MEGUET, Burkina Faso, 10 juil (IPS) – Harouna Sawadogo, l’un des membres du comité de gestion de la forêt communale de Méguet, une localité de l’ouest du Burkina Faso, est fier des 350 hectares qu’ils ont réussi à transformer en sanctuaire d’animaux et d’espèces végétales en voie de disparition.
«Nous avons choisi 16 personnes dont six femmes qui font la ronde chaque jour pour surveiller la forêt afin que personne n’y rentre», affirme à IPS, Sawadogo dont la localité est située à 145 kilomètres à l’est de Ouagadougou, la capitale burkinabé. «C’est seulement la peur des feux aux alentours qui oblige cette ronde», ajoute-t-il, visiblement heureux d’expliquer comment l’implication de la communauté a permis de réaliser un exemple de forêt communale. La forêt de Méguet a été découverte par le grand public lors du premier congrès des pays membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) et du Cameroun, en vue de susciter et d’accompagner le développement des forêts communales dans ces pays. La rencontre qui s’est déroulée fin-juin à Ouagadougou, était organisée par la Fédération des communes forestières de France (FNCOFOR) et placée sous l’égide de la CEDEAO. Elle s’inscrivait dans le contexte de la décentralisation et du transfert aux collectivités locales des compétences en matière de ressources naturelles.
«C’était une forêt banale au départ et la commune, avec l’apport des partenaires du nord, ont travaillé pour en faire une forêt protégée après que les populations se sont organisées en comité de gestion avec l’aide des services des eaux et forêts», explique le ministre burkinabé de l’Environnement et du Cadre de Vie, Salifou Sawadogo.
La forêt appartient aux 20 villages de la commune de Méguet dont les populations s’occupent du reboisement et de l’introduction des espèces. La touffe (des plantes ayant bien poussé) a même fait revenir des animaux comme les biches et guibs ainsi que d’autres espèces de plantes qui avaient tendance à disparaître.
«Nous nous sommes compris et personne n’y entre, pas de divagation d’animaux ni de coupe abusive de bois», affirme Harouna Sawadogo.
Les communes vont jouer un rôle important dans la gestion des ressources forestières en vue d’accompagner la décentralisation qui est de plus en plus effective dans les pays de la CEDEAO, explique à IPS Léko, chargé de programme principal pour la forêt à la direction de l’environnement dans l’organisation régionale. «Avec cette nouvelle approche de gestion de forêts, les transferts de compétences inscrits dans les textes de la décentralisation vont devenir réalité. Et avec ça, les plans de développement des communes vont accorder plus d’intérêt à la gestion des ressources forestières dans leur planification», ajoute Léko. «La commune constitue l’entité la plus proche des populations, donc des communautés locales».
Les forêts constituent la principale source d’énergie domestique pour environ 80 pour cent des populations de la CEDEAO, mais également une source pour la pharmacopée traditionnelle, l’alimentation, et une source de revenu.
La CEDEAO constate cependant que la dégradation des ressources forestières, dans la région, est l’un des plus fortes au monde car 900.000 hectares de forêts et terres boisées représentant 1,17 pour cent y sont détruits par an.
A l’issue de la rencontre, la CEDEAO a décidé d’apporter un appui politique et technique aux communes et faire un lobbying auprès des Etats, des partenaires techniques et financiers pour un soutien aux initiatives locales visant à préserver les forêts. «Ce qui est important, c’est cette volonté de commencer tout de suite, d’une façon concrète, à faire des démonstrations que la gestion des forêts communales peut se faire dans chacun des pays», déclare à IPS, Jean Claude Monin, président de la Fédération internationale des communes forestières et président de la FNCOFOR.
La FNCOFOR regroupe près de 5.000 communes françaises propriétaires de forêts couvrant près de 2,5 millions d’hectares et produisant près de 20 millions de mètres cubes de bois par an.
«Nous sommes heureux de pouvoir contribuer à cette émergence de la responsabilité organisée des élus locaux de l’ensemble des pays d’Afrique de l’ouest pour ce qui concerne les forêts», ajoute Monin.
La commune de Mayahi, dans la région de Maradi au Niger, a déjà une petite expérience dans la gestion de la forêt communale et reconnaît que les avantages sont aujourd’hui évidents après les premières difficultés liées à la mobilisation des populations et à la définition des frontières des communes. Selon Abdou Neino, maire de la commune urbaine de Mayahi qui a été la première à expérimenter cette gestion décentralisée des forêts au Niger, l’initiative a consisté à diviser les plantations de doums qui s’étendent sur 70 kilomètres entre les quatre communes, en collaboration avec les chefs traditionnels, l’administration et les élus locaux.
«Chaque commune connaît les limites de son territoire, et depuis ce temps, avec la chefferie et l’administration, on a balisé pour séparer les aires cultivables et l’aire pastorale pour gérer les conflits. Pendant hivernage, l’éleveur connaît où se limiter… et celui qui entre dans le domaine de l’autre est arrêté», indique Neino, affirmant que les conflits sont devenus rares dans sa région.
«La responsabilisation des communes est une bonne chose car les forestiers ne sont pas en nombre suffisant pour gérer les ressources forestières; or il faut une gestion rapprochée pour préserver les forêts», explique à IPS, Adama Doulkom, directeur des forêts du Burkina.
Selon Doulkom, le code forestier et le code des collectivités du Burkina prévoient la création des forêts communales. Plus de 300 forêts communales, dont les superficies varient de 100 à 1.000 hectares, attendent d’être cédées aux collectivités lors de la mise en œuvre des textes de la décentralisation.
Après la rencontre de Ouagadougou, des sites pilotes ont été créés en Côte d’Ivoire, au Burkina et en Gambie, qui pourraient faire école pour les autres pays de la sous-région.
La FNCOFOR, qui suscitera et appuiera les programmes forestiers des communes réunies en association dans le cadre de la coopération décentralisée, soutient déjà des programmes au Cameroun et au Bénin. Au Bénin, un programme d’appui aux forêts communales est en cours d’élaboration avec l’appui technique de l’Agence française de développement.
Au Cameroun, un programme de 13 millions d’euros permettra la création de 50 forêts communales sur 1,2 million d’hectares dans les provinces de l’est (site de Bertoua), du centre et du sud (site de Yaoundé), et de l’ouest (site de Foumbam).

