DEVELOPPEMENT-AFRIQUE DU SUD: Des célébrations au milieu de la crise?

GRAHAMSTOWN, sud-est de l'Afrique du Sud, 26 mars (IPS) – L'Afrique du Sud a célébré du 17 au 23 mars la Semaine de l'eau pour coïncider avec la Journée mondiale de l'eau (22 mars). La semaine avait également coïncidé avec une crise nationale de confiance sur la capacité du gouvernement à approvisionner les citoyens en eau potable saine.

Jusqu'au début de février de cette année, le terme "crise nationale" n'était pas appliqué habituellement au secteur de l'eau en Afrique du Sud. Il y avait eu plusieurs crises localisées, et plusieurs personnes devenaient inquiètes au sujet de la présumée détérioration de l'eau et de l'assainissement, mais peu de gens auraient qualifié les problèmes de nationaux. Toutefois, l'Alliance démocratique (DA), le principal parti de l'opposition, et l'Autorité de sûreté sud-africaine (NNR) — un organisme de droit public créé pour protéger le public contre des dégâts nucléaires — ont alors publié des rapports critiques dans la presse en l'espace de quelques semaines, l'un de l'autre. Ces documents, attaquant les différents aspects de la capacité du ministère des Eaux et Forêts (DWAF) à agir de façon adéquate, ont déclenché une série d'articles qui ont fait un usage libéral du mot "crise" pour décrire l'état du système d'approvisionnement en eau du pays. Le rapport de la NNR a alerté le gouvernement sur les eaux usées qui s'infiltrent, en provenance des vastes opérations minières du pays, dans le système de la nappe phréatique. Il a affirmé que les légumes et poissons ramassés dans des bassins hydrographiques fluviaux proches de la capitale économique, Johannesburg, avaient été contaminés par l'uranium radioactif. Le rapport de la DA, intitulé 'Avertissement de tempête : Une imminente crise d'eau', a indiqué : "Une combinaison de sources d'eaux polluées et de mauvaise gestion des barrages, des travaux de vidange et des usines de traitement, a conduit à une situation où notre approvisionnement en eau est sérieusement menacé". S'adressant à ceux qui étaient présents au lancement de ce rapport, le porte-parole du parti sur les questions environnementales, Gareth Morgan, a accusé la ministre des Eaux d'ignorer la crise : "Cela peut être un cas de dénégation", a-t-il souligné.

Le rapport de la DA analyse les problèmes que rencontre le secteur de l'eau, et comprend également une liste détaillée des solutions proposées à ces problèmes. Selon le document, les problèmes d'eau de l'Afrique du Sud se regroupent en trois catégories.

Dans la première section, concernant les sources d'eau, le rapport dénonce des conflits internes bureaucratiques pour ce qu'il décrit comme "une négligence officielle généralisée des conséquences environnementales de l'activité industrielle". Ces commentaires se réfèrent apparemment à une lutte acharnée entre le DWAF d'une part et le ministère des Mines et de l'Energie d'autre part, au sujet la réglementation des activités minières dans des régions sensibles à l'environnement. La deuxième section identifie une mauvaise gestion des barrages du pays en tant que facteur crucial dans la diminution de la quantité et de la qualité de l'eau disponible pour la consommation. Elle a cité la ministre des Eaux et Forêts Lindiwe Hendricks, qui a déclaré que seulement 160 des 294 barrages que possède et que gère son département sont conformes aux normes de sûreté modernes. La troisième et dernière catégorie des critiques souligne le mauvais entretien des systèmes municipaux d'eau et de vidange. La responsabilité pour cet aspect de la crise de l'eau ne peut pas être imputée uniquement au DWAF, parce qu'il n'a pas de contrôle direct sur les infrastructures municipales. Le rapport souligne que la plupart des systèmes municipaux de vidange en Afrique du Sud sont vieux de 30 à 50 ans, "mais peu de conseils municipaux font quelque chose de plus qu'un entretien de fortune". Les rapports de la NNR et de la DA, ajoutés à un article détaillé dans un hebdomadaire très lu, le 'Sunday Times', sur les difficultés dans le secteur de l'eau, ont eu un effet considérable sur les perceptions du public au sujet du système d'approvisionnement en eau — la tristesse qui s'approfondit à la perspective d'une crise combinée d'eau et d'électricité. La société d'électricité d'Afrique du Sud, ESKOM, avait averti le gouvernement à propos des pénuries de courant qui sévissent actuellement à travers le pays; mais, ces avertissements n'ont pas été pris en compte, plongeant des maisons et des entreprises dans des pannes d'électricité régulières. Beaucoup se demandent actuellement si le gouvernement est en train d'ignorer les avertissements au sujet de la situation de l'eau, ouvrant la porte à une catastrophe dans les mois à venir. La ministre Hendricks saisit presque chaque occasion qui lui est offerte pour insister qu'il n'y a pas de crise. Le 11 mars, elle a consacré toute une allocution au parlement pour dissiper les craintes au sujet d'une possible crise d'eau, insinuant que ceux qui ont critiqué son ministère n'avaient pas mis leurs informations au clair. "La désinformation ne fera que créer une panique et un malaise inutiles, et je suis certaine que personne m'aimerait cela", a déclaré Hendricks. "Ceux qui font circuler des termes comme 'crise' doivent sûrement avoir des preuves et des informations à leur disposition avant d'utiliser de tels mots forts". Elle a en outre informé le parlement des plans visant à construire plusieurs nouveaux projets d'eau au cours des années à venir. Au nombre de ceux-ci, figure la construction d'un grand nouveau barrage pour alimenter le centre industriel du pays, la province de Gauteng, d'ici à 2019. Hendricks a reconnu que l'Afrique du Sud rencontre des problèmes dans le secteur de l'eau, et a donné de brefs aperçus sur la manière dont son ministère envisage de résoudre ces problèmes. Toutefois, en se référant à ce qui est sans doute le problème le plus sérieux dans le secteur — des insuffisances au niveau des usines municipales de traitement des eaux usées — la ministre a habilement attribué la responsabilité aux autres. "La responsabilité du fonctionnement des usines de traitement des eaux usées incombe aux municipalités", a-t-elle ajouté. Hendricks a conclu son allocution sur une dernière tentative de rassurer le parlement et la nation qu'ils n'ont aucun souci à se faire dans le secteur de l'eau : "Notre eau potable est saine et devient plus saine… Notre planification est forte et nos barrages sont sains". Juste après s'être adressée aux législateurs, la ministre a commencé un spectacle en tournée de haut niveau pour soutenir la Semaine de l'eau.

Le thème de la Semaine de l'eau de cette année était 'Maintenir les vies, permettre la croissance', et la campagne vise à informer les gens sur l'importance de l'eau dans leurs vies quotidiennes et sur la raison pour laquelle nous devrions protéger nos fleuves, nos lacs et nos barrages. Hendricks s'est récemment adressée à 300 délégués lors d'un sommet de l'eau tenu juste à l'extérieur de Johannesburg où elle a parlé des plans du pays pour assurer la bonne disponibilité de l'eau dans l'avenir. Au cours du même événement, elle a lancé une campagne dénommée Masimbambane, ou "l'eau pour la croissance", conjointement avec l'Union européenne, pour financer d'autres projets d'eau à travers le pays.

Plus tard dans cette même journée, elle a rendu visite à de nombreux groupes d'écoliers dans un centre de sciences de l'autre côté de la ville pour promouvoir la sensibilisation sur l'eau.

L'idée maîtresse de la campagne de sensibilisation du public était la distribution, par des responsables du ministère des Eaux, de la documentation de la Semaine de l'eau sur la plupart des péages d'autoroutes dans la périphérie de Johannesburg et sur la principale autoroute menant vers la partie orientale du pays.