MALAWI: Des relations sexuelles à haut risque parmi ceux qui "n’existent pas"

LE CAP, 24 août (IPS) – Une étude sur les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH) au Malawi montre que, comme ailleurs dans le monde en développement, ce groupe vulnérable court un risque plus grand de contracter le VIH et le SIDA que le reste de la population.

Par ailleurs, leur statut de risque est exacerbé puisque les gouvernements refusent de les cibler pour les services ou informations de santé afin de contenir la transmission du VIH. L’étude a été présentée à la conférence sur les doits humains des récentes ’World Outgames’ (Rencontres internationales des homosexuels), tenue dans la capitale danoise du 25 juillet au 1er août. Au cours de la même session, il s’est avéré que les HSH dans les pays en développement sont en moyenne 19 fois plus exposés à devenir séropositifs que le reste de la population. Au Kenya, en Afrique de l’est, 38 pour cent des HSH sont séropositifs, contre six pour cent pour le reste de la population, selon des données fournies par le Fonds du Danemark pour la lutte contre le SIDA. Au Sénégal, un pays d’Afrique de l’ouest, environ 22 pour cent des HSH sont séropositifs, contre moins de deux pour cent pour le reste de la population. Au Malawi, un Etat d’Afrique australe, la prévalence du VIH s’élève à 21 pour cent chez les personnes interrogées – considérablement plus élevée que la prévalence nationale qui est de 14 pour cent. Cela a été constaté dans une étude visant à établir la prévalence du VIH et le comportement sexuel des HSH, un groupe minoritaire sur lequel très peu de recherches ont été effectuées, notamment au Malawi. Le Fonds pour la lutte contre le SIDA attire l’attention sur la nature cachée des relations sexuelles entre les hommes puisqu’ils sont “souvent traqués et obligés de vivre leurs vies en secret”. Au Malawi, l'homosexualité a été criminalisée et les rapports sexuels entre hommes peuvent vous mettre en prison pour cinq à 14 ans, avec ou sans châtiments corporels. On pense que certains hommes ne s'identifient pas comme des gays ou bisexuels, et persistent dans les relations avec les femmes afin de dissimuler leur orientation homosexuelle.

L'étude, menée en 2007, souligne que des politiciens et autres leaders au Malawi “préfèrent projeter le point de vue selon lequel l'homosexualité est inexistante dans le pays”. A cause de cette existence en cachette forcée, peu d'informations existent et les données sont difficiles à obtenir. Les HSH ont peur d'être identifiés – au point que les chercheurs ont constaté qu'il est difficile de conduire l'étude. “Les hommes ont été réticents à participer aux ateliers que nous avons organisés dans le cadre de l'étude. Certains n’ont pas voulu être interrogés non plus”, a déclaré à IPS, dans un entretien, Gift Trapence, l'un des auteurs de l'étude.

Même parmi ceux qui étaient disposés à participer à l'étude, il a été enregistré des niveaux extrêmement bas de la divulgation de leur statut à leurs proches parents (sept pour cent) et à leur famille étendue (13 pour cent). Trapence est le directeur de programmes au Centre pour le développement des personnes (CEDEP) à Blantyre, au Malawi, qui est une organisation des droits humains qui répond aux besoins et aux défis des groupes minoritaires tels que les gays, les lesbiennes et les homosexuels. Les autres institutions impliquées dans l'étude étaient la Faculté de médecine à l'Université du Malawi, Zomba; le Projet de santé sexuelle et des droits de 'Open Society Institute' basé à New York; le département d'épidémiologie ainsi que le centre de santé publique et des droits humains, tous deux à la Faculté de santé publique de Johns Hopkins, à Baltimore, Etats-Unis.

Trapence a confié à IPS que “la prévalence du VIH est élevée chez les HSH parce qu’il n'y a aucune intervention pour s’adresser particulièrement à ce groupe. Ils ont un manque de connaissances et ils ne sont pas capables d'accéder aux préservatifs”.

Cela s’accorde avec la recherche qui a indiqué que “bon nombre d’Africains pratiquant l’homosexualité sont régulièrement privés du droit à la santé – aussi bien directement qu’à travers une série de privations et de violations liées aux droits. “Les actions et inactions des gouvernements, des prestataires de soins de santé et des bailleurs étrangers contribuent à la vulnérabilité au VIH lorsque les personnes pratiquant l’homosexualité sont confrontées à la discrimination pour obtenir des soins de santé, des matériels de rapports sexuels plus protégés, des informations ou un traitement…”, affirme Cary Johnson, le chef de la Commission internationale des droits humains des gays et lesbiennes dans le livre “Off the Map” (A l’autre bout du monde). Trapence a estimé que certains décideurs ont tendance à reconnaître que les HSH existent, mais les politiques, chefs religieux et la société en général trouvent toujours ces relations sexuelles “inacceptables”, d'où l'invisibilité des HSH.

Etant donné les conséquences négatives de l'ignorance officielle, le CEDEP a une approche spécifique pour faire face aux préjugés des décideurs. “Les politiciens ne comprennent pas les choses. C'est une question de droits. Nous travaillons avec eux – plutôt que de rivaliser avec eux – et utilisons les données pour leur faire comprendre ce dont nous parlons”, a expliqué Trapence.

L'étude, qui a été menée auprès de 200 hommes, a constaté des comportements à haut risque: environ 54 pour cent avaient un petit ami tandis que 47 pour cent avaient une relation avec une femme, y compris le mariage. Au total, 56 pour cent des hommes avaient plusieurs partenaires sexuels femmes avec une moyenne de 12 femmes au cours des six derniers mois. Environ 75 pour cent avaient plusieurs partenaires sexuels hommes avec une moyenne de 14 hommes au cours des six derniers mois.

L'étude a révélé que seulement 1,5 pour cent n'ont jamais été informés par un professionnel de la santé qu'ils sont séropositifs tandis que 77 pour cent n’ont jamais été conseillés par un professionnel de la santé de faire un test de dépistage du VIH. Seulement 10 pour cent n'avaient jamais révélé à un professionnel de la santé qu'ils ont des rapports sexuels avec des hommes. La plupart des personnes interrogées ont estimé que les rapports sexuels par l’anus entre un homme et une femme pourraient transmettre le VIH (96 pour cent) que les rapports sexuels par l’anus entre hommes (89 pour cent). Par conséquent, un nombre élevé des personnes interrogées ne savaient pas non plus que le VIH peut se propager à travers les rapports sexuels par l’anus.

Près de la moitié des personnes interrogées n'avaient jamais accédé aux informations sur la façon de prévenir la transmission du VIH lors des rapports sexuels avec un homme. Environ 18 pour cent des personnes interrogées avaient “peur de solliciter des services de santé” alors que 3,5 pour cent avaient été privées des soins de santé.

Au total, 35 pour cent ont toujours utilisé un préservatif lors des rapports sexuels occasionnels avec des hommes, 22 pour cent parfois et 10 pour cent jamais. Au cours des rapports sexuels occasionnels avec des femmes, 26 pour cent ont toujours utilisé un préservatif, 12,5 pour cent parfois, cinq pour cent rarement, et deux pour cent jamais. Au cours des rapports sexuels avec un partenaire femme ou une épouse, environ 20 pour cent ont toujours utilisé un préservatif; 25,5 pour cent parfois; 7,5 pour cent rarement et 5,5 pour cent jamais.

ENCADRE: L'étude au Malawi a été menée auprès de 202 hommes – un échantillon de vingt personnes initialement recrutées à partir des contacts propres des chercheurs puis chaque contact a demandé de recruter neuf ou dix autres hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes pour l'enquête. Les conclusions ont contredit l'idée populaire selon laquelle les HSH sont pauvres, analphabètes et viennent des zones rurales – bien que cela puisse refléter la méthodologie utilisée pour faire le sondage: la majorité des personnes interrogées (73 pour cent) étaient de Blantyre; 91 pour cent avaient le niveau supérieur. Toutefois, seulement 51 pour cent avaient un emploi, reflétant le taux de chômage élevé au Malawi et que les HSH sont plus exposés au chômage.

Parmi ceux qui se considéraient francs, aucun n’était séropositif. Par contre, 52 pour cent de ceux qui se considéraient comme des homosexuels et 47,6 pour cent de ceux qui se considéraient comme des bisexuels étaient séropositifs.

Concernant l'utilisation du préservatif, 26 pour cent de ceux qui ont déclaré qu’ils utilisent toujours de préservatif étaient séropositifs; 14 pour cent de ceux qui utilisent parfois de préservatif étaient séropositifs; et 14 pour cent de ceux qui n'utilisent jamais de préservatif étaient séropositifs. Enfin, 13 pour cent avaient été arrêtés; 15,5 pour cent avaient “peur de marcher dans la rue”; et 17 pour cent avaient été victimes d’un chantage. Au total, 12,5 pour cent des personnes interrogées avaient été battues, dont la grande majorité ont été attaquées par la police ou des cadres du gouvernement pendant qu’un petit pourcentage ont été attaquées par un camarade de classe ou un partenaire sexuel. Quatre pour cent ont été violées, dont seulement deux cas ont été signalés et dont un a conduit à des poursuites.