FARASINME, Nigeria, 8 sep (IPS) – Des femmes, leurs enfants attachés au dos, bravent le soleil de la mi-matinée et convergent vers le Centre de santé des soins primaires, situé à la périphérie du village de Farasinme, la Zone de développement du Conseil de l’ouest de Badagry, dans l'État de Lagos (sud-ouest du Nigeria).
La plupart des femmes, et quelques hommes, ont marché jusqu’au centre, situé à environ un kilomètre du village, pour le dépistage gratuit de diabètes et d'hypertension ainsi que des tests oculaires.
Ils sont venus pour un service de santé gratuit – initié par le gouvernement de l'Etat de Lagos – offert de temps en temps à travers plusieurs bureaux et centres de santé publics dans la région.
Deux semaines auparavant, le Centre de santé des soins primaires de Farasinme a mené un programme similaire, appelé 'Free Health Mission' (Mission de santé gratuite), visant à atteindre les personnes souffrant de diverses maladies dans le village et dans les communautés avoisinantes.
Le médecin départemental en charge des Centres de santé des soins primaires dans la Zone de développement du conseil local de l’ouest de Badagry (LCDA), Dr Adebayo Akintayo, a déclaré à IPS que le programme est un effort délibéré pour changer les perceptions des habitants des zones rurales sur la médecine orthodoxe. Selon lui, davantage de personnes fréquentent plus les guérisseurs traditionnels que les hôpitaux orthodoxes à cause de leur croyance spirituelle.
Au cours du programme, les gens qui ont des problèmes de vue ont reçu gratuitement des lunettes, tandis que les femmes enceintes ont bénéficié des examens médicaux gratuits et ceux ayant besoin d’une intervention chirurgicale ont été envoyés à l'Hôpital général de Badagry pour un traitement gratuit.
Dans cette zone et d'autres zones rurales du Nigeria, les accoucheuses traditionnelles (AT) s’occupent pour la plupart des femmes enceintes, et l'accouchement naturel à la maison est encore la méthode de délivrance la plus courante. Par conséquent, il y a un risque plus grand que la mortalité maternelle et infantile soit plus élevée qu’elle ne l’est dans le cas d’une intervention médicale timide. Des programmes comme la 'Mission de santé gratuite' fait partie de cet objectif.
“Le président de la LCDA a fourni gratuitement des kits d’informations sur l'accouchement aux femmes enceintes qui ont participé au programme, et nous les avons encouragées à dire à d'autres femmes enceintes, dans leurs collectivités, de venir se faire enregistrer pour des soins prénataux et des examens de santé réguliers”, a expliqué Akintayo.
Les agents de santé dans ce centre offrent également la vaccination systématique gratuite aux communautés situées à la frontière entre le Nigeria et la République du Bénin, pour s’assurer que les bébés sont vaccinés contre six maladies mortelles, dont la poliomyélite, la rougeole et la tuberculose. A la suite de ces efforts, les maladies mortelles de l’enfance avaient été considérablement réduites dans la zone de Badagry, a indiqué Akintayo.
“L’une des raisons pour lesquelles nous menons ce projet et d'autres du genre est d'essayer d'atteindre cet élément des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), et l'un des domaines clés est la réduction de la mortalité maternelle et infantile, ainsi que la réduction de la pauvreté”, a affirmé Akintayo.
Sidiki Coulibaly, le représentant du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) au Nigeria, a qualifié le taux de mortalité maternelle au Nigeria comme étant “si élevé qu’il est inadmissible” et a souligné la nécessité d'une collaboration active entre touts les acteurs pour réduire la tendance.
Le Nigeria représente environ deux pour cent de la population mondiale, mais supporte dix pour cent du fardeau mondial de la mortalité maternelle, selon l’UNFPA.
Akintayo a expliqué que la mortalité maternelle et infantile, notamment dans les zones rurales, est principalement la conséquence du manque de centres de santé, et les zones où il existe de tels centres, de leur mauvaise gestion et de l'attitude suspecte de la population par rapport à la fourniture des soins de santé.
Les statistiques montrent que près de 80 pour cent de la population du Nigeria sont des habitants des zones rurales qui n'ont pas accès à une fourniture de soins de santé appropriés.
“Dans les endroits où des centres de santé existent, il y a un manque de fonds pour fournir les médicaments nécessaires. Par conséquent, certaines personnes ont décidé d'adopter le spiritualisme au lieu de chercher une solution médicale à leurs problèmes de santé”, a-t-il dit.
La situation est aggravée par le fait que bon nombre de professionnels de santé ont quitté le Nigeria à la recherche de meilleures perspectives du fait de l'économie en mauvaise passe et d’une rémunération inadéquate des agents de santé au pays.
Le coût des soins de santé est un autre obstacle. “Mon expérience dans cet environnement est que la plupart des gens sont pauvres et sont incapables de consulter un médecin. C'est pourquoi la présente administration de l'Etat a dit qu’il est obligatoire que les centres de soins de santé gratuits soient répandus dans les zones rurales”. Akintayo a aussi noté que la plupart des gens, y compris les femmes enceintes, fréquentent les phytothérapeutes ou les tradipraticiens à cause du coût des soins de santé et “parce que les choses dans le secteur traditionnel sont spiritualisées et bon marché”.
“L’Africain moyen croît que c'est un sorcier du village qui est en train de jeter un sort sur lui et qui est en train de causer le problème. C'est pourquoi la question d'éducation ou d'éclaircissement est si importante. Beaucoup de gens, même s’ils ont été éduqués à l'école, continuent de retourner à la tradition.
“Bien qu’il n'y ait rien de mal à cela, les croyances traditionnelles peuvent être réformées de manière que les gens soient plus instruits et éclairés. Notre programme éducatif ne règle pas vraiment la question du traditionalisme”, a souligné Akintayo.
Esther Omolere, une accoucheuse traditionnelle dans le village, a déclaré à IPS qu'elle ne joue qu’un rôle complémentaire à celui des sages-femmes, et renvoie les femmes vers l'hôpital s'il y a des complications. “Je n'ai jamais enregistré de décès pendant mes cinq années en tant qu’une AT parce que j’encourage également mes patients à se faire enregistrer à la maternité et si je constate des complications, je les renvoie immédiatement vers l'hôpital”, a-t-elle affirmé.
Elle a, toutefois, confirmé que les femmes enceintes sollicitent premièrement la phytothérapie, “qui est ce à quoi la plupart des gens retournent maintenant”.
En attendant, Akintayo est préoccupé du fait que l'allocation du gouvernement au secteur de la santé est toujours loin d'être suffisante.
“Le gouvernement alloue beaucoup d’argent au secteur de la santé, mais il ne satisfait pas encore à la recommandation de l'Organisation mondiale de la Santé des 15 pour cent de l'enveloppe budgétaire.
“Si le gouvernement pouvait reconnaître le fait que la santé est une richesse, ce serait mieux pour tous, puisque l’on ne peut pas quantifier la perte d'un individu en termes d’argent. Un investissement dans la santé ne peut être jamais regretté”, a-t-il dit.
Le gouvernement nigérian a alloué environ 264 millions de dollars à la santé dans le budget national de 2009.

