POLITIQUE-LESOTHO: La Paix Sera-t-elle Maintenue ?

JOHANNESBUR, 20 oct. (IPS) – Bien avant l'euphorie créée par
l'accord
relatif à la tenue de nouvelles élections, deux supporters de
l'opposition
du Lesotho avaient été fusillés et brûlés vifs.

L'incident du week-end dernier et l'assassinat de trois autres
supporters de
l'opposition lors d'un meeting organisé il y a quelques semaines
par le
parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie au Lesotho (LCD),
peuvent
paraître comme des cas isolés, mais ils représentent les futurs
défis
auxquels fera face ce pays montagneux au fur et à mesure que
l'ordre sera
rétabli.
Etant donné que son infrastructure est endommagée, il sollicite
l'aide
sud-africaine pour réparer les biens d'une valeur de 160 millions
de dollars
américains, qui ont été détruits à la suite de l'invasion faite
par
l'Afrique du sud et le Botswana le 22 septembre dernier, sous le
haut
patronage de la communauté de développement de l'Afrique australe
(SADC).
Tout en disant qu'elle ne donnera pas un sou, l'Afrique du sud a
été à
l'avant garde des négociations de paix ayant redonné espoir aux 2
millions
de Basothos et fixé une période de 18 mois pour organiser de
nouvelles
élections.
"A la demande du Lesotho, l'Afrique du sud devrait aider à
reconstruire les
structures de la démocratie, du système électoral et de
l'économie",
annonce Antoni van Niekerk de la fondation pour le dialogue
mondial de
Johannesburg.
"Le Lesotho est un pays à la fois dépendant et indépendant qui
lutte pour
son propre salut depuis 1994".
Avant 1994, année au cours de laquelle l'Afrique du sud a accédé
au pouvoir
majoritaire, le Lesotho était victime de la déstabilisation
politique menée
par le gouvernement de l'apartheid à Pretoria, la capitale. Il
était sous le
règne militaire de 1986 à 1993, année pendant laquelle il a
organisé ses
premières élections démocratiques depuis 1966.
Ce qui a émergé de ces élections s'est, cependant, imbriqué dans
le tissu
des modèles politiques du Lesotho. Tous les 65 sièges du Parlement
ont été
raflés par le Basotholand Congress Party (BCP), ce qui a
discrédité les
résultats des élections et entraîné le soulèvement observé cette
année-ci.
"Il n'y a aucune garantie que les partis d'opposition accepteront
les
résultats de la prochaine élection, s'ils enregistrent une défaite
écrasante", déclare à Maseru, la capitale du Lesotho, un
commentateur qui a
requis l'anonymat pour des raisons de sécurité.
"Bien que l'élection de cette année ait été entachée de vices,
l'opposition
n'aurait pas gagné plus de cinq sièges si les votes avaient été
'justes',
compte tenu du nombre de leurs supporters. Nous pourrons revoir le
début du
cycle, si l'opposition n'arrive pas à avoir un impact sur la
prochaine
élection", dit-il.
Plus de 450 moniteurs ont supervisé l'élection de cette année et
le procédé
de cette élection est plus consistant que celui de l'année
dernière, selon
Roger Southall, un observateur politique de l'université sud-
africaine de
Rhodes.
Les commentateurs indépendants pensent que le LCD bénéficie d'un
soutien
substantiel, surtout auprès des populations rurales Basothos qui
se sont
déplacées à pied pour voter pour l'ancien Premier ministre Ntsu
Mokhelle en
1993.
Selon Southall, le résultat des élections de mai montre que
l'actuel système
électoral est inapproprié. C'est une question à aborder
nécessairement, si
le résultat de la prochaine élection doit être acceptable pour la
majorité
du peuple du Lesotho.
Tom Thabane, ministre des Affaires étrangères et membre du LCD,
déclare que
bien qu'il ne soit pas prêt à céder le pouvoir à une structure
transitoire,
comme le souhaitait l'opposition, son parti s'engage à trouver une
solution
durable à la crise.
"Bien avant la publication des résultats de la commission Langa,
nous
avions dit que nous étions prêts à démissionner si la commission
prouvait
que les élections ont été truquées", rappelle Thabane.
La commission créée par la SADC a trouvé des irrégularités dans
l'élection,
mais elle n'a pas préconisé de nouvelles élections.
La tension règne toujours à Maseru car le gouvernement dit qu'il
n'interviendra pas pour relâcher 30 soldats mutins des forces de
défense du
Lesotho, arrêtés la semaine dernière. L'opposition exige leur
libération
immédiate.
Les 1500 soldats envoyés par la SADC sont toujours stationnés au
Lesotho
pour maintenir la paix, mais Everistus Sekhonyana de la BNP
raconte qu'ils
font partie du problème. Ils ont des "tactiques de torture
semblables à
celles qui étaient faites au temps de Hitler" (en Allemagne,
pendant la
deuxième guerre mondiale).
La semaine dernière, les deux parties ont signé un accord pour
établir une
structure transitoire destinée à réformer le système électoral du
Lesotho et
à préparer la prochaine élection. Cet instrument fonctionnera
parallèlement
au gouvernement, car le gouvernement du LCD a refusé de
démissionner.