NATIONS UNIES, 2 sep (IPS) – Un accord de partage du pouvoir entre le Mouvement démocratique orange de l'opposition et le Parti de l'unité nationale au Kenya n'a pas pu régler les divisions ethniques dans cette ancienne nation d'Afrique de l'est en proie à des troubles politiques, selon un nouveau rapport publié par 'Minority Rights Group International' (MRG).
"Des dizaines de milliers de Kenyans demeurent déplacés, vivant dans des conditions misérables dans des camps volants, pendant que des tensions ethniques s'enveniment, suite au plus terrible déclenchement de la violence dans ce pays", déclare l'organisation basée à Londres. Les affrontements, qui ont éclaté après les résultats contestés de l'élection au début de cette année, ont laissé le Kenya avec sa première crise la plus grande en termes de personnes déplacées à l'intérieur (PDI). Plus de 400.000 ont été chassés de leurs maisons, et 1.500 ont été tués. Le MRG a vu que les efforts de construction de la paix étaient "inégaux, mal financés et ont manqué du soutien du gouvernement". La responsable chargée des politiques et des communications du MGR, Ishbel Matheson, déclare que dès le début, le nouveau gouvernement semblait s'intéresser plus à démolir les camps de PDI très visibles dans les principales villes, plutôt que de favoriser le retour durable de ces personnes. Sans un engagement sérieux pour jeter des ponts entre ces communautés, la violence pourrait facilement éclater de nouveau, a-t-elle averti. Selon le rapport, intitulé "Six mois du Kenya sur : Un nouveau départ ou la routine comme d'habitude?", les plus grandes difficultés sont dans la 'Northern Rift Valley', où la violence perpétrée par la milice ethnique des Kalenjin, contre les Kikuyu était plus atroce. Mais de petites communautés, comme le groupe indigène chasseur-cueilleur, Ogiek, vivant proche de la ville de Nakuru dans la Vallée du Rift, étaient également gravement touchées.
Prié de faire des commentaires, Salim Lone, un ancien haut fonctionnaire de l'ONU et actuellement porte-parole du Premier ministre Raila Odinga, a déclaré à IPS : "Le rapport montre correctement la complexité du processus de réconciliation qui est en cours au Kenya, puisque les facteurs sous-jacents à cette violence terrible sont vieux de plusieurs décennies". Mais il est trop tôt, a-t-il dit, de caractériser cet exercice en ces termes négatifs. "D'autres observateurs indépendants ont en fait décrit les efforts du gouvernement d'encourageants". "Une partie importante de notre reconstruction et de notre réconciliation tourne autour de la re-localisation des personnes déplacées", a indiqué Lone. "Ce processus doit assurer que la marginalisation de certains groupes ethniques au cours des 45 dernières années sera rapidement renversée si nous voulons éviter une autre instabilité". Lone, qui est basé à Nairobi, a affirmé que le Premier ministre est en train de faire tout ce qui est en son pouvoir pour s'assurer que le gouvernement n'arrête pas de payer le plus d'attention aux PDI des plus grandes et des plus importantes communautés. "C'est pourquoi le Premier ministre, qui tire beaucoup de soutien de la Vallée du Rift, où plusieurs meurtres ont eu lieu, s'est associé avec assurance à la campagne de re-localisation dans cette province", a-t-il souligné. Toutefois, Lone a déclaré qu'il était important de souligner que ce n'est pas seulement de petits groupes éloignés qui ont souffert de la marginalisation, "laquelle est grave et constitue une menace à notre stabilité, (mais aussi d'autres). Nous sommes déterminés à y mettre fin". Malheureusement, a-t-il dit, le rapport décrit les meurtres comme étant essentiellement de nature ethnique. "Ceci est faux", a affirmé Lone. "Ces meurtres ont été déclenchés par un résultat très controversé de l'élection présidentielle, et la révolte politique à celle-ci a en réalité pris des tournures fortement ethniques dans certaines régions. Mais un grand nombre de tueries était en fait le résultat des fusillades de la police", a-t-il ajouté. Interrogée pour savoir si les Nations Unies ont assez fait pour assurer la poursuite du processus de paix, Matheson a répondu à IPS que c'était en définitive un processus de paix à l'initiative de l'Union africaine, lequel a été présidé par l'ancien secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, qui a aidé à négocier l'accord. Mais la visite de Ban Ki-moon, l'actuel secrétaire général, à un moment crucial du processus en février 2008, a été, sans aucun doute, capitale, parce qu'elle a exercé la pression sur les deux parties pour parvenir à un accord de partage du pouvoir, pendant que la violence menaçait de déchirer le pays, a-t-elle ajouté. "Il est important que la vigueur diplomatique ne diminue pas, pendant que le gouvernement de coalition devient plus établi", a dit Matheson. Elle a déclaré que l'ONU devrait faire pression au haut niveau, par exemple, pour assurer que les processus de réforme capitale — la révision de la constitution, une nouvelle politique agraire, et une commission vérité, justice et réconciliation — soient maintenus sur la bonne voie. "Si cela semble chanceler, Ban Ki-moon devrait nommer un représentant spécial de l'ONU au Kenya, pour montrer la grande importance du succès de ces processus de réforme", a souligné Matheson. Par ailleurs, le Bureau du haut commissaire des droits de l'Homme (OHCHR), a effectué une mission d'enquête dans le pays au sommet de la violence, et a fait un certain nombre de recommandations clés par rapport aux processus de réforme et au traitement des PDI. L'OHCHR doit retourner avant la fin de l'année pour noter les progrès enregistrés sur ses recommandations et pour vérifier si le Kenya est en train de s'acquitter de ses obligations envers son peuple conformément aux normes des droits de l'Homme, a-t-elle ajouté. Les résultats de ce rapport devraient être rendus publics, et de plus, aideront à réitérer aux politiciens qu'il ne peut pas y avoir de récidive lorsqu'il s'agit de réforme. "Le soulagement de voir le Kenya retourner à la paix et la tentative de reconstruire son économie ruinée ne devraient pas détourner du fait que les problèmes fondamentaux demeurent dans la gouvernance du pays, et que ceci est probablement la meilleure opportunité, au cours d'une génération, de les poser correctement", a dit Matheson. Les Nations Unies ont un très grand engagement vis-à-vis du Kenya. Le pays — et Nairobi en particulier — abritent les sièges de plusieurs grandes agences. "Il est beaucoup de l'intérêt de l'aile politique de l'ONU — de même que de ses agences humanitaires — d'obtenir une vraie réforme au Kenya, afin qu'une société moderne véritablement inclusive puisse être forgée", a-t-elle déclaré.

