant, la modernisation de l’élevage est au centre des objectifs affichés par le ministère. Selon la direction de l’élevage, le secteur apporte déjà plus de 33 pour cent à la formation du secteur primaire et contribue pour quatre pour cent au produit intérieur brut. L’augmentation de la productivité permettra de répondre aux multiples défis d’approvisionnement des marchés, de sécurité alimentaire, de gestion de l’environnement ou de lutte contre la pauvreté. Abdou Sow, vice-président de la communauté rurale de Ferlo, une localité située dans le nord du pays, explique à IPS que le problème d’eau est l’un des plus importants écueils auxquels est confronté l’élevage au Sénégal. «A Widou, un village de la communauté rurale de Ferlo, le forage prévu pour 2.000 têtes de vaches, fait face à une demande de plus de 10.000. A cela, s’ajoute la vétusté des machines et des motopompes qui fonctionnent à peine. Nos bêtes meurent de soif devant nous», s’indigne-t-il. Abdou Ba, membre du Syndicat des éleveurs de bétail du Sénégal, souligne que les forages n’arrivent pas souvent à alimenter les villages en eau, à plus forte raison les bêtes. «Nous avons interpellé les différents ministres sur la question de l’eau, mais en vain. Nous avons aussi suggéré l’octroi de nouvelles machines à pompe en attendant de trouver des solutions durables, mais personne n’a réagi», déplore-t-il. Selon Mamadou Diallo, vétérinaire exerçant dans la commune de Thiaroye, une banlieue de Dakar, la capitale sénégalaise, hormis le problème d’eau engendré par les feux de brousse, la surexploitation des pâturages, du fait d’une très forte transhumance, les animaux souffrent des maladies dont la pasteurellose, la trypanosomiase, et la claveté. «Outre les ruptures de vaccin et l’insuffisance des parcs de vaccination, il est aussi noté la prolifération des médicaments frauduleux et leurs effets négatifs sur la lactation des vaches. L’absence de laboratoire au niveau régional et le manque d’un fonds de fonctionnement au niveau des postes vétérinaires sont, entre autres, des facteurs défavorables au développement de l’élevage», explique-t-il à IPS. Selon Diallo, la vétusté et le manque d’hygiène de l’abattoir, la faible production de lait, la fréquence des abattages clandestins de bêtes sont d’autres obstacles liés à la production animale. «La concentration des activités au sommet des organisations des producteurs, tout comme les difficultés d’accès au microcrédit du fait du taux d’intérêt pratiqués, le déficit de communication interne entravent le fonctionnement et le développement de l’élevage», déclare-t-il.

Pour sa part, Ibrahima Diagne, étudiant en troisième année à l’Ecole inter-Etats de médecine vétérinaire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, explique que depuis plus de 30 ans, le modèle «productiviste» peine à s’imposer en zone rurale et se limite bien souvent à la périphérie des grandes villes, aussi bien dans le domaine de l’aviculture, de l’embouche ovine ou de la production laitière. Ce modèle productiviste comprend la vaccination, l’insémination artificielle, la stabulation, les cultures fourragères et l’amélioration de l’hygiène des produits.

«Pour moderniser l’élevage, il faut suffisamment de docteurs vétérinaires, d’ingénieurs de la production animale, de zootechniciens, et d'ingénieurs agroéconomistes, entre autres», dit-il. En termes d’alimentation du bétail, explique le directeur de l’élevage, Mamadou Ousseynou Sakho, la région orientale du Sénégal est présentée comme recelant de potentialités non négligeables. Elles ont trait essentiellement à la biomasse herbacée durant l’hivernale et à la présence localisée de la paille en saison sèche. «Pour ce qui est de l’abreuvement du bétail, le gouvernement a installé des forages et puits, et réfectionné une centaine de bassins de rétention d’eau», indique-t-il. Concernant la santé animale, Sakho a également souligné le «renforcement de la prophylaxie du bétail, la disponibilité des produits vétérinaires au niveau local, l’augmentation des capacités d’intervention du service de l’élevage, l’encadrement plus rapproché des éleveurs ou encore un accès plus facile aux produits des vétérinaire». Sakho reconnaît cependant que le secteur souffre de graves manquements et pour atteindre des résultats probants en termes de sécurisation du bétail, il recommande d’acheminer à temps des aides de soudure pour le bétail, la mobilisation des populations contre les feux de brousse et les coupes abusives, ainsi que la modulation localisée de la transhumance et la confection d’enclos communautaires.