NIAMEY, 13 nov (IPS) – ‘’La situation s’est normalisée, les activités ont repris. Les personnes et les marchandises rentrent et sortent du Nigeria sans aucun problème’’, a déclaré le colonel Ibrahim Abou Koura, chef de bureau de la douane de Maradi, dans le sud-est du Niger.
Depuis jeudi, en effet, on assiste à un retour normal du trafic des camions de transport de marchandises entre le Niger et le Nigeria après une fermeture de la frontière de plus d’une semaine. Cette reprise des activités a été constatée sur tous les postes frontaliers. ‘’Dans la matinée du 12 novembre, nous avions constaté une perturbation du transport à la frontière. Mais aujourd’hui vendredi, tout s’est passé normalement comme par le passé’’, a déclaré à IPS, Oumarou Saley, maire de la commune rurale de Dan Barto, une localité nigérienne frontalière du Nigeria. Selon El hadji Sani Garba, commerçant à Dan Issa (Maradi), l’arrêt du trafic constaté ces derniers jours n’est rien d’autre qu’un contrôle de routine qui intervient chaque année à la même période et qui concerne tous les pays frontaliers du Nigeria. ‘’Cela n’a rien à voir avec la situation politique du Niger’’, a-t-il affirmé à IPS. La semaine précédente, les frontières entre le Niger et le Nigeria étaient restées fermées. La psychose s’était installée chez les transporteurs, les commerçants et les consommateurs qui se plaignaient, craignant une augmentation des prix, notamment dans les zones directement touchées par le blocus. ‘’Il est à craindre une rupture des vivres et de produits de première nécessité. Cette situation peut aussi étouffer économiquement ces régions frontalières vitrines du commerce nigérien’’, avait affirmé à IPS, Ado Souley, un économiste basé à Niamey, la capitale nigérienne. Pourtant, du côté des deux capitales, Niamey et Abuja, les officiels minimisaient la situation qu’ils qualifiaient de non-événement. ‘’Nous n'avons reçu aucune notification de la part des autorités nigérianes sur une éventuelle fermeture des frontières entre nos deux pays’’, ainsi s’exprimait la ministre nigérienne des Affaires étrangères, Aichatou Mindaoudou, sur le blocus observé depuis le 3 novembre aux postes frontaliers du Niger et du Nigeria. Le trafic des camions de transport de marchandises aux principales portes d'entrée du Niger était soumis à une longue fouille par les agents de la douane nigériane qui ne laissaient entrer au Niger aucune quantité importante de denrées alimentaires. Les véhicules de marchandises étaient bloqués aux frontières, mais les personnes continuaient de circuler librement. Cette situation de blocus a semé la psychose au sein de la population. Les régions concernées sont Maradi, Zinder et Tahoua (sud-est du pays). Ces localités nigériennes ont plus de relations commerciales avec les villes de Kano, Sokoto et Katchina, dans le nord du Nigeria, qu’avec Niamey.
Faute d’explications officielles, les populations frontalières nigériennes établissaient un lien entre le blocus et l'isolement politique du Niger depuis le référendum contesté organisé au Niger le 4 août dernier, qui a modifié la constitution du pays. Elles avaient peur des représailles économiques de la part de leur grand voisin du sud.
L’Etat du Niger a été suspendu des instances de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) suite à son refus de reporter – à la demande de l’organisation régionale – les élections législatives du 20 octobre. Ces élections boycottées par l’opposition ont été dénoncées par la communauté internationale. La décision de la suspension du Niger de la CEDEAO avait donné lieu à plusieurs spéculations sur un probable isolement du pays.
‘’Nous ne connaissons pas les motifs de ces perturbations dans les échanges. Seulement, quelques douaniers nigériens nous ont dit que la décision est venue d’en haut’’, avait expliqué Sani Mallam, un conducteur de camion sur l’axe Maradi-Kano. Selon l’ambassadeur du Nigeria au Niger, Batouré Lawal, aucune décision allant dans le sens de la fermeture des frontières, n’a été prise par les autorités nigérianes à quelque niveau que ce soit. ‘’Je me suis renseigné, le gouvernement de mon pays n'a jamais ordonné la fermeture de la frontière. Nous avons des relations parfaitement normales avec la République du Niger. Il n’y a absolument aucun problème qui puisse justifier la fermeture de la frontière’’, avait-il déclaré devant des journalistes à Niamey. Pourtant, le ministre nigérien du Commerce, de l'Industrie et de la Normalisation, Halidou Badjé, avait fait état d'une situation de blocage de camions transportant des marchandises au niveau des postes frontaliers. Mais selon le porte-parole du gouvernement du Niger, Kassoum Moctar, cette situation est à mettre sur le compte des ‘’individus malintentionnés qui veulent entacher les relations séculaires entre le Niger et le Nigeria. Officiellement, aucun embargo n'a été décrété de la part du Nigeria’’, a-t-il dit. Le Niger est le Nigeria partagent une frontière de 1.500 kilomètres. Le Niger étant un pays enclavé, le Nigeria, qui est situé sur l’océan Atlantique, est une destination privilégiée pour des commerçants nigériens. Presque toutes les localités du sud et du centre du Niger vivent au quotidien au rythme des échanges avec le Nigeria. Cependant, ces échanges se font le plus souvent dans un cadre informel. Le Niger exporte vers le Nigeria des produits comme le souchet, le poivron, le poisson, les animaux sur pieds, le niébé, les cuirs et peaux, le natron, le tabac et les cigarettes. En retour, il importe du Nigeria des produits manufacturés comme les pommades, les huiles de table, du lait concentré, les aromes, les produits pétroliers, les denrées alimentaires, les matériaux de construction, les pièces de rechange des véhicules, de l’énergie électrique…
Toutes les villes nigériennes, en dehors de celles du nord-est, sont alimentées en énergie électrique grâce au barrage de Kainji au Nigeria. C’est pourquoi au lendemain des sanctions infligées au Niger par la CEDEAO, le collectif des organisations pour la défense du droit à l’énergie avait invité le gouvernement nigérien à prendre des dispositions pour empêcher une éventuelle rupture dans l’approvisionnement du pays en électricité et en produits vivriers. Selon des statistiques officielles, le Nigeria est le sixième partenaire économique du Niger avec, en 2007, 21,5 milliards de francs CFA (environ 48,8 millions de dollars) d'exportations et 4,5 milliards FCFA (environ 10,2 millions de dollars) d'importations.

