Q&R: ''L'aide au développement n'est pas une panacée''

ROME, 30 mai (IPS) – Céline Tan est une doctorante à la Faculté de droit, à l'Université de Warwick, en Grande-Bretagne. Sa recherche met l'accent sur le financement du développement, en particulier son impact sur la gouvernance mondiale et les relations internationales.

Tan était chercheuse au 'Third World Network', une organisation non gouvernementale (ONG) basée en Malaisie. Elle a également travaillé avec d'autres ONG, notamment le 'Bretton Woods Project' basé à Londres, et avec des organisations de défense des droits de l'Homme. La rédactrice en chef de IPS, Miren Gutiérrez, a eu un entretien avec Tan au sujet de l'aide et de ses contradictions dans un contexte de rétrécissement de l'économie mondiale. IPS: Le monde de l'aide internationale semble être un enchevêtrement compliqué d'acronymes et de théories. Pourquoi des gens devraient-ils se préoccuper de si et de comment le développement est financé?

Céline Tan (CT): Le financement est important pour le développement. L'aide internationale est nécessaire lorsque des pays et des communautés ne peuvent pas mobiliser des ressources suffisantes… La manière dont une telle aide est utilisée détermine si oui ou non elle réalisera les objectifs de développement fixés. Tout le monde devrait se préoccuper de la manière dont le développement est financé parce que le développement est un bien public mondial. La pauvreté crée l'insécurité, non seulement pour les communautés et les individus touchés par elle, mais aussi pour le monde plus large, spécialement dans une ère de mondialisation où des décisions locales peuvent avoir des répercussions mondiales. IPS: Votre thèse examine l'approche des Documents de stratégies de réduction de la pauvreté (DSRP) au financement du développement. Quels sont vos principales conclusions?

CT: Le cadre du DSRP a remplacé les tristement célèbres programmes d'ajustement structurels (PAS) en tant que base pour l'aide et la remise de dettes aux pays en développement. La thèse a découvert que bien que le processus du DSRP ait pu ouvrir une certaine voie pour la participation et la propriété dans les pays et pu mettre la réduction de la pauvreté au premier plan des politiques de développement, (son) impact général est plus préjudiciable au développement international que favorable… Les DSRP mettent trop d'accent sur le rôle des gouvernements… sans aborder les pressions mondiales qui empêchent des pays en développement de réaliser ces objectifs, tels que le commerce international inéquitable, le problème de la dette extérieure. Le DSRP fixe les mêmes conditions que les PAS, telles que la privatisation et la libéralisation du commerce, qui se sont montrées destructrices pour les économies des pays et par conséquent, préjudiciables à la réduction de la pauvreté. IPS: Les DSRP sont préparés par les pays membres, exposant les grandes lignes de leurs politiques économiques… Mais vous dites qu'ils vont au-delà d’une documentation de procédure, pourquoi?

CT: Les DSRP ne sont pas juste des documents de procédure. Des gouvernements doivent suivre un modèle de prise de décisions participative qui peut être importé de l'extérieur et avec peu de considération pour leurs conditions financières intérieures. Ceci signifie que des pays et des communautés n'ont aucun droit de propriété sur le processus, et ce dernier peut être géré pour correspondre à ce que les donateurs pensent être des priorités dans les politiques de développement… De cette manière, toute réforme sincère dans la vision d'ouvrir la participation aux véritables parties prenantes peut être limitée et les importants objectifs de réduction de la pauvreté et de développement, circonscrits. IPS: Comment voyez-vous la croissance de l'aide au développement dans un contexte de rétrécissement de l'économie mondiale? Pensez-vous que les économies en croissance du soi-disant Sud devraient avoir un rôle plus fort?

CT: L'aide au développement est nécessaire… Toutefois, elle n'est pas la panacée aux problèmes de la réduction de la pauvreté et à d'autres défis du développement. La solution réside dans la création de structures plus équitables du commerce international et des finances afin de permettre aux pays de générer des ressources sur le plan intérieur… Ceci signifie veiller à ce que leurs produits aient une occasion juste d'être commercialisés dans différents marchés… Les économies en croissance du Sud devraient avoir un rôle plus fort dans le financement du développement, mais elles ne peuvent faire tellement de choses que si elles sont contraintes par des facteurs internationaux. Les pays plus grands — tels que la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud — financent tous des projets de développement dans des pays moins avancés, tels que ceux d'Afrique, mais ils ont également de grands nombres de personnes pauvres dans leurs propres pays et une fois de plus, ils sont contraints par les mêmes règles commerciales et financières inégales que les pays les moins avancés. IPS: Vous avez écrit récemment pour désapprouver la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide…

CT: Je n'ai aucune objection aux mécanismes de responsabilisation, mais le cadre de responsabilisation de l'OCDE est unilatéral. Il a été conçu par les donateurs avec peu de contribution de la part des pays bénéficiaires et il ne fournit pas un cadre équivalent pour que les bénéficiaires tiennent les pays donateurs responsables de leurs propres politiques d'aide et d'autres politiques qui affectent l'efficacité de l'aide. Ainsi, pendant que les pays bénéficiaires sont soumis à plus de conditionnalités pour l'aide, les donateurs ne sont pas tenus responsables de leurs engagements d'aide, ni de leurs politiques d'aide. IPS: La Déclaration de Paris a été adoptée en 2005 comme une feuille de route pour accroître la qualité de l'aide; quelle a été son influence au cours des deux dernières années?

CT: L'efficacité de la Déclaration de Paris reste discutable. Plusieurs gouvernements de pays en développement la considèrent comme un autre ensemble de conditions qu'ils doivent remplir pour recevoir une aide de misère. Tous les donateurs ne mettent pas en œuvre le cadre non plus… De façon inquiétante, les conditions de la Déclaration de Paris peuvent promouvoir des réformes de politiques que des pays ont rejetées dans d'autres négociations, telles que l'ouverture des marchés publics aux sociétés étrangères, quelque chose que des pays en développement ont rejeté dans des négociations commerciales. IPS: Cette année, il y a une kyrielle d'importantes réunions finissant avec Doha. Qu'attendez-vous de ce processus?

CT: Le Consensus de Monterrey (Mexique) a été un important document puisqu'il représente les premières articulations complètes et holistiques des défis auxquels sont confrontés les pays dans la réalisation des objectifs du développement, et place des ressources financières au centre de la réalisation des ces objectifs. Le consensus a été fondé sur un partenariat mondial pour le développement… J'attends un réexamen détaillé du progrès du Consensus de Monterrey et le développement d'une feuille de route claire pour mettre en œuvre les objectifs qui n'ont pas été atteints à ce jour.