POLITIQUE-RD CONGO: Vital Kamerhe a enfin démissionné!

KINSHASA, 26 mars (IPS) – A la veille de la visite très attendue du président français Nicolas Sarkozy en République démocratique du Congo (RDC), la crise politique a atteint son paroxysme avec la démission mercredi du président de l’Assemblée nationale congolaise, Vital Kamerhe, qui dirigeait l’institution depuis un peu plus de deux ans.

Mercredi, dans une très brève allocution lors de la première séance de la session ordinaire ouverte par lui-même il y a une semaine, Kamerhe a prié ses pairs députés nationaux «de bien vouloir accepter sa démission sans débat ni vote». Il a loué «le courage et l’engagement des députés congolais en faveur de la démocratie», leur souhaitant «plein succès pour le reste de leur mandat».

Selon certains analystes, la démission subite de Kamerhe – après plusieurs semaines de tiraillement avec l’Alliance pour la majorité présidentielle (AMP) – peut être interprétée comme un refus de laisser croire qu’il voulait faire un bras de fer avec sa famille politique et le président congolais Joseph Kabila.

Toutefois, ajoutent d’autres observateurs, la visite imminente du président français en a rajouté à la pression sur Kamerhe qui était tellement acculé à la démission qu’il ne pouvait plus rien s’il voulait conserver un peu sa popularité à l’avenir. Une popularité qui est assez grande aussi bien dans l’opposition que dans la majorité. Kamerhe serait-il sorti victorieux de ce bras de fer qui l’a longtemps opposé à sa famille politique et au chef de l’Etat congolais? Les réponses reçues par IPS tendent à répondre par l’affirmative. En effet, les députés de l’opposition comme ceux de la majorité au pouvoir sont tous d’accord que Kamerhe a été un «rassembleur de toutes les tendances au sein de l’assemblée» et sur le fait que «son départ sera ressenti comme une énorme perte politique au sein de cette chambre du parlement». Interrogé par IPS, François Mwamba, député national et secrétaire général du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), principal parti de l’opposition a «regretté le départ de Kamerhe» qu’il a qualifié de «sage, courageux et de véritable homme d’Etat». «Voilà une manière pour un homme d’Etat de quitter les affaires, sans polémique ni sentiment et tête haute. Vital Kamerhe est parti du Bureau de l’assemblée par la grande porte», a déclaré à IPS Ernest Kyaviro, député national, membre de l’AMP, après un remarquable revirement de position. En effet, Kyaviro est celui-là même qui, deux semaines avant cette démission lisait au cours d’un journal du soir à la chaîne publique de télévision, un communiqué appelant Kamerhe «à quitter ses fonctions de président du Bureau de l’assemblée pour avoir manqué de discipline et défié le chef de l’Etat, avant qu’il ne soit entamé des procédures de sa déchéance politique».

Il était reproché à l’ancien président de l’Assemblée nationale – originaire du Kivu – d’avoir désavoué, en janvier 2009, l’entrée des troupes rwandaises dans l’est de la RDC, au motif qu’elles venaient traquer les rebelles rwandais qui ont leur base arrière dans cette partie du territoire congolais. Il s’agit notamment des rebelles membres des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) et des miliciens hutus ou ‘interahamwe’, dont certains seraient d’anciens responsables présumés du génocide de 1994 au Rwanda.

Kamerhe avait qualifié de grave l’entrée des troupes rwandaises en RDC sans aucun débat préalable au parlement, se demandant notamment si des dispositions avaient été prises pour assurer la sécurité des populations. Selon ses proches, le président de l’Assemblée nationale ne serait pas opposé au principe ou aux objectifs de l’opération militaire conjointe contre les rebelles du FDLR. De même, parlant à IPS le 3 février, le député AMP Kyaviro avait, lui aussi, critiqué fortement «cette présence des militaires rwandais sur le sol congolais» et avait été soutenu par plus de 250 de ses collègues députés membres de l’opposition ainsi que par ceux de l’AMP. Ces députés de l’AMP avaient même initié une pétition «visant à faire convoquer une session extraordinaire de l’Assemblée nationale, afin de statuer sur les raisons exactes de cette présence militaire étrangère ainsi que sa durée exacte». A l’époque, Lambert Mende Omalanga, ministre de l’Information et des Médias de la RDC, expliquait à IPS : «Les militaires rwandais avaient été invités par le gouvernement congolais pour participer à une opération de désarmement forcé des rebelles rwandais qui ont leurs bases arrières dans l’est de la RDC et pour les rapatrier au Rwanda». En tout cas, la démission de Kamerhe semble avoir touché beaucoup de députés. «La tristesse se lit sur toutes les figures ici. Ce n’est pas parce que Kamerhe était Dieu, mais parce qu’il a été celui qui a fait asseoir la démocratie dans ce pays et surtout à l’assemblée. C’était un rassembleur», a dit à IPS, Jean Claude Mvwemba, un autre député national, membre de l’opposition.

«Par-delà la démission de celui-là même qui a fait élire Joseph Kabila à travers presque toute la RDC et qui s’est fait élire sans recourir à des faveurs, l’après Kamerhe pourrait insuffler un tournant inattendu et même décisif à la vie politique actuelle de la RDC», estiment des analystes. Néanmoins, espère un avocat congolais et très influent membre de l’AMP qui a requis l’anonymat, «cette démission donnera une alternative au pays et une ouverture de la diversité dans les débats politiques et sur la gestion du pays».

«Les individus passent, les institutions restent», selon des membres de la société civile, comme Félicien Zozo, un activiste congolais des droits de l’Homme basé à Bukavu, la principale ville de la province du Sud-Kivu, le «principal fief» politique de Kamerhe.

Mais selon des indiscrétions, certains politiciens dans l’entourage de Kabila éprouveraient un sentiment de jalousie à l’égard de Kamerhe considéré comme un homme qui a fait élire le chef de l’Etat, grâce notamment aux voix du Kivu, avant de se faire élire président de l’Assemblée nationale. Il est perçu également comme un homme intransigeant sur certaines questions, ce qui ne plaît pas toujours aux conseillers du président Kabila.

Quant au bilan de l’opération militaire conjointe contre les FDLR, il est mitigé et sujet à polémique. «Il n’y a ni succès ni échec ni promesse d’amélioration de la situation sécuritaire. Il y a, en plus, une totale opacité dans la gestion de ces opérations», déclarait à IPS, en février, Jean-Baptiste Birhumana, ancien député national. Selon des critiques, les FDLR pourchassées par des hélicoptères rwandais, se sont dispersés dans des villages reculés, cherchant refuge, par exemple, au Nord-Katanga et dans la Province orientale. Et dans ces deux provinces, les FDLR se mêlent notamment aux rebelles ougandais de l’Armée de résistance du seigneur (LRA) pour continuer de semer la terreur au sein des populations.