DAKAR et JOHANNESBURG, 25 juin (IPS) – Six des huit cadres et journalistes du Syndicat de la presse gambienne (GPU) arrêtés la semaine dernière, ont été maintenant libérés sous caution. Ces journalistes sont toujours confrontés à de graves chefs d’accusation, y compris “le complot de publication avec intention séditieuse”.
Huit journalistes – la première vice-présidente du GPU, Sarata Jabbi, qui est une mère qui allaite un bébé de six mois, le secrétaire général du GPU, Emil Touray, et le trésorier du GPU, Pa Modou Faal; le directeur et deux adjoints du journal le 'Point', respectivement Pap Saine, Ebrima Sawaneh et Abba Gibba; et le rédacteur en chef du journal 'Foroyaa', Sam Sarr, puis un de ses journalistes, Abubacarr Saidykhan – étaient détenus par le Service national des renseignements (NIA) du pays au début de ce mois. Les huit ont été traduits en justice – sans une représentation juridique – devant le Tribunal d’instance de Kanifing près de Banjul, la capitale, le 18 juin, où les journalistes ont plaidé non coupables des charges portées contre eux.
Les journalistes ont été arrêtés suite à un communiqué de presse publié par le GPU le 12 juin, réagissant à un entretien du président sur la télévision nationale, au cours duquel il a nié l’implication du gouvernement dans le meurtre, en 2004, de Deyda Hydara, le directeur et co-fondateur du journal le 'Point' et le correspondant en Gambie pour l’Agence France-Presse (AFP). Dans cet entretien, le président a déclaré : “La nuit où Hydara a été tué, l’ex-mari sénégalais de l’une de ses collègues femmes avec qui il avait une affaire d’amour, était dans la ville. Donc, ceux qui veulent savoir qui a tué le journaliste Deyda Hydara devraient plutôt aller lui poser la question dans sa tombe”.
La réaction à cette dernière attaque contre les journalistes gambiens a été rapide. Le groupe de défense de la liberté de presse, basée à New York, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) affirme : “C’est scandaleux que les forces de sécurité détiennent des journalistes du Point et de Forayaa pour avoir passé un communiqué de presse. Tous les sept journalistes devraient être immédiatement relâchés”. D’autres groupes de défense des droits, comme Reporters sans frontières, basé à Paris, ont qualifié cette arrestation et la détention continue de ces journalistes de nouveau “fantasme de Yahya Jammet envers les médias et les journalistes indépendants, qui est sans précédent en Afrique de l’ouest”.
Le président du GPU, Ndey Tapha Sosseh a déclaré : “Nous demeurons fermes et inflexibles dans notre demande pour que les journalistes travaillent librement en Gambie sans le harcèlement et l’interférence constants de l’Etat”.
Reporters sans frontières (RSF) a, au cours de nombreuses années passées, inscrit la Gambie et son président Yahya Jammeh comme des 'Prédateurs de la liberté de la presse'. La Gambie est classée 137ème sur les 173 pays sur l’indice de la liberté de la presse de l’organisation à travers le monde. La poignée de médias indépendants opère en Gambie sous un climat de peur et d’autocensure, particulièrement depuis le meurtre sans suite de Hydara et l’arrestation en 2006 du journaliste Chief Ebrima Manneh, qui n’a pas été vu ou entendu depuis lors. “La libération de la prison de ces six journalistes est visiblement une bonne nouvelle, mais le soulagement ne sera total que lorsque l’accusation de 'publication séditieuse' contre eux est annulée”, a affirmé RSF dans une déclaration. Dans une déclaration, le Forum africain des éditeurs (TAEF), qui réunit les grands éditeurs de la presse écrite et de l’audiovisuel à travers le continent, a aussi condamné ce comportement du gouvernement gambien et a l’appelé à honorer ses engagements en vertu des clauses de la Commission africaine des droits humains et des peuples. “Les médias gambiens travaillent sous un régime strict de censure, caractérisé par le harcèlement, l’intimidation et la détention ainsi que les disparitions de journalistes. Beaucoup de journalistes vivent actuellement en dehors du pays”, indique une déclaration du 23 juin. Le TAEF a attiré l’attention sur plusieurs autres cas de harcèlement de la presse – Augustine Kanja a été arrêté à l’audience sur la libération sous caution pour le groupe du GPU; Abdul Hamid Adiamoh, directeur du journal 'Today', a été arrêté le 10 juin pour un article sur les ministres limogés, condamné pour “fausse publication et fausses nouvelles”. Chief Ebrima Manneh, un journaliste du quotidien 'Observer', a disparu le 7 juin 2006, et une enquête d’une organisation régionale ouest-africaine a conclu qu’il avait été détenu par la police gambienne et qu’elle avait ordonné sa libération et son dédommagement. Et bien sûr, on estime largement que Deyda Hyadara, a lui-même, été tué par la sécurité d’Etat en 2004. Le forum continental des éditeurs a appelé à l’intervention du président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping. Les journalistes doivent comparaître en justice sur l’inculpation de “publication séditieuse” le 7 juillet. Cette dernière attaque sur les cadres du GPU et les directeurs ainsi que les journalistes de la presse indépendante peut forcer plusieurs journalistes à l’autocensure. *Actualisation de la libération sous caution des journalistes et rajout d’informations venues du Forum africain éditeurs.

