LOME, 6 août (IPS) – Le Togo est confronté à de graves inondations ayant provoqué l'effondrement d'une dizaine de ponts reliant Lomé, la capitale, au nord du pays, avec comme principale conséquence le renchérissement du coût des transports et des prix des produits de consommation en constante augmentation.
Lomé est presque coupée du nord du pays après des inondations consécutives aux pluies diluviennes de la fin du mois dernier dans le sud du Togo, qui ont détruit plusieurs ponts et routes. Conséquence : tous les voyageurs qui se rendent vers le nord du pays, sont obligés de faire un détour par Kpalimé, une ville située à 110 kilomètres au nord-ouest de la capitale avant de rejoindre Atakpamé (environ 100 km de Kpalimé), un peu plus au nord-est. A cause de ce détour, les syndicats des transporteurs ont décidé d'augmenter les tarifs du transport de 1.500 francs CFA (environ 3,6 dollars) vers toutes les destinations. Les trajets qui coûtaient, par exemple, 3.500 FCFA (environ 8,4 dollars) avant les inondations, sont désormais facturés à 5.000 FCFA (12 dollars). “Nous avons augmenté les prix à cause du détour de 100 km que nous faisons en quittant Lomé”, a expliqué à IPS, le chauffeur Gérard Akohin. Ainsi, le prix du trajet entre Lomé et Cinkassé, une localité située à 600 km dans le nord à la frontière avec le Burkina Faso, est passé à 10.000 FCFA (environ 24 dollars) contre 8.500 FCFA (20 dollars), il y a deux semaines. Le coût du transport des marchandises a augmenté également, entraînant une hausse des prix des produits de consommation de base de ce pays d'Afrique de l'ouest, notamment le maïs. De plus, le nord du Togo — le grenier du pays –étant coupé du sud, rares sont les commerçants qui se déplacent vers cette région pour s'approvisionner en produits agricoles.
En outre, plusieurs champs de maïs ont été détruits par les inondations, rendant ce produit rare sur les marchés. Le kilogramme de maïs vendu à 850 FCFA (environ deux dollars) avant les inondations, coûte 1.500 FCFA (3,6 dollars) depuis le week-end dernier. D'autres produits connaissent également une hausse, comme le haricot et le charbon de bois. Cette nouvelle hausse des prix vient aggraver la situation des consommateurs qui étaient déjà confrontés à une augmentation des prix des produits de première nécessité consécutive à une crise alimentaire mondiale dont les pays pauvres sont les plus grandes victimes. “Nous sommes à bout et à cette allure, nous risquons une famine parce que notre pouvoir d'achat diminue sans cesse pendant que les prix grimpent, c'est grave”, se lamente Komla Alagbé, un enseignant basé à Lomé. “Vous voyez le danger que nous sommes en train de courir”, a déclaré Aladjou Agouta, secrétaire général de l'Association togolaise des consommateurs, estimant que le Togo vit actuellement une “spéculation qu'on n'a jamais connue dans ce pays”. Selon lui, des actions doivent être engagées pour arrêter la spéculation et la hausse des prix. Cet avis est partagé par Kossi Messan Ewovor, le ministre togolais de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche. “Les revendeuses, les commerçantes tentent de porter le prix à des niveaux que nous disons inacceptables”, a-t-il indiqué. “C'est vrai que des ponts sont coupés, il y a quelques difficultés d'approvisionnement des marchés, mais cela ne doit pas nous amener à ces situations”, a-t-il ajouté. Par ailleurs, plusieurs camions gros porteurs, qui devaient relier le port de Lomé aux pays de l'hinterland comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, sont immobilisés depuis plus d'une semaine dans la capitale togolaise. “Nous sommes bloqués ici à Lomé, nous n'avons pas de solution et nous attendons que les gouvernants fassent quelque chose, mais depuis, ils ne disent rien”, déplore Issifou Chazodi, un chauffeur routier. En plus de la destruction des ponts et routes, les inondations dans le sud du Togo ont fait neuf morts et plus de 10.000 sinistrés, selon un bilan provisoire publié par les autorités. “L'eau est trop forte, nos effets sont restés dans l'eau, nos cases complètement détruites”, a affirmé à IPS, Angèle Mensah une revendeuse du village sinistré de Djagblé, situé à 20 km au nord-est de Lomé. Beaucoup de sinistrés, qui étaient bloquées dans l'eau, ont été secourus par des éléments des forces armées du Ghana et de France (de l'Opération Licorne en Côte d'Ivoire), venus en appui aux forces de sécurité togolaises. Ils sont regroupés dans des écoles et des églises environnantes. L'Union des forces de changement (UFC), le principal parti de l'opposition togolaise, a dépêché ses responsables dans les zones sinistrées. L'UFC déplore l'état de délabrement des routes togolaises qui, selon lui, ne répondent plus aux besoins nationaux. Il a demandé, dans une déclaration, la démission du gouvernement togolais à la suite des inondations. De son côté, le parti de l'ancien Premier ministre Yaovi Agboyibo, le Comité d'action pour le renouveau (CAR – Opposition) a suggéré au gouvernement d'initier un fonds de solidarité à alimenter par toutes les bonnes volontés, en vue de soulager les peines des populations sinistrées. Sur le terrain, des organisations non gouvernementales (ONG) et associations apportent également leur soutien aux sinistrés. L'ONG Amitié et action pour le développement, basée à Lomé, leur a offert des couvertures, des moustiquaires, des chaussures, des draps et des vêtements. “Nous voulons compatir à la douleur des victimes et leur permettre de se protéger bien en ces périodes de pluies”, a déclaré Koumana Bogra, son directeur exécutif. Pendant que les autorités et les ONG s'activent pour aider les sinistrés du sud du Togo et trouver une solution aux dégâts des inondations, des pluies diluviennes ont commencé à s'abattre aussi sur le nord du pays. Deux ponts ont cédé le week-end dernier dans les villes de Sotouboua et Kara, dans le nord.

