EDUCATION-TOGO: Enseigner le VIH/SIDA dans toutes les écoles catholiques

LOME, 1 avr (IPS) – L’église catholique du Togo compte introduire, à partir de la rentrée scolaire prochaine (2009-2010), un enseignement sur le VIH/SIDA dans toutes ses écoles du cycle secondaire dans tout le pays pour sensibiliser, informer et éduquer les élèves sur la maladie.

Le programme, en cours d’expérimentation depuis 2007 dans les écoles secondaires catholiques du diocèse de Lomé, la capitale togolaise, sera étendu à l’ensemble des écoles des sept diocèses de ce pays d’Afrique de l’ouest. C’est sur la base du succès qu’il a rencontré auprès des élèves et des enseignants de la capitale que les responsables de l’enseignement catholique veulent l’élargir à tous leurs établissements secondaires.

«L'église catholique du Togo, qui croit qu’il faut éduquer autrement les jeunes dans la lutte contre le SIDA, veut les accompagner pour qu’ils soient des gens formés pour la cité», a déclaré à IPS, le révérend père Casimir Koffi Kodo, responsable de l'enseignement catholique dans les écoles au Togo. «C’est pourquoi il faut nécessairement qu'il y ait des modules d'éducation sur le VIH/SIDA dans les écoles pour accompagner nos jeunes».

Des élèves des écoles catholiques de Lomé, qui suivent déjà les cours sur le VIH/SIDA, saluent l’initiative. «L'enseignement du VIH/SIDA et des maladies sexuellement transmissibles dans les écoles catholiques, nous permet d’être mieux informés et d’être à l'abri des tentations», a dit à IPS, Joël Dahon, un élève.

Les enseignants des écoles catholiques de Lomé sont aussi satisfaits du programme d’enseignement du VIH/SIDA. «Je pense que c'est une avancée énorme que les autorités de l'église aient décidé qu'on éduque les enfants sur cette pandémie», a affirmé à IPS, Christophe Koffi Djabakou, un enseignant à Lomé.

«L’initiative de l’église catholique est louable et je pense que les églises sont bien placées pour offrir une éducation efficace aux enfants sur cette maladie; il faut que les autres confessions religieuses, qui ont aussi des écoles, emboîtent le pas à l’église catholique pour donner des cours sur le VIH/SIDA aux élèves», a indiqué à IPS, Koudjo Amaglo, un parent d’élève à Lomé.

Des enseignants des écoles secondaires catholiques de tous les diocèses du Togo ont été formés au cours d’un atelier, le mois dernier à Lomé, pour mettre en œuvre ce projet soutenu par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Durant les travaux, des documents sur l’enseignement du VIH/SIDA, en cours d’expérimentation dans les écoles secondaires catholiques de Lomé, ont été validés pour leur extension dans les autres diocèses du pays.

«Nous avons déjà élaboré un manuel regroupant différents modules de formation sur le VIH/SIDA… et c’est ce manuel qui a été relu, amendé et adopté au niveau des six autres diocèses», a expliqué sœur Véronique Médendji, le point focal de coordination santé au sein de l’église catholique du Togo. Le manuel a été élaboré sur la base des résultats d’une enquête pour savoir les besoins réels des jeunes, a-t-elle dit à IPS.

«Nous avons évalué la connaissance des enfants, leurs comportements et leurs besoins en leur posant des questions sur le préservatif et leur vie sexuelle», a révélé Koffi Kodo.

L'enquête, qui a porté sur les connaissances et les comportements des élèves des collèges et lycées catholiques de Lomé, a été réalisée au cours de l’année scolaire 2006-2007. Au total, 2.334 élèves ont été sondés, soit 55 pour cent de l’effectif total des élèves l’archidiocèse de Lomé qui compte 14 collèges regroupant 5.737 élèves – 2.632 garçons et 3.103 filles – âgés de 10 à 21 ans.

Selon les résultats de l’enquête, près de 96 pour cent des élèves des classes de 6ème à la 4ème connaissent les modes de transmission du VIH; 82 pour cent ont déjà vu un préservatif, près de la moitié des élèves pensent qu’on peut guérir du SIDA par la prière. Ensuite, un tiers des élèves croient que le SIDA peut être le fait d’un sorcier; et 55 pour cent pensent qu’ils ne sont pas un groupe à risque. L’enquête révèle encore qu’un quart des élèves des classes de première et de terminale ont des rapports sexuels occasionnels; et 46,3 pour cent d’entre eux disent n’avoir jamais utilisé le préservatif lors des rapports sexuels.

L’enquête a révélé également que 99 pour cent des élèves ont souhaité avoir plus d’informations sur le VIH et le SIDA. Les responsables de l’église catholique du Togo affirment donc avoir répondu à un souhait partagé en lançant le programme d’enseignement du VIH/SIDA. Selon Medendji, ce projet fait partie du plan sectoriel sur le VIH/SIDA de l’église catholique dont les grands axes vont du soutien aux personnes vivant avec le VIH aux actions de prévention auprès de la population en général, et des jeunes en particulier.

Le manuel de formation sur le VIH/SIDA dans les écoles catholiques met l’accent sur l’éducation sexuelle des jeunes en prônant la chasteté, l’abstinence et la fidélité. Pour Mgr Denis Amuzu-Dzakpah, archevêque de Lomé, il faut tout mettre en œuvre pour faire de l’abstinence sexuelle avant le mariage et de la maîtrise de soi en toute circonstance, des valeurs éducatives.

«Si l’on veut réellement que les jeunes, tout comme les adultes, changent de comportement en matière sexuel, si l’on veut véritablement créer les conditions éthiques élémentaires pour combattre effacement cette pandémie, assurer l’avenir de la famille et du continent africain en cherchant à l’éradiquer, il faut avoir le courage de revenir aux valeurs morales, d’éduquer les jeunes à la responsabilité en matière sexuelle, au respect de sa propre vie et de celle d’autrui», a souligné Mgr Amuzu-Dzakpah au cours de l’atelier de mars.

L'église catholique enseigne que la fidélité dans le mariage hétérosexuel, la chasteté et l'abstinence sont les meilleurs moyens d'arrêter le SIDA qui fait des ravages dans tous les pays. Cette position confirme une opinion exprimée récemment par le pape Benoît XVI peu avant son arrivée au Cameroun pour une visite en mars, et qui a suscité une vive polémique un peu partout dans le monde. Selon le ministère de la Santé, le taux de séroprévalence est de 3,2 pour cent au Togo où 180.000 personnes vivent avec le VIH parmi lesquelles 13.000 sont des enfants de moins de 14 ans. Le pays compte cinq millions d'habitants dont 27,8 pour cent sont catholiques.

L’église catholique, qui dispose de sept diocèses au Togo, intervient dans tous les degrés d’enseignement. Selon les effectifs généraux publiés par la Direction nationale de l’enseignement catholique sur cinq années consécutives, les écoles catholiques du pays ont enregistré 136.094 élèves en 2001-2002; 132.467 en 2002-2003; 129.953 en 2003-2004; 136.027 en 2004-2005 et 140.773 élèves en 2005-2006.