LIBERIA: Des femmes rurales affrontent le problème de la faim à leur manière

ZWEDRU, Libéria, 20 juin (IPS) – Trois femmes habillées aux couleurs vives marchent lentement autour des arbres tombés, carbonisés, répandus au hasard à travers le champ défriché devenu noir, chacune transportant des coquillages remplis de semences de riz local à enfouir dans ce sol riche.

Ces femmes appartiennent à une coopérative locale, le Secrétariat pour le développement des femmes et des enfants (WOCDES), et se réveillent tôt pour la marche à pied sur la route non bitumée de cinq kilomètres vers leur champ dans le comté de Grand Gedeh, une vaste région forestière sur la frontière ivoirienne, près de Zwedru. Elles passent leur journée dans un dur travail manuel, courbées et creusant le sol avec de petites bêches. Entre elles, elles sèment des graines sur trois hectares sous un soleil tropical ardent, s’arrêtant seulement pour un repas de base fait de riz mélangé avec des feuilles de manioc. Jeanet Gay est l’une de ces cultivatrices. Une mère de 35 ans, elle a fui les combats de la guerre civile à Monrovia, la capitale du Libéria, seule car son mari devrait être assassiné par des miliciens sur le principal pont de la ville. Sa mère, son père et ses nièces ont été tués à la maison. Aucune de ses compagnes de travail n’a de mari pour les soutenir, elles et leurs enfants. La culture de riz ‘en altitude’ de ces femmes prendra jusqu’à six mois pour pousser et être récolté, et environ 40 pour cent de la culture peuvent être perdus à cause des oiseaux, des marmottes et d’autres parasites. Pendant ce temps, la ‘plaine’ ou la zone marécageuse du champ, qui est naturellement irriguée, est réservée pour introduire un hectare de semence de riz appelé le Nerica. Le Nerica, l’abréviation du ‘Nouveau riz pour l’Afrique’, est un hybride afro-asiatique, qui est fortement vendu par le ministère de l’Agriculture du Libéria à cause de sa courte période de croissance de trois mois et, selon une étude de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), il a une augmentation de 25 pour cent de rendement par rapport aux souches non hybrides. Les deux projets de riz commercial du Libéria, y compris un champ de riz de 17.000 hectares, appuyé à hauteur de 30 millions de dollars par la Libye, dans le comté fertile de Lofa, conviennent bien pour la variété Nerica, avec des moyens financiers pour renouveler la semence toutes les deux récoltes, des machines efficaces, des engrais, et des systèmes d’irrigation et de transport. Trente kilogrammes de semences de Nerica ont été offerts récemment au WOCDES par la branche locale de l’institution caritative pour le développement international, ‘German Agro Action’, et ont été semées dans les deux semaines suivantes. Le Nerica est promu comme un remède contre le dur ‘problème de la faim’ – qui couvre la saison pluvieuse, d’avril à juillet – de ce pays d’Afrique de l’ouest. Ceci survient lorsque les 75 pour cent de la population rurale du Libéria, qui vivent de l’agriculture de subsistance, commencent par épuiser leurs réserves de nourriture avant que la nouvelle culture ne soit prête pour la récolte. “C’est un rêve pour moi”, déclare la fondatrice du WOCDES, Betty Doh, à propos des activités de l’organisation sur son terrain familial de 275 hectares. Bien que la loi libérienne interdise aux femmes d’hériter d’une terre, les frères de Doh, qui ont reçu la propriété à la mort de leur père, ont encouragé sans réserve son initiative agricole. “Nous voyons qu’il y a un besoin pour l’alimentation. Particulièrement pour les femmes. Nous devons les aider”, affirme Doh. “Certaines d’entre elles essaient de trouver un endroit pour s’entraider. Leurs maris sont partis, soit morts dans la guerre ou partis, et leurs enfants sont laissés sans surveillance. Ces femmes ont beaucoup de problèmes”. Originaire de Zwedru, Doh a passé sa carrière à travailler au ministère des Affaires étrangères à Monrovia au cours de la guerre civile – ayant duré des décennies – qui a dévasté le pays. “Je suis rentrée brièvement en 2003 juste pour voir – J’ai vu beaucoup de terres et de maisons désertes”, confie-t-elle avec tristesse. Toutefois, pour des agricultrices de subsistance du Libéria comme Jeanet Gay, le Nerica ne pourrait pas offrir une telle solution prête pour leur problème annuel de la faim – en réalité, il pourrait en fin de compte menacer leurs moyens d’existence. “Pour obtenir de bons résultats, les agriculteurs doivent avoir un accès facile aux engrais, aux pesticides et aux services d’extension, que la grande majorité d’entre eux n’ont pas”, souligne GRAIN, une organisation non gouvernementale internationale qui lutte pour la sécurité et la souveraineté alimentaires de l’Afrique. “Peut-être l’inquiétude la plus grave par rapport au Nerica est qu’il est en train d’être promu à travers une campagne plus grande pour accroître l’agro-alimentaire en Afrique, ce qui menace d’effacer la vraie base pour la souveraineté alimentaire de l’Afrique – les petits fermiers et leurs systèmes de semence locaux”. Dans le comté de Grand Gedeh, le WOCDES de Betty Doh, l’Association de développement des femmes du sud-est (SEWODA) et le Projet des femmes rurales de Grand Gedeh sont quelques-unes des coopératives agricoles initiées par des femmes espérant passer de l’agriculture de subsistance à de petites entreprises agricoles rentables. Mais elles ont un long chemin à faire. Dans une nation appauvrie où le chômage tourne autour de 85 pour cent environ, toutes sont en train de chercher des fonds. Doh a financé elle-même l’achat de la semence en altitude du champ, mais manque des machines, d’engrais et de pesticides efficaces pour développer efficacement sa culture de riz. Elle se demande où elle obtiendra un autre lot de semences de Nerica pour les vallées, lorsque ce qu’on lui a donné sera épuisé. Pour les agriculteurs de subsistance ordinaires, le cycle annuel de la récolte et de la faim menace de se poursuivre, les engageant dans un travail incessant afin de satisfaire leurs besoins de base. “Quand je suis revenue, je pleurais tous les jours pendant un moment, parce que j’ai vu Zwedru détruit, et c’était désert pour moi”, se souvient Janeat Gay. “Mon mari, ma mère, mon père et mes frères sont tous morts. Mais après quelque temps, je me suis adaptée, et depuis, je n’ai plus quitté”.

“Je veux me faire un peu d’argent et prendre soin de mes enfants. Après ce travail, j’essaie simplement d’oublier et je me couche, puis je me sens bien le lendemain”.