DEVELOPPEMENT: Exploiter les connaissances africaines

JOHANNESBURG et LE CAP, 7 mai (IPS) – Le thème de la troisième conférence biennale sur la Gestion des connaissances en Afrique (KMA), qui a démarré lundi à Dakar, au Sénégal, est noble – “des connaissances pour repositionner l’Afrique dans l’économie mondiale”. Mais l’objectif est plus réaliste : rechercher des voies pour appliquer des informations vitales à la question fondamentale de l’amélioration des vies des peuples d’Afrique.

La KMA est une initiative de la Banque de développement de l’Afrique du Sud, qui cherche à développer des réseaux qui facilitent le partage et l’exploitation des connaissances à travers l’Afrique. Cela se déroule via un centre en ligne liant cinq branches régionales sur le continent – chaque branche à un objectif particulier; le centre de l’Afrique de l’ouest se concentre sur les technologies de développement par exemple – ainsi que des conférences et rencontres régulières. “La mise en réseau se produit au niveau continental, à travers les branches de la KMA”, a déclaré à IPS, Dr Snowy Khoza, le président de l’initiative, avant l’ouverture de la conférence. “Tous les membres peuvent poser ou répondre à des questions en les mettant en ligne. Les conférences créent un environnement pour une interaction à un niveau personnel”.

Des chercheurs et des praticiens exposeront sur une large gamme de questions, allant de la sauvegarde des droits de la propriété intellectuelle et des plantes indigènes africaines, comme l’aloe vera, aux discussions sur l’importance d’un accès ouvert aux publications et aux recherches scientifiques ainsi que le renforcement des mesures prises par des communautés rurales pour lutter contre le changement climatique autour du lac Victoria. “Nos activités et programmes sont formulés pour appuyer et rendre autonomes des communautés en Afrique. Par exemple, la plante aloe vera, qui est utilisée à des fins médicinales : nous devons revoir et reconnaître la façon dont les Africains ont utilisé cette plante pendant des générations. Nous devons soutenir la notion selon laquelle les connaissances indigènes africaines peuvent constituer une solution aux problèmes du continent”, affirme Khoza. L’accent sur l’élaboration, l’amélioration et l’application des connaissances au niveau local, utilisant diverses technologies, évolue en parallèle avec des initiatives similaires telles que AgCommons, qui se focalise sur la fourniture – aux petits agriculteurs – des informations spécifiques aux localités afin de les aider à prendre de meilleures décisions. Un programme en Ouganda utilise des téléphones cellulaires pour faire parvenir aux paysans des informations précises sur certaines maladies des plantes et des mesures appropriées pour les maîtriser, tout en permettant aux fermiers de signaler aux autorités les symptômes des maladies – améliorant simultanément la collecte des données et donnant aux paysans des conseils et une alerte précoce ainsi que des conseils par rapport à la façon d’éviter des pertes potentiellement dévastatrices. Un autre projet, attendu pour démarrer plus tard cette année, mettra des images de portée très élevée, prises par satellite, dans les mains des petits fermiers dans quatre pays ouest-africains. Ces images révèlent la présence des arbres, ainsi que des “poches de stress” – associées à des sols appauvris – et des zones de forte productivité. “Ma conviction est que les paysans, dans la plupart des cas, sont les experts et ils connaissent très bien leur terre”, déclare Pierre C. Sibiry Traoré, un scientifique à l’Institut international de recherche de cultures pour les tropiques semi-arides. Traoré reconnaît que les petits fermiers connaissent déjà presque toutes les choses que ces images montrent; pourtant, ils ont montré un vif intérêt pour ces images imprimées. “Je suis tenté de penser que peut-être la valeur des informations n’est pas au niveau des fermiers pris individuellement, mais plus au niveau de la communauté des petits agriculteurs où ils peuvent l’utiliser comme un instrument de compromis, ou comme une manière de déployer de nouvelles ressources”, ajoute-t-il. Traoré imagine que les informations en exploitation pour mettre en lumière les questions de bail de la terre, servent comme un instrument dans la résolution des conflits ou guident la mise en œuvre des mesures de conservation comme le labour en sillons, qui maximise la rétention de l’eau et protège le sol contre l’érosion, mais exige des ressources et une expertise au-delà de la capacité de tous les paysans. Les images pourraient clarifier le potentiel des efforts conjugués parmi les petits fermiers voisins et fournir des données sûres qui leur permettront de préparer leur dossier en vue de trouver un appui extérieur pour de tels projets. Toutefois, cette conférence à Dakar porte une forte attention sur la recherche des solutions au sein du continent.

“L’idée derrière la KMA est d’exploiter les compétences africaines en vue du développement, au lieu de rechercher uniquement l’assistance venue d’Amérique ou des professionnels européens. Il existe une base de données en ligne, ‘Qui est qui en Afrique’, qui fournit des détails sur les contacts des experts africains dans les domaines des médias, la médecine, la technologie, l’ingénierie, le droit et d’autres secteurs”, indique Khoza.