BRAZZAVILLE, 25 août (IPS) – Emilienne Raoul, ministre de la Santé du Congo, a annoncé que huit personnes avaient trouvé la mort après avoir contracté une grippe. «Mais nous voulons rassurer les populations qu’il ne s’agit que d’une grippe habituelle, à ne pas confondre avec la grippe porcine, cette pandémie mondiale», a-t-elle déclaré aux journalistes, jeudi à Brazzaville.
Cette épidémie de grippe s’est déclarée dans deux départements du nord de ce pays d’Afrique centrale : la Sangha et la Cuvette. Dans la Sangha, la grippe a sévi à Séka, un village de quelque 230 personnes dont 90 pour cent sont des Pygmées. «Il faut dire que ceci est favorisé par la promiscuité, étant entendu que ce peuple vit confiné dans de petites cases», a expliqué, à IPS, Dr Alexis Elira, directeur général de la santé du Congo, ajoutant que 166 personnes avaient été contaminées dans cette bourgade. «Ici, toutes les quatre victimes sont des autochtones», a confirmé à IPS, Henri Mounzéo, épidémiologiste à la représentation de l’Organisation mondiale de santé (OMS) à Brazzaville, la capitale congolaise. Il a fait partie de l’équipe médicale qui s’est rendue à Séka. Contacté par IPS, le président du Réseau national des peuples autochtones, Bernard Toto Ngonimba, s’est montré préoccupé. «Nous sommes très préoccupés par cette situation, nous rassurons nos parents qui sont touchés par cette épidémie que nous allons solliciter auprès de nos partenaires, l’aide nécessaire pour les soulager», a-t-il indiqué. L’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH), basé à Brazzaville, qui mène des actions pour la reconnaissance et la promotion des droits des peuples autochtones, appelle le gouvernement à plus de responsabilité. «C’est le gouvernement qui les a laissés pour compte. Il faut qu’il s’implique dans la reconnaissance de leurs droits, notamment le droit à la santé», a déclaré, à IPS, Roger Bouka Owoko, directeur exécutif de l’OCDH. A Owando, dans la Cuvette, quatre personnes ont été également tuées par cette grippe, mais les victimes sont cette fois-ci des Bantous. Les autorités ont été informées le 6 août pour Seca, et le 14 août pour Owando. Elles ont déployé des équipes médicales sur le terrain avec l’aide de l’OMS. Toutefois, avant que cette grippe ne fasse des victimes humaines, des bêtes – des cabris et des moutons- ont été trouvées mortes. «Elles avaient développé un rhume et faisaient des selles sanguinolentes, mais on n’a pas établi de lien direct avec la grippe», a précisé Mounzéo. «L’épidémie a été maîtrisée. Il n’y a plus de nouveaux cas depuis quelques jours. Nous avons tout maîtrisé», a affirmé Mounzéo qui a également confirmé à IPS que les populations de la contrée avaient paniqué, croyant à la grippe porcine, la AH1N1, qui sévit un peut partout dans le monde. Selon le gouvernement, les analyses effectuées à partir des prélèvements ont démontré qu’il ne s’agissait nullement de la grippe porcine. «Les résultats ont confirmé qu’il ne s’agit pas de la pandémie qu’on craint tous, mais d’une grippe saisonnière habituelle sous une forme sévère», a souligné Dr Elira, ajoutant que les populations infectées ont toutes été traitées aux anti-grippaux comme le Tamuflu et des antibiotiques. Le Congo ne disposant pas de laboratoires appropriés, ces analyses ont été faites à Kinshasa, la capitale voisine de la République démocratique du Congo (RDC) et en Afrique du Sud. Les résultats n’ont pas confirmé la présence dans les prélèvements du virus AH1N1. «Cette épidémie nous a permis d’isoler enfin ce virus habituel, et nous savons maintenant qu’il s’agit du virus H3N2», a indiqué à IPS, Jean de Dieu Konongo, un autre épidémiologiste à l’OMS, à Brazzaville. Les analyses envoyées du Congo ont été appuyées par l’OMS à Brazzaville, notamment dans le conditionnement des prélèvements et leur transfert à l’étranger. Selon les épidémiologistes à Brazzaville, à chaque saison sèche, le Congo est frappé par une grippe ordinaire caractérisée par un rhume et un écoulement nasal. «La panique au sein de la populations est justement due à la situation mondiale caractérisée par la grippe porcine. Mais une fois de plus, il n’en est rien», a martelé Dr Elira. «Avant, la grippe chez nous n’était pas une maladie notifiée, ceux qui la contractaient se soignaient par des tisanes, et il n’y avait pas de surveillance. La grippe fait chaque année au Congo deux à trois décès sur 1.000 cas», a indiqué à IPS, Dr Jean Vivien Moumbouli, directeur de la recherche au Laboratoire national. Les équipes médicales de l’OMS ont, toutefois, relevé des cas en hausse de cette grippe saisonnière dans les régions concernées. «D’après les registres des hôpitaux, les cas de cette grippe ont doublé, voire triplé, ces trois derniers mois», a souligné Mounzéo, de l’OMS. «Nous ne baissons pas la garde, la surveillance continue. Mais pour l’heure, il n’y a pas de grippe AH1N1. Le Congo n’est pas à l’abri, car un cas a déjà été confirmé en RDC, notre voisin, et nous avons un contact régulier avec la France, un pays très touché, par des vols qui desservent Brazzaville quatre fois par semaine», a-t-il ajouté. «Nous craignons fort, avec le retour des vacanciers de France, que le Congo connaisse ses premiers cas de grippe AH1N1 d’ici à septembre. C’est très probable», a averti Dr Moumbouli.

