DEVELOPPEMENT: Les donateurs et les pauvres s'entendent sur un programme d'aide

ACCRA, 5 sep (IPS) – Des délégués en provenance des pays en développement et de pays développés ont adopté le Programme d'action d'Accra (Accra Agenda For Action, AAA) comme guide pour améliorer la manière dont l'aide est donnée et dépensée.

Ce document a été adopté à la fin du Forum de haut niveau de trois jours sur l'efficacité de l'aide qui a drainé plus de 1.200 délégués venant d'environ 120 pays dans la capitale ghanéenne, Accra. Conformément au AAA, les pays en développement se sont engagés à contrôler leur propre avenir, et les donateurs, à améliorer la coordination des politiques et de la fourniture de l’aide entre eux-mêmes. Après d’âpres négociations, les deux parties ont également pris l'engagement de se rendre responsables vis-à-vis des uns et des autres et de leurs citoyens. Bien qu'il y ait des informations selon lesquelles les discussions ont opposé des pays en développement, soutenus par l'Union européenne, aux principaux pays donateurs comme les Etats-Unis et le Japon, un haut porte-parole américain a minimisé cette allégation. "Un certain nombre de groupes étaient très impliqués dans les discussions et dans l'émission des idées. Tout le monde s'attelait et travaillait ensemble", a déclaré Henrietta H. Fore, directrice de l'aide extérieure au Département d'Etat et administratrice de l'USAID. "Nous voulions refléter l'urgence, mais nous voulions également être réalistes. Nous voulions fixer des objectifs que nous pouvions atteindre, a-t-elle dit à IPS. D'autres officiels américains ont souligné ce qu'ils ont appelé "les différences culturelles" entre les Etats-Unis et l'Europe — où des pays européens avaient tendance à fixer "des objectifs d'aspiration". En plaçant la barre haute, les Etats-Unis ont préféré des objectifs mesurables réalistes. "Les Etats-Unis privilégient beaucoup les objectifs, les résultats", a déclaré un officiel américain attaché à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le regroupement des principaux donateurs du monde, qui a convoqué le forum avec la Banque mondiale. Le Programme d'Accra stipule que les gouvernements du monde en développement prendront une plus forte direction de leurs propres politiques de développement et s'engageront auprès de leurs parlements et de leurs citoyens à élaborer ces politiques.

"Les donateurs les soutiendront en respectant les priorités des pays, en investissant dans leurs ressources humaines et institutions, en faisant une utilisation plus grande de leurs systèmes pour donner l'aide et en augmentant la prévisibilité des insuffisances de l'aide", ajoute-t-il. Par ailleurs, ils ont reconnu que "le fait d'atteindre des résultats de développement et d'en être ouvertement responsables doit être au cœur de ce que nous faisons".

Puisque des citoyens et des contribuables de tous les pays espèrent voir les résultats tangibles du développement, les dirigeants réunis ont promis de "démontrer que nos actions se traduisent en impacts positifs sur la vie des populations". "Nous serons responsables vis-à-vis des uns et des autres et de nos parlements respectifs et instances dirigeantes pour ces résultats". "Sans s'attaquer à ces obstacles aux progrès plus rapides, nous ne pourrons pas tenir nos engagements et raterons les opportunités d'améliorer les moyens de subsistance des personnes les plus vulnérables dans le monde", ont-ils ajouté. Le programme a également accepté d'approfondir l'engagement auprès des organisations de la société civile en tant qu'acteurs de développement indépendants, en tant qu'organisations dont les efforts complètent ceux des gouvernements et du secteur privé. Toutefois, les groupes de la société civile présents au forum ont critiqué le résultat final, estimant que c'était un accord faible caractérisé plus par des mots que par des actions. "Même les efforts de dernière minute des ministres des pays en développement et de leurs alliés n’ont permis que de légères améliorations. Ce forum sur l'aide a été organisé par l'OCDE, un club de pays donateurs riches", a indiqué Rose Mensah-Kutin, directrice exécutive de ‘NETRIGHT Ghana’.

"Dans une année où plus de cent millions de personnes ont été jetées dans la pauvreté par la hausse des prix des denrées alimentaires, il est scandaleux que les gouvernements donateurs aient refusé de retirer des restrictions préjudiciables qui augmentent le coût de l'aide alimentaire", a-t-elle ajouté. "Les donateurs n'ont pas accepté de réduire les mauvaises conditions des politiques qui minent les processus démocratiques et limitent les choix des pays", a affirmé Tony Tujan de 'Reality of Aid', un groupe d'organisations. "Malgré les efforts des pays bénéficiaires, les donateurs continuent d'imposer leurs propres structures, en contournant les procédures internes. Les donateurs ne tiennent pas leurs engagements". Ngonzi Okojo-Iweala, ministre ghanéen des Finances, a déclaré que "Le programme a devancé le cours de ce dont nous parlons. Il a fixé des objectifs et des indicateurs à améliorer sur l'aide".