Q&R: ''Comment allons-nous soutenir les approches de genre?''

LE CAP, 2 déc (IPS) – Les aspects négatifs de l'expérience de l'Afrique avec les programmes d'ajustement structurel, commencés dans les années 1980, ont été bien étudiés : face à un endettement élevé, des gouvernements africains ont accepté de libéraliser leurs économies, privatiser les entreprises publiques, et de réduire fortement les dépenses sociales, avec souvent des effets douloureux sur les plus vulnérables.

C'est dans ce contexte que des outils de la budgétisation de l'égalité de genre ont pris pied en Afrique de l'est. Depuis plus d'une décennie, Mary Rusimbi, basée à Dar es-Salaam, a analysé les processus budgétaires en Tanzanie, en Ouganda et au Kenya afin qu'ils répondent mieux aux besoins des pauvres, en particulier les femmes. IPS: Quels sont certains des facteurs qui provoquent l'inégalité de genre en Afrique de l'est?

Mary Rusimbi: Ils sont nombreux. Il y a eu beaucoup d'efforts sur une plus grande égalité d'accès aux ressources aussi bien pour les hommes que pour les femmes dans les trois pays.

Posséder la terre : il existe un certain nombre de cadres juridiques qui stipulent que la terre en Tanzanie appartient à la fois aux hommes et aux femmes. Mais dans la pratique, le droit coutumier donne lieu à un processus qui empêche les femmes dans les villages de posséder des terres.

Mais quand elles n'ont pas accès à des ressources comme la terre, les femmes ne peuvent pas non plus avoir accès aux services bancaires et à d'autres, parce qu'elles n'ont pas de garantie et ainsi de suite. Alors, s'ajoute un autre cas d'inégalité.

La violence basée sur le genre est un autre grand domaine où de nombreuses femmes dans les trois pays continuent de souffrir. Autant il y a des efforts visant à transformer la situation, autant nous trouvons encore que c'est un énorme facteur qui empêche des femmes et des hommes de se tenir au même niveau d'égalité. Et cela fait également que les femmes sortent de la sphère publique quand elles vivent dans la peur constante. C'est quelque chose qui relève de l'ordre public que les gens n'ont pas encore vu. Quand on vit dans la peur constante, on ne peut pas être une personne productive. Si ce n'est pas un harcèlement d'ordre public, c'est d'ordre familial, le viol, toutes sortes de choses… Alors, pour moi, c'est un autre gros problème. Je pense que c'est un fait qu'une partie de ce qui perpétue les inégalités de genre est que, malheureusement par le biais de la socialisation et d'autres processus, les femmes l'ont aussi intégrée. Ce ne sont donc pas seulement des attitudes négatives de la part des hommes, c'est également le fait que les femmes n'ont pas cru en elles-mêmes, et dans ce processus, beaucoup d'autres inégalités se sont mises en place.

IPS: Quelles incidences tangibles une décennie de la budgétisation de l'égalité de genre a-t-elle eues pour les femmes dans la région?

MR: Au niveau local, il existe un certain nombre de choses. Au début, nous avons trouvé des gens qui ont dit que la budgétisation n'est pas pour nous. En utilisant les approches de la budgétisation de l'égalité de genre, nous avons renforcé les capacités, aidé les gens à comprendre les problèmes et comment les budgets fonctionnent. En Tanzanie et en Ouganda, des acteurs de la société civile ont joué un grand rôle pour rendre disponible l'analyse du budget. Deuxièmement, la société civile est plus intéressée dans le suivi des impacts et dans le suivi des dépenses publiques.

Je dois dire que l'expérience au niveau local est plus riche en Ouganda qu'en Tanzanie. Parce qu'en Ouganda, dès le début, ils ont insisté sur la mise en œuvre au niveau local de sorte qu'ils ont été en mesure de travailler plus avec des conseillers et de stimuler davantage de communautés. L'expérience ougandaise montre qu'il y a eu des changements importants dans l'allocation budgétaire et la sensibilisation, mais aussi des gens essayent vraiment de comprendre comment le budget affecte leur vie. Ce n'est pas un petit exploit.

Je pense que les gouvernements — et ici je parle plus de l'Ouganda et de la Tanzanie — ont vu que ceci est une approche qu'ils pourraient adopter. Ici, en Tanzanie, il y a beaucoup de formations en cours, dans le ministère des Finances, le ministère chargé du Genre. Ils sont en train de former leurs propres planificateurs budgétaires. Je pense que c'est une approbation par le gouvernement, quand il dit que la budgétisation liée au genre peut faire partie des processus de budgétisation. Pour moi, il s'agit d'une réalisation, comme vous pourriez le dire, nous ne voyons pas d'énormes allocations en dehors de cela.

En outre, il y a déjà eu des secteurs qui ont été influencés par les défenseurs du budget lié au genre, en Tanzanie, je peux me référer à des secteurs comme l'eau. Il y a eu un assez grand nombre de dotations au profit de l'eau en milieu rural, au profit des services locaux de l'eau, mais également au profit de l'amélioration de la capacité et de la répartition des fonctions au sein du secteur.

IPS: Quel est l'impact probable de la crise financière mondiale sur ces processus?

MR: Plus vous avez un gouvernement stable, plus vous avez une économie stable, plus les approches de la budgétisation liée au genre peuvent fonctionner. Mais du côté des recettes — une fois encore, en prenant l'exemple de la Tanzanie — plus de 42 pour cent de notre budget dépend du financement des donateurs. Vous pouvez être sûr que la crise financière va avoir un impact négatif.

Ma plus grande peur est comment nous allons soutenir les approches de genre. Comment pouvons-nous dire que les approches de genre doivent faire partie de ce que nous faisons? Peut-être, la crise apporte-elle également plus d'opportunités. Parce que je peux la voir déjà se produire aux États-Unis, des gens ordinaires parlent de politiques macro-économiques ou des structures qui ne fonctionnent pas. Et c'est de cela qu'il est question dans la budgétisation liée au genre, du moins du point de vue de la Tanzanie. La budgétisation liée au genre n'est pas pour nous un processus technique. Il ne s'agit pas de dire : ajoutez ceci et encouragez cela. Il s'agit de soulever des questions de politique plus larges, des questions sur les processus de développement durable, des questions sur l'endroit où va l'argent.