NIGERIA: Le poisson pourrait jouer un rôle plus grand dans la sécurité alimentaire

AKARAKUMO, Nigeria, 13 oct (IPS) – L'odeur de poisson fumant remplit l'air pendant que l'on s'approche du bungalow situé à quelques mètres de la rive de la lagune. Comme la plupart des familles dans le village, l'instituteur John Sewanu et sa famille de sept membres dépendent de la mer pour l'alimentation et les revenus.

L'odeur vient de deux structures derrière la maison, où le poisson est en train d’être fumé dans deux fours en terre.

Devant le bâtiment principal, des filets de pêche de différentes tailles sont répartis sur deux longues perches sur lesquelles sont étalés d’autres filets de pêche de tailles diverses. Juste au-dessus de la ligne d'eau, deux pirogues sorties de l’eau gardent immobiles plus de filets.

Akarakumo est un petit village de pêcheurs situé à quelque 30 minutes de route en voiture de la ville la plus proche.

“Généralement, nous n’amenons pas de poissons frais à Badagry (sud-ouest du Nigeria) pour la vente, sauf lorsque nous capturons de très gros poissons qui ne peuvent pas être consommés à la maison ou vendus sur le marché local”.

Veronica, son épouse corrobore son point de vue.

“Quand nous fumons beaucoup de poissons et d'écrevisses, nous les transportons au marché de Badagry et les commerçants viennent les acheter. Parfois, nous en nvendons beaucoup”, a-t-elle déclaré.

Le poisson est une importante composante alimentaire et l'une des quelques sources de protéines animales disponibles pour beaucoup de personnes en Afrique subsaharienne, représentant une moyenne de 20 pour cent de l’ensemble des protéines. Dans les zones côtières, le poisson fournit jusqu’à 80 pour cent de protéines animales consommées.

La pêche est pratiquée sur beaucoup de fleuves, de criques et de lagunes du Nigeria, alors que des chalutiers opèrent le long de la côte, mais la prise totale annuelle ne fournit que 50 pour cent des besoins en produits de mer du pays, estimés à 800.000 tonnes, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Le Nigeria importe plus de 200 millions de dollars de produits de mer chaque année pour compléter la production locale.

La consommation de produits séchés et fumés augmente, notamment dans les zones les plus reculées, parce qu’ils sont faciles à conserver et à consommer. Sewanu et d'autres pêcheurs dans le village, avec une population d'environ 2.000 habitants, utilisent un équipement et des méthodes simples.

Cette communauté de pêcheurs compte sur l’argent obtenu de la vente de poissons pour payer la scolarisation de leurs enfants et acheter d'autres objets nécessaires de la vie.

Sewanu, 43 ans, qui enseigne également à l’école primaire du village, gagne entre 10.000 et 20.000 nairas (66 à 132 dollars) à partir d'une bonne prise, notamment lorsqu’il peut amener, sur les 10 kilomètres, de gros poissons à Badagry à temps pour les vendre frais.

Même lorsque la prise est petite, la famille aura au moins de la nourriture pour la marmite, et peut réunir l'équivalent de cinq ou six dollars de la vente dans le marché local.

Mais les activités de Sewanu et d'autres ont entraîné l'épuisement des stocks de poissons, selon un analyste.

“Les eaux intérieures du Nigeria peuvent rendre le Nigeria autosuffisant dans la production de poissons et de protéines de poisson si elles sont bien exploitées et gérées. Mais si les pêcheurs continuent de pêcher dans ces eaux sans reconstituer le stock, il y aura pénurie”, a indiqué Folake Areole, présidente nationale de la Société des pêches du Nigeria (FISON).

Areole a dit à IPS qu’avec une reconstitution judicieuse des stocks et une réglementation des activités de pêche afin arrêter la surpêche, le Nigeria pourrait accroître énormément sa production de poissons. Elle a ajouté que si les nombreux poissons locaux disponibles dans le pays sont élevés et éventuellement transformés, cela permettrait au pays de satisfaire ses besoins en protéines de poisson.

Elle a affirmé que l'Institut nigérian de recherche marine et d'océanographie, à Lagos, a développé des techniques pour permettre la mise en boîte du tilapia comme les sardines.

“Lorsque cela est fait, plus de personnes seront capables de l’acheter et auront par conséquent accès au produit et, de cette façon, plus de gens auraient accès aux protéines de poisson et à la sécurité alimentaire”, a déclaré Areole.

Elle a dit que le ministère fédéral de l'Agriculture fait également beaucoup à travers divers projets d'élevage de poissons et la production d'alevins pour appuyer la production accrue de poissons locaux.

Areole est toutefois préoccupée par les activités des chalutiers internationaux qui opèrent dans les eaux territoriales du pays. Elle a indiqué que personne n’a fait une analyse de la quantité des ressources marines qui sont en train d’être prises.

Au cours d'une réunion à Lagos, la capitale économique du pays, au début de cette année, la marine nigériane a dit qu'elle a acquis des bateaux pour lutter contre la piraterie dans ses eaux territoriales, y compris le contrôle des activités de pêche des bateaux étrangers qui pêchent illégalement dans ses eaux.

Mais les pêcheurs locaux estiment que si le gouvernement veut assurer la disponibilité de protéines de poisson et renforcer les communautés de pêche comme Akarakumo, les problèmes du coût élevé des filets de pêche et des équipements doivent être réglés.

“Le premier problème est que nous devons aller loin dans la brousse pour couper des bûches que nous enfonçons généralement dans le lit de l'eau sous forme rectangulaire ou triangulaire sur lesquels nous attachons les filets afin de les empêcher d'être entraînés par le courant”, a souligné Sewanu.

Il a appelé pour une recherche sur la façon de fabriquer des piquets en fer pour remplacer les bûches afin de réduire le coût et le nombre de fois que le pêcheur doit aller chercher de nouveaux piquets.

Il a également demandé au gouvernement de réduire le tarif douanier sur les filets et de les rendre plus facilement abordables pour les pêcheurs afin de leur permettre de produire localement plus de poissons pour assurer la sécurité alimentaire pour la nation.

L’autre problème, a-t-il dit, est le coût des filets.

“Nous sommes obligés de voyager à Lagos pour acheter des filets. Les filets vendus à Badagry viennent du Cameroun et ils sont vendus par un seul homme. Quand bien même ils sont bons, ils ne durent pas parce que la chape utilisée est fragile. Ceux que nous achetons à Lagos sont de meilleure qualité et durent plus longtemps”.