RD CONGO: Manque d’eau et insalubrité dans les résidences d’étudiants

KINSHASA, 11 sep (IPS) – Plus de 7.000 étudiants de l’Université de Kinshasa vivent dans une indescriptible insalubrité faute d’eau potable, et avec des toilettes dont plusieurs sont bouchées depuis de longues années à cause de l’incapacité d’intervention des autorités académiques.

Zet Mazama Kakela, étudiant en dernière année de la Faculté de médecine et responsable de la résidence VII située au petit plateau de l’université, a dit à IPS que «pour faire face à ces difficultés d’hygiène, les étudiants se cotisent de temps en temps pour construire des bornes fontaines» et recevoir de l’eau. Parfois, ils «achètent des détergents et des produits désinfectants afin de lutter, autant que se peut, contre l’insalubrité des chambres et des toilettes où l’eau a coulé pour la dernière fois il y a plus de cinq ans».

IPS a visité plusieurs résidences d’étudiants ainsi que leurs toilettes dont les carreaux des murs ont fini par perdre leur couleur blanche d’origine pour devenir jaunâtres par la saleté et faute d’entretien. La grande majorité des portes de ces toilettes sont verrouillées et marquées «hors d’usage». Des lambeaux de porcelaine demeurés collés aux murs laissent un souvenir d’urinoirs cassés et jamais réparés. Il s’agit «des toilettes et des urinoirs dont certains se sont cassés sans être remplacés et d’autres bouchés depuis longtemps du fait du vieillissement des tuyaux et faute d’eau potable pour chasser les saletés après usage», explique Thom Mukolo, un autre étudiant en médecine, rencontré dans la chambre 745 de la résidence VII, dans laquelle il vit depuis environ deux ans.

Certaines églises ont installé leurs aumôneries au sein des résidences d’étudiants afin de participer à des interventions humanitaires ponctuelles. Pour faire face au manque d’eau potable dans les résidences d’étudiants, «l’église kimbanguiste» et l’église dite «de Jésus Christ des saints des derniers jours» ont, par exemple, contribué à la construction de quatre petites bornes fontaines sur une large cour d’environ deux kilomètres carrés où sont parsemées les résidences dites du petit plateau des étudiants, et qui hébergent environ 3.000 personnes.

Ces deux églises ont également construit des toilettes de fortune en tôles qui n’exigent pas de l’eau. Mais «il s’agit des toilettes qui sont à la base d’une production des mouches nocives et d’odeurs très mauvaises», selon Japhet Ilongo, étudiant à la Faculté de pharmacie, qui conduit des recherches sur les effets de ces toilettes. Ilongo estime déjà que «dans un très proche avenir, elles (ces toilettes) pourraient être à la base de plusieurs maladies des mains sales puisqu’elles ne disposent pas d’eau, que les étudiants qui les fréquentent ne se lavent pas les mains au sortir et puisque les mouches qu’elles produisent se répandent sur les mets vendus ici et là, dans la cours universitaire, y déposent des germes et des microbes venant tout droit de ces toilettes».

Les autorités académiques demeurent loin et silencieuses face à ces difficultés. Mazama et Mukolo ont déclaré à IPS que «cela date de très longtemps, la dernière visite des autorités académiques, venues se rendre compte des conditions dans lesquelles vivent les étudiants». La principale doléance exprimée par ces deux étudiants et d’autres qui ont parlé à IPS, c’est de voir les autorités réinstaller l’eau dans leurs résidences. «La catastrophe humanitaire n’est pas si loin de la vie quotidienne des étudiants de l’université, si on s’arrête à considérer, par exemple, que la résidence VII, qui à elle seule héberge plus de 300 étudiants, ne dispose que de six toilettes dont seules quatre, déjà très insalubres et sans chasse d’eau, sont opérationnelles», ont-ils affirmé. Et c’est la même désolation dans toutes les résidences des étudiants de cette université de la capitale congolaise. Mais, il n’existe aucun projet de réfection de ces toilettes abîmées, selon les membres du Bureau des œuvres estudiantines qui sont les seuls chargés de cette question de logement d’étudiants.

Sylvain Ilunga, chargé des infrastructures au sein du cabinet du secrétaire général administratif de l’Université de Kinshasa, reconnaît «l’incapacité des autorités académiques à intervenir faute de moyens financiers, dans un environnement déjà très détruit depuis de longues années, mais surtout caractérisé par une surpopulation». Pour lui, «il n’est déjà pas concevable que les chambres des étudiants hébergent huit à 10 personnes alors que les plus spacieuses d’entre elles n’ont été construites que pour deux personnes au maximum».

La direction du Bureau des œuvres estudiantines, qui est chargée d’organiser le logement des étudiants de l’Université de Kinshasa, est excédée. Mudy Nakalengi, qui en est un des responsables, a indiqué à IPS qu’il ne dispose déjà d’«aucun sou pour entretenir les bâtiments et les remettre en état». Il déclare regretter que «l’Etat ait abandonné cette important investissement censé assurer l’avenir du pays en le privant de toute dotation financière pour son entretien». Fabien Mpongo, directeur chargé de l’internat-externat au sein du Bureau des œuvres estudiantines, partage aussi ce point de vue. Il confirme que le bureau ne reçoit aucune dotation budgétaire pour venir à bout des besoins en termes d’assainissement des résidences d’étudiants et de réinstallation d’eau dans leurs toilettes.

Joseph Lutula, conseiller en charge des universités au cabinet du ministre de l’Enseignement universitaire et de la Recherche scientifique, a déclaré à IPS que le problème des logements des étudiants de l’Université de Kinshasa est directement lié à celui de l’enseignement universitaire de manière générale, à qui l’Etat alloue une ligne budgétaire insuffisante.

Pour ce conseiller qui est également professeur dans cette université, il est nécessaire de mettre sur pied un projet de politique concerté pour trouver une solution viable au problème de l’assainissement des logements des étudiants et du rétablissement de l’eau dans leurs toilettes. Un tel projet devrait réunir notamment, selon lui, les ministères en charge de l’environnement, de la santé publique, de l’enseignement universitaire et de la recherche scientifique, qui sont tous directement concernés par ce problème.