ECONOMIE: La Namibie obtient la BIG sur la pauvreté

WINDHOEK, 26 mars (IPS) – Il n’y avait aucune mention d’une subvention spéciale pour faire face à la pauvreté dans le discours sur le budget national de la Namibie délivré le 19 mars, à la grande déception des militants favorables à une Subvention pour le revenu de base (BIG) pour tous les citoyens.

La société civile namibienne espérait que le succès d’un projet-pilote de transfert de fonds, mené par elle-même dans l’une des zones les plus pauvres du pays, gagnerait l’adhésion du gouvernement à cette idée.

Il y a un an, le village de Otjivero-Omitara, à 110 kilomètres de la capitale Windhoek, était un peu plus qu’une agglomération de cabanes en tôle ondulée. Presque personne ne vivait là avant 1992. Cette communauté s’est agrandie puisque davantage de gens, expulsés des fermes voisines dont les Blancs étaient propriétaires, se sont installés dans le village. Otjivero, situé le long de la grande route Trans-Kalahari, était un cul-de-sac. Il n’y avait aucune industrie, aucun travail, de grands crimes et des niveaux désastreux d’alcoolisme. Il représentait, dans une certaine mesure, tout ce qui n’était pas bon en Namibie. C’était jusqu’à ce qu’une coalition d’ONG ait lancé un projet visant à distribuer des subventions en espèces aux villageois en janvier 2008. Toute personne en dessous de 60 ans reçoit 10 dollars par mois, indépendamment de leur position ou de leur revenu. “La subvention universelle est la seule du genre dans le monde”, a affirmé la révérende Claudia Haarmann, directrice de projet du Bureau social des églises luthériennes de la Namibie. “Bien que les subventions en espèces soient devenues un moyen accepté pour réduire la pauvreté, elles sont toujours soit des moyens éprouvés ou conditionnelles. Cela exclut souvent les vrais pauvres. Cela signifie aussi des coûts administratifs très élevés pour tester chacun. Nous sommes convaincus que vous n’avez pas besoin de conditions pour changer de comportement”, a ajouté Haarmann. Les habitants devaient se faire enregistrer par la Coalition de la BIG pour être qualifiés pour la subvention. Les décaissements sont faits à travers un compte d’épargne à la Nampost, la poste de la Namibie. La vérification de l’empreinte digitale est utilisée pour éviter la fraude et s’assurer d’un système de paiement incontestable. “Bien sûr, les gens sont contents; ils pensent que la manne est en train de tomber du ciel, mais cela ne signifie pas qu’ils vont gaspiller l’argent”, a déclaré à IPS, Steven Aigowab, chef de la communauté d’Otjivero. Une évaluation provisoire des six mois du projet par la Coalition de la BIG semble confirmer cela. La malnutrition infantile est tombée de 42 pour cent à 17 pour cent, l’emploi passant de 36 pour cent à 48 pour cent, le paiement des contributions scolaires a doublé, et le taux d’abandon a baissé de 30 pour cent. Le revenu du centre de santé local a quintuplé et les crimes ont baissé de 60 pour cent, selon les résultats de l’évaluation. “Il n’y a aucune preuve que l’alcoolisme ait diminué, mais il n’est pas pire non plus”, explique Haarmann. Des données issues d’une deuxième évaluation seront publiées en avril et, selon la coalition, les tendances positives se poursuivent. La recherche a réfuté les déclarations du chercheur Rigmar Osterkamp de l’Unité de politique économique et de recherche de la Namibie (NEPRU) selon lesquelles l’impact de ces subventions “n’est pas spectaculaire”. La coalition a exposé des erreurs de méthodologie dans la recherche de la NEPRU que l’institution a acceptée et Osterkamp est reparti en Allemagne dans le déshonneur. “Ils se sont discrédités, mais l’idéologie derrière cela n’est pas finie”, se lamentait Haarmann. Elle a déclaré que la coalition doit souvent écarter les arguments selon lesquels les Noirs ne peuvent pas gérer l’argent de manière responsable.

“Il y a une école de pensée selon laquelle vous ne devriez pas distribuer de l’argent aux gens. Que c’est mieux de le dépenser sur un projet ou quelque chose”, a confié Haarmann à IPS. “Montrez-moi un projet qui améliore les niveaux de vie systématiquement pour 930 personnes à un coût d’environ 11.000 dollars par mois. Même les programmes des grands travaux publics en Afrique du Sud se débrouillent seulement pour attirer quelque 2.000 personnes et à un coût beaucoup plus élevé”. On estime qu’il coûterait au gouvernement environ 280 millions de dollars pour étendre la BIG à l’ensemble du pays et qu’elle serait financée à travers des redressements fiscaux des produits de luxe et de l’impôt sur le revenu. L’idée n’est pas nouvelle. En 2002, la Commission de la fiscalité de la Namibie a fait des propositions similaires comme une solution à l’inégalité de revenu dans le pays. Selon la Commission pour la planification nationale (NPC) du gouvernement, 30 pour cent de la population sont considérés comme pauvres à extrêmement pauvres. Des critiques de la BIG disent qu’elle est moralement louable, mais pas économiquement faisable. “L’introduction d’une Subvention pour le revenu de base peut mettre trop de pression sur les finances publiques, notamment en ce moment”, a noté l’Institut pour la recherche de politique publique dans un rapport sur l’impact de la récession économique mondiale sur la Namibie. Le scepticisme du gouvernement provient des craintes selon lesquelles cette subvention est non seulement inabordable, mais créerait la dépendance à l’égard de l’Etat. Mais avec une élection imminente à la fin de cette année, les attitudes paraissent être en train de s’assouplir. “Des preuves empiriques indiquent que tant que les pauvres ne peuvent pas satisfaire leurs besoins fondamentaux, nous ne pouvons par les rendre autonomes”, a déclaré à une conférence en Allemagne, Peter Katjavivi, le directeur de la NPC. “A cet égard, les programmes de la BIG pourraient être au premier plan de développement économique”. La Coalition de la BIG prendra cela à cœur et continuera par en rajouter au succès de son projet à Otjivero.