SANTE/SUD-SOUDAN: De l'espoir pour les futures mères

JUBA, 16 juil (IPS) – Enceinte de plusieurs mois, une jeune femme arrive à la nouvelle maternité du Sud-Soudan en tenant deux documents à la main. Elle ne paraît pas plus âgée de 16 ans et, les yeux grand-ouverts, elle affiche une douleur bien perceptible.

Atenio Maclean, l'une des deux sages-femmes dûment formées, qui travaille au 'Juba Teaching Hospital', encode ses papiers et la dirige vers un autre pavillon. “Elle a déjà subi une césarienne”, explique la sage-femme, en secouant sa tête. “Elle a commencé le travail, mais elle a attendu jusqu'à maintenant pour venir à l'hôpital”.

Juba, la capitale du Sud-Soudan, possède à présent une salle d'opération appropriée, des sièges d'accouchement et même deux incubateurs, toujours estampillés des rubans marquant la récente “Journée portes ouvertes”. Au cours de ses cinq premiers jours d'activité, cette maternité a déjà procédé à 46 accouchements traditionnels et six par césarienne. Contrairement au reste du Sud-Soudan, cette nouvelle maison médicale offre aux femmes des médicaments appropriés. D'après les fonctionnaires du gouvernement, à peine 25 pour cent de la population soudanaise a accès aux soins médicaux fondamentaux.

Selon le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), l'Afrique enregistre les plus mauvais scores en termes de mortalité maternelle, avec une moyenne de 820 décès pour 100.000 naissances. Après plus de 50 années de guerres incessantes, le Sud-Soudan possède le pire taux de mortalité maternelle au monde, avec 2.054 décès pour 100.000 naissances. “Ces chiffres sont choquants, car la plupart de ces femmes sont celles qui ont eu accès aux services médicaux. Or, combien sont-elles à ne pas avoir pu rejoindre l'hôpital?”, demande Magda Armah, une responsable de l'UNFPA.

Il y a deux ans, une visite à la maternité de Juba s'apparentait à un voyage vers le désespoir. On y trouvait des pièces sombres et sales, des murs décrépis et entachés. L'odeur de sang était omniprésente et les outils obstétricaux semblaient moyenâgeux. A l'origine, l'ambition était de rénover ces pièces, ainsi que le reste de l'hôpital, en utilisant les quelques millions de dollars de l'aide attribuée à la suite de l'accord de paix de 2005. Mais l'UNFPA a fait pression pour faire construire une nouvelle maternité d'une plus grande capacité.

Le gouvernement du Sud-Soudan, aux affaires depuis maintenant trois ans, a mis en place un plan spécial destiné à réduire la mortalité maternelle, mais selon l'un de ses responsables, “il y a avait tellement de choses à faire en termes de ressources humaines, de sensibilisation et de fournitures médicales qu'on ne savait pas par où commencer ce plan”.

Au 'Juba Teaching Hospital', les sages-femmes travaillent souvent dans l'urgence. Festo Juma, l'administrateur en chef de l'établissement, paraît épuisé, rien qu'à détailler le genre de cas qu'ils sont parfois amenés à traiter : des femmes qui arrivent dans des camions après avoir parcouru des centaines de kilomètres sur des routes en mauvais état. Elles sont le plus souvent dans un état d'agonie et ont perdu beaucoup de sang. Mais ont-elles d'autres options? Une enquête menée après la guerre au Sud-Soudan a recensé seulement huit sages-femmes dans toute la région, pour une population estimée par l'UNFPA à environ 10 millions d'habitants.

Aujourd'hui, 36 sages-femmes issues des communautés locales ont décroché le diplôme délivré après 18 mois d'une formation conçue par le gouvernement et par l'UNFPA pour répondre aux besoins des futures mères. A ce rythme, cela prendra 60 ans pour atteindre les standards internationaux en matière de santé maternelle, estime cependant l'agence de l'ONU. Selon une enquête menée par les Nations Unies en collaboration avec le gouvernement, seulement sept pour cent des naissances seraient accompagnées par une infirmière ou une sage-femme, tandis qu'à peine 13,6 pour cent des accouchements ont lieu dans un dispensaire médical.

Au Sud-Soudan, les femmes sont encouragées à avoir beaucoup d'enfants. “La plupart des gens sont morts à cause de la guerre. Nous voulons les remplacer pour nous développer”, déclare Susan Poni, une infirmière de la maternité. Les messages des responsables politiques vont aussi dans ce sens. La plupart des femmes donnent donc naissance très jeunes. Dans un Etat, 47 pour cent des filles se retrouvent mariées avant l'âge de 15 ans. “La jeunesse meurt”, constate Armah : “Sur 1.000 grossesses, environ 200 sont des adolescentes qui attendent un enfant”, indique-t-elle.