FADA N'GOURMA, est du Burkina Faso, 30 avr (IPS) – Une décortiqueuse multi-céréales, un moulin pour des céréales sèches, un autre pour des céréales humides, une concasseuse, un chargeur de batterie, un atelier de soudure et un moteur diesel pour faire tourner le tout, et la vie dans certains villages du Burkina Faso s'en trouve changée.
Les villageois les appellent des plates-formes multifonctionnelles, mais ils auraient bien pu les appeler "plates-formes miraculeuses" au regard des profonds changements que ces machines apportent dans la vie des villages où elles sont installées dans ce pays d'Afrique de l'ouest. "Avant la plate-forme, nos femmes n'étaient jamais là. Chaque matin, elles partaient faire moudre le grain à Fada — Fada N'Gourma, une ville située à 18 kilomètres plus loin — et revenaient tard dans la journée. Les hommes se plaignaient tout le temps de l'absence de leurs femmes parce qu'ils ne mangeaient pas à temps", témoigne Manli Abdraman, chef du village de Gomoré, dans l'est du Burkina Faso. Mais depuis que la plate-forme a été installée à Gomoré, en 2000, explique le chef, "les femmes n'ont plus besoin de sortir du village pour aller moudre le grain. Du coup, les hommes et les enfants arrivent désormais à manger à temps". Les femmes sont les principales bénéficiaires de la transformation introduite par les installations techniques dans ces villages, et elles en parlent le mieux. "La plate-forme a allégé mes tâches quotidiennes et m'a permis de retrouver la santé. Regardez mes mains, elles sont redevenues normales; avant, elles étaient remplies de plaies et de boursouflures parce que j'utilisais tous les jours la meule et le mortier pour moudre le grain", raconte à IPSD, Abiba Idani, une habitante du village de Koumbouari, non loin de Fada N'Gourma, dans l'est du pays. "J'ai moins de courbatures et de douleurs au dos parce que je ne fais plus ces pénibles travaux". "Plus aucune femme de Gomoré n'est prête aujourd'hui à moudre le grain à la main", confie à IPS, Djapoa Koanda, la présidente du groupement féminin 'Pamanli' de Gomoré, près de Fada N'Gourma. Alima Dahani, trésorière du groupement témoigne, pour sa part, avoir obtenu, grâce à la garantie offerte par la plate-forme, un crédit d'environ 71 dollars auprès de la Banque agricole et de crédit du Burkina Faso (BACB) pour fabriquer et vendre tous les jours une boisson locale qu'on appelle le 'soumbala'. Avec le bénéfice tiré de ce petit commerce, elle affirme à IPS pouvoir payer les cours du soir pour deux de ses enfants déjà au collège, environ 52 dollars pour chacun par an. Le programme national des plates-formes multifonctionnelles est une initiative de l'Etat burkinabé soutenu par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). D'un coût global de 10 millions de dollars, il vise à installer, sur cinq ans (2004-2009), environ 400 plates-formes dans toutes les régions du pays, indique Honoré Bonkoungou, coordonnateur de la Cellule d'appui du Programme national des plates-formes multifonctionnelles pour la lutte contre la pauvreté (zone de l'est). Selon un bilan effectué en septembre 2007, environ 120 plates-formes multifonctionnelles avaient été installées dans tout le pays. Il en reste donc encore 280 à installer ou en cours d'installation, mais le succès est déjà tel que, entre 2005 et 2006, le programme a enregistré plus de six cent demandes d'installations provenant des cinq régions du pays. Outre les possibilités offertes aux femmes de faire moudre leurs grains dans le village et non ailleurs, la plate-forme multifonctionnelle offre d'autres services comme la charge de batteries pour permettre aux populations, même sans électricité, de pouvoir jouer des appareils électroniques tels que les postes téléviseurs et radios ou la charge de téléphones portables déjà partout répandus dans le pays, constate IPS sur place. Elle permet également la mise en place d'un atelier de soudure qui permet aux populations de réparer sur place leurs bicyclettes cassées ou leurs matériels agricoles tels que les charrues, les houes ou les charrettes utilisées pour transporter les récoltes. Plus remarquable, la gestion de ces plates-formes est entièrement aux mains des groupements féminins. Les femmes utilisent les recettes générées par ces plates-formes comme garanties auprès de la BACB ou du Fonds d'investissement aux collectivités décentralisées (FICOD) pour obtenir des micro-crédits et initier des activités génératrices de revenu (AGR). C'est ainsi que grâce à un crédit collectif d'environ 3.809 dollars, octroyé par le FICOD au groupement féminin de Gomoré, plusieurs femmes de ce groupe ont pu initier des AGR pour subvenir aux besoins de leur famille. Par exemple, Pouniyala Idani, une veuve membre du groupement, a pu démarrer un commerce d'une bière locale très alcoolisée appelée 'hydro miel' grâce à une quote-part de 47,6 dollars obtenue de ce crédit. Avec un bénéfice net d'environ deux dollars par jour, elle arrive cahin-caha, dit-elle, à subvenir seule aux besoins de ses 12 enfants. Pourtant, il faut à peine 8.000 dollars pour installer une plate-forme, pour alléger la vie de milliers de personnes qui débattaient dans beaucoup de difficultés et la pauvreté. "Nous comptons faire des nouvelles plates-formes de véritables pôles de développement des villages avec production d'énergie pour électrifier les écoles, les bibliothèques, les centres de santé, et alimenter les forages d'eau pour distribuer de l'eau potable à tout le village", affirme Bonkoungou. Les plates-formes multifonctionnelles représentent en somme la concrétisation de l'aspect sécurité humaine prônée par les Nations Unies, estime Nicholas Gouede, spécialiste de programme auprès de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD). "J'ai été beaucoup impressionné par la plate-forme multifonctionnelle. Les femmes l'ont exprimé, ce projet les a aidées à entretenir leurs enfants, assurer leur santé, vivre au quotidien", déclaré Gouede. "C'est ce genre de réussite concrète que nous recherchons, et je crois que ce projet doit bénéficier de soutien pour sa pérennisation et sa réalisation dans d'autres pays de la sous région ouest-africaine".

