POLITIQUE: Kenya et Tchad, nouvelles zones dangereuses pour les travailleurs de l'ONU

NATIONS UNIES, 6 fév (IPS) – Les Nations Unies, qui ont récemment exprimé leur préoccupation sur la sécurité de son personnel en Algérie et au Soudan, se débattent encore avec les questions de sécurité dans deux nouvelles zones dangereuses : le Kenya et le Tchad.

Du fait des violences croissantes dans les deux pays, le secrétariat est en train d'examiner une fois encore la sécurité de ses travailleurs — près de huit semaines après qu'un attentat à la bombe en Algérie a coûté la vie à 17 membres du personnel à la mi-décembre.

"J'ai peur de la dégradation de la situation sécuritaire à N'Djamena (la capitale du Tchad), et ailleurs", a déclaré aux journalistes mardi le secrétaire général Ban Ki-moon. "Nous ne pouvons plus garantir la sûreté et la sécurité du personnel de l'ONU au Tchad, et nous avons évacué, avec l'aide du gouvernement français, la plupart du personnel dans des pays voisins, notamment au Cameroun et au Gabon", a-t-il ajouté.

Ban a indiqué qu'un petit nombre du personnel essentiel de l'ONU était encore au Tchad. Mais ils peuvent également être évacués, avec l'assistance française, si la situation politique et militaire dans le pays se dégrade.

Pendant le week-end, un groupe rebelle a attaqué la capitale, menaçant de renverser le gouvernement du président Idriss Deby, qui est au pouvoir depuis environ 17 ans. Les rebelles seraient soutenus par le gouvernement soudanais. Mais le Soudan a nié cette allégation.

Parlant de la propagation des violences dans certaines parties de l'Afrique, il a exprimé sa préoccupation par rapport à la sûreté et la sécurité du personnel et des locaux de l'ONU.

"Les récents événements au Kenya, au Tchad, au Darfour (Soudan) et en Algérie ne font qu'accentuer l'urgence de cette question", a-t-il ajouté.

Dans les prochaines semaines, a-t-il dit, il envisage de parler aux 192 Etats membres leur demandant de renforcer la sécurité et la sûreté du personnel de l'ONU dans leurs pays. Kemal Dervis, directeur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dont le bureau a été détruit dans l'attaque d'Alger, a déclaré le mois dernier qu'au moins dans six pays, on a dit au personnel de l'ONU de travailler à domicile parce que certaines des agences sur le terrain sont devenues des "cibles" plus "ouvertes" des groupes terroristes. Dervis a refusé de nommer les six pays, mais a reconnu que l'Algérie en faisait partie.

Les menaces contre les membres du personnel de l'ONU ont été également proférées contre des fonctionnaires et soldats de maintien de la paix dans des pays comme l'Irak, la Somalie, l'Afghanistan et le Liban.

Le secrétaire général a annoncé également mardi la création d'un panel indépendant sur "la sûreté et la sécurité du personnel et des locaux de l'ONU à travers le monde". Ce panel, qui sera présidé par l'ancien conseiller spécial de l'ONU Lakhdar Brahimi, de nationalité algérienne, comprendra un certain nombre d'experts internationaux dans le domaine de la sûreté et de la sécurité. Les noms de ces experts seront annoncés sous peu.

Quand le secrétaire général a annoncé le mois dernier son intention de désigner un panel indépendant, le gouvernement algérien a émis de fortes réserves, d'abord pour des raisons politiques. Le gouvernement algérien a rejeté aussi des accusations selon lesquelles il a ignoré une requête de l'ONU pour l'intensification des mesures de sécurité, notamment l'obstruction des rues, avant l’attentat à la bombe des bureaux de l'ONU à Alger, la capitale. Brahimi, un ancien ministre des Affaires étrangères d'Algérie, était un conseiller spécial de l'ONU pour l’Afghanistan, Haïti et l’Irak — pour des missions séparées à divers moments.

Interrogé pour savoir si la nomination de Brahami était destinée à apaiser le gouvernement algérien, Ban a répondu : "J'ai eu des consultations restreintes avec le gouvernement algérien. Nous avons pensé que M. Brahimi serait une personne très compétente pour diriger ce panel indépendant". Il a également affirmé : "Je suis sûr que tout le monde s'accordera sur son intégrité; même s'il est algérien, il est plus connu comme un dirigeant cosmopolite". Ban a en outre déclaré qu'il avait discuté de la nomination de Brahimi avec certains Etats membres clés, "et je n'ai pas reçu de telles inquiétudes sur son intégrité en tant que président de ce panel indépendant". Sur le Kenya, le secrétaire général a déclaré : "Comme j'ai averti au sommet de l'Union africaine la semaine dernière, des affrontements ethniques menacent de s'intensifier hors de tout contrôle". Concernant le Tchad, il a indiqué : "J'ai exhorté le Conseil (de sécurité) à agir rapidement pour aider à mettre fin à cette crise terrible. Elle a des conséquences désastreuses non seulement pour le peuple tchadien et pour les réfugiés du Darfour cherchant asile là, mais aussi pour le Darfour même".

Sur le Darfour, il a déclaré que "l'insécurité continue de restreindre gravement l'accès humanitaire aux civils dans le besoin d'assistance".

A la question de savoir si le Soudan a accepté des troupes non-africaines dans la Mission conjointe ONU-Union africaine au Darfour (MINUAD), il a répondu que la force de maintien de la paix a encore besoin d'hélicoptères et de troupes supplémentaires.

"Des pays qui ont appelé à l'intervention au Darfour sont spécialement tenus de respecter leurs promesses", a-t-il ajouté. Le déploiement de la MINUAD composée de 26.000 soldats proposés, décrite comme probablement la force de maintien de la paix la plus grande au monde, a été entravé par le manque de troupes et d'équipements militaires.

Le gouvernement du Soudan, qui cherche une force de maintien de la paix totalement africaine, a rejeté le déploiement des unités militaires en provenance de Thaïlande, du Népal, de Norvège et de Suède. Jusque-là, seulement 9.000 soldats sur les 26.000 proposés ont été déployés au Darfour.

Ban a affirmé que ses discussions avec le président soudanais Omar al-Bashir, la semaine dernière, comprenaient la composition proposée des forces. Il a souligné que l'un des "sujets importants" dont il a discuté se référait au déploiement des soldats non-africains. "Notre compréhension est que même si la question doit encore être résolue sur le plan technique, nous essayerons d'abord de déployer des soldats de maintien de la paix africains qui sont volontairement disponibles, par exemple, des Egyptiens et des Ethiopiens".

Ensuite, pendant que ce déploiement se fera, a-t-il dit, "nous essayerons de déployer des soldats de la Thaïlande et du Népal".