WASHINGTON, 20 oct (IPS) – Les opérations militaires soutenues par les Nations Unies dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) ont eu un coût “inacceptable” pour la population civile, a déclaré une coalition de groupes de défense des droits de l’Homme.
L'appel à l'action de la Coalition de plaidoyer pour le Congo a indiqué, le 13 octobre, que 1.000 civils ont été tués, 7.000 femmes et filles ont été violées, et près de 900.000 personnes ont été obligées de fuir leurs maisons depuis janvier.
Ceci est survenu lorsque l'armée congolaise a lancé une opération baptisée Kimia II pour désarmer et dissoudre le groupe de la milice des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), un groupe de Hutus rwandais : certains dont les leaders ont participé au génocide de 1994 au Rwanda voisin. Bien que la plupart des violations continuent d’être commises par les FDLR, l'armée congolaise a également tué, violé, pillé, arbitrairement arrêté et forcé des civils innocents au travail dans les provinces orientales du Nord et du Sud-Kivu, affirme la coalition. La Mission de maintien de la paix des Nations Unies au Congo (MONUC), soutient l'armée congolaise depuis mars, et une grande partie des critiques de la déclaration était dirigée contre l'indifférence perçue des casques bleus de l’ONU pour les conséquences de l'opération pour les civils. “Les soldats de la paix de l’ONU, qui ont pour mandat de protéger les civils, on d’urgence besoin de travailler avec les forces gouvernementales pour s'assurer que les civils bénéficient de la protection dont ils ont besoin ou d’interrompre leur soutien”, a souligné, dans la déclaration, Marcel Stoessel d’Oxfam. Les casques bleus de l’ONU fournissent une expertise tactique, des moyens de transport et le soutien médical ainsi que des vivres et du carburant à l'armée. Les groupes ont déclaré que l’ONU devrait utiliser son influence pour exiger que l'armée protège les communautés et les droits des civils, notamment en demandant le retrait des commandants ayant “des antécédents connus de violations des droits de l'Homme”.
“Les fonctionnaires de l’ONU affirment que s'ils ne faisaient pas partie des opérations, alors la menace pour les civils serait même pire. Notre réponse à cela est qu'ils auraient dû mettre des conditions pour leur appui à de telles opérations”, a confié à IPS, Anneke Van Woudenberg de 'Human Rights Watch', le 13 octobre. Le Conseil de sécurité de l’ONU a également autorisé 3.000 autres soldats de la paix pour la région en novembre 2008, mais ils n'arrivent que maintenant. En attendant, les habitants sont en train d’être forcés à fuir à la fois les massacres de représailles des FDLR et les avancées de leur propre armée dont les soldats sont souvent sous-payés, sous-alimentés et mal formés. Cela a conduit à des critiques plus larges de l'approche militaire offensive de l'opération pour le problème des FDLR. “Notre recommandation est qu'il existe une approche à plusieurs volets pour les FDLR, qui ne se focalise pas exclusivement sur la solution militaire”, a déclaré Van Woudenberg, le 13 octobre. “La pression militaire peut être toujours nécessaire, mais elle devrait être limitée dans sa portée et se concentrer vraiment sur le leadership des FDLR. Il n’y a aucun doute qu'une solution au problème des FDLR est nécessaire, mais cela ne devrait pas venir avec une étiquette indiquant qu’elle cause plus de pertes de vie chez des civils”, a-t-elle expliqué.
Selon les statistiques de l'ONU citées dans la déclaration, 1.071 rebelles du FDLR ont abandonné leurs armes et ont été rapatriés au Rwanda depuis janvier. Toutefois, le groupe devrait compter 6.000 ou 7.000 combattants avant janvier, et on pense qu'il a recruté de nouveaux combattants pour remplacer ceux qu'il a perdus.
L’est du Congo a souffert des rivalités de plusieurs milices pendant environ 15 ans. En décembre 2008, les Congolais ont combattu l'Armée de résistance du Seigneur, un groupe de rebelles ougandais, dans le nord du Congo, avant de lancer les opérations actuelles contre les FDLR un mois plus tard.
L'ampleur et la férocité des combats continuent de monter en spirale depuis ce temps. Les rebelles des FDLR accusent les civils du fait que l’armée les poursuit, et punissent brutalement les habitants. L'armée enrôle à son tour les habitants qui fuient pour transporter les munitions et des provisions à travers le terrain accidenté. Il existe des rumeurs selon lesquelles certains ont été tués parce qu’ils deviennent trop fatigués pour travailler.
Un massacre bien enquêté s’est produit en mai dans le village de Busurungi, où au moins 100 personnes ont été tuées par les rebelles après que l'armée a quitté le village. Des femmes et des enfants ont été forcés dans leurs cabanes, qui ont été ensuite incendiées, et plusieurs personnes ont été décapitées comme une menace pour dissuader les passants de coopérer avec l'armée.
Les survivants ont dit que c'était une vengeance pour le massacre des rebelles et de leurs familles par l'armée dans un village voisin. Les civils sont victimes des deux parties dans le push-pull de ces violences.
La présence des FDLR dans l'est du Congo et leur force matérielle peuvent remonter à leur contrôle du commerce minier de la région. On pense que ce contrôle a été quelque peu déstabilisé par les opérations militaires.
La déclaration du 13 octobre a indiqué que le désarmement des FDLR devrait rester une priorité absolue pour le gouvernement congolais, mais qu'il a besoin “d'agir immédiatement pour améliorer la protection des civils”.
Elle a été signée par 84 ONG internationales et congolaises, avec un comité de pilotage qui comprend 'Human Rights Watch' et Oxfam. Elle comptait influencer les diplomates et les fonctionnaires de l'ONU à la réunion du Groupe de contact des Grands Lacs à Washington, la semaine dernière.

