POLITIQUE-SENEGAL: Les femmes toujours marginalisées dans les élections

DAKAR, 2 avr (IPS) – Sur 45 grandes communes et 121 communes d’arrondissement issues du nouveau découpage territorial au Sénégal, les femmes n’obtiennent que sept sièges aux dernières élections locales. Une situation qui découlerait du schéma politique du pays où les hommes dominent toujours la prise des décisions.

Pour ce scrutin de liste proportionnelle majoritaire, deux coalitions se sont distinguées au cours de ces élections locales du 22 mars dernier. Il s’agit des partis de la coalition de l’opposition 'Benno siguil Sénégal', dont les femmes ont remporté trois communes, et de la coalition 'Sopi 2009' de la majorité au pouvoir, qui ont gagné dans quatre communes. Selon les résultats officiels publiés cette semaine par la Commission électorale nationale autonome (CENA), Oumou Khairy Gueye Seck de la coalition Sopi 2009, a gagné dans la commune d’arrondissement de Grand Yoff, dans la commune de Dakar ville. Toujours dans la commune de Dakar, précisément à Rufisque, une ville située à 30 kilomètres de la capitale sénégalaise, Ngoné Ndoye est sortie victorieuse dans la commune d’arrondissement de Rufisque-est sous la bannière de la coalition Sopi 2009. La députée Aida Mbodj et Aminata Diallo ont remporté respectivement dans les communes d’arrondissement de Bambey (centre-ouest du Sénégal), et dans la commune de Bakel dans le nord, avec la coalition Sopi 2009 dont elles étaient chacune tête de liste dans sa commune. Par contre, dans la commune d’arrondissement de Kaffrine au centre, Mata Sy, tête de liste de la coalition Benno siguil Sénégal, est sortie gagnante. Avec la même coalition de l’opposition, Aminata Mbengue Ndiaye et Aissata Tall Sall ont remporté respectivement dans les communes d’arrondissement de Louga (nord) et de Podor (extrême nord). A part ces sept communes, les hommes ont remporté les sièges des autres communes du pays sous différentes coalitions : Benno siguil Sénégal, Sopi 2009, la coalition 'Dekkal Ngor' (de l’ancien président de l’Assemblée Nationale, Macky Sall), et la coalition 'And Ligguey Sénégal' (de l’ancien Premier ministre Idrissa Seck). Selon Fatou Sarr, la chargée du programme bonne gouvernance à la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (RADDHO), une organisation non gouvernementale basée à Dakar, si les femmes ont été marginalisées lors de ces élections locales, c’est parce qu’un travail n’a pas été fait en amont pour impliquer davantage les femmes dans les prises de décisions. «La place occupée par les femmes, lors de ces élections, ne me surprend pas, tout simplement parce qu’elles n’ont pas été formées sur le leadership féminin; elles n’ont pas bénéficié aussi de renforcements de capacités pour qu’elles puissent se positionner au niveau des partis», explique-t-elle à IPS. Sarr estime également que le manque de solidarité entre les femmes elles-mêmes, laisse libre cours aux hommes, et que les femmes doivent savoir que la carte d’électeur a une valeur. «Dans les partis politiques, il y a trop de tiraillements et de jalousie entre les femmes. Lorsqu’on choisit une femme comme tête de liste dans un parti, les autres femmes cherchent toujours à la dénigrer, ce qui fait qu’elles continuent d’être des marionnettes lors des mobilisations politiques», souligne-t-elle. Selon Mame Couna Thioye, membre de la société civile, la faiblesse de la représentativité des femmes dans les partis politiques au Sénégal, vient du fait que ces partis ne favorisent pas un leadership féminin à la base. «Les partis politiques et les organisations de la société civile au Sénégal doivent initier des programmes pour l’émergence d’une nouvelle citoyenneté et intégrer aussi la dimension de la bonne gouvernance; sans cela, les femmes resteront toujours au second plan dans les prises de décisions», explique-t-elle à IPS. Thioye pense qu’en termes de promotion de la femme, il est important d’intégrer les femmes dans les conseils municipaux et de scolariser davantage de filles, notamment dans les régions du Sénégal. «Il faut aussi renforcer la formation des femmes en droits humains, qu’elles participent aux débats sur les techniques de négociation dans les partis», dit-elle, ajoutant que «si elles gagnent en culture de leadership, elles parviendront à s’imposer de manière stratégique au niveau de leurs partis. Tout ce manquement a fait qu’elles ont une faible représentativité dans les partis au Sénégal». Abdou Sidath Diagne, sociologue à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, affirme que la faible représentativité des femmes au sein des partis politiques et lors des prises de décisions au Sénégal, relève de croyances socioculturelles et religieuses. «Dans notre société ici au Sénégal, la femme est reléguée depuis toujours au second plan. Elle est soumise à l’homme et, malheureusement, les hommes ont toujours cette idée dans la tête. Sur le plan religieux, c’est la même chose, la femme doit soumission à l’homme. D’ailleurs, lors des prières à la mosquée, elles restent derrières», déclare-t-il à IPS. Diagne reconnaît cependant qu’il y a une volonté des femmes au Sénégal de s’affranchir, mais que ce n’est pas toujours évident. Il pense que les gouvernants du Sénégal ne doivent pas aussi parler de parité sans l’appliquer. «Le président Abdoulaye Wade parle chaque fois de parité, mais dans son gouvernement, on ne le remarque pas. Il faut que les discours inutiles cessent et qu’on prenne à bras-le-corps la question de genre pour l’émergence du pays», plaide-t-il. Les deux chambres du parlement sénégalais ont approuvé en novembre 2007 un projet de loi qui introduit dans la constitution du pays le “principe” de la parité aux élections. Mais cette loi n’a toujours pas été promulguée par le chef de l'Etat.