BRUXELLES, 23 jan (IPS) – Près de 9,7 millions d'enfants sont morts dans le monde en 2006 — avant d'atteindre cinq ans — de causes qui, pour la plupart, auraient pu être prévenues, indique le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) dans son dernier rapport annuel sur l'état des enfants dans le monde, présenté mardi à Bruxelles. La plupart des enfants qui décèdent vivent dans 60 pays en développement, selon l'organisation.
Il y a beaucoup moins d'enfants qui meurent de nos jours qu'en 1960, lorsqu'on enregistrait près de 20 millions de décès avant l'âge de cinq ans, rappelle l’UNICEF en introduction de son rapport annuel intitulé “L'Etat des enfants dans le monde 2008”. Malgré des obstacles de taille, comme la propagation du SIDA ou des conflits dans de nombreux pays à mortalité élevée, le taux mondial de mortalité infantile a baissé de manière régulière depuis 1990, constate le rapport. Plusieurs régions du monde ont enregistré des taux remarquables de régression dans ce domaine. Depuis 1990, les taux de mortalité infantile ont ainsi reculé environ de moitié en Asie de l'est et dans le Pacifique, en Europe centrale et orientale, dans la Communauté d'Etats indépendants ainsi qu'en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Néanmoins, chaque jour, plus de 26.000 enfants de moins de cinq ans meurent dans le monde d'infections respiratoires ou de diarrhées, qui ne représentent plus une menace dans les pays industrialisés; de maladies infantiles comme la rougeole, qu'une vaccination permettrait d'éviter; ou par manque d'accès aux soins, à une eau salubre et à des infrastructures sanitaires adéquates.
Environ 40 pour cent de tous les décès d'enfants de moins de cinq ans dans le monde ont lieu durant la période néonatale, c'est-à-dire au cours du premier mois de la vie. On sait aujourd'hui qu'environ quatre millions de bébés meurent chaque année durant cette période, dont près de la moitié au cours des premières 24 heures, souligne l'UNICEF.
Tous les Etats membres des Nations Unies ont défini huit objectifs prioritaires de développement à atteindre en 2015, appelés les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). L'un d'eux vise à réduire de deux tiers le taux de mortalité infantile dans le monde. Or, “on ne saurait sous-estimer l'ampleur des défis qu'il reste à accomplir dans ce domaine”, avertit l'UNICEF.
Certaines régions sont à la traîne par rapport à la quasi-totalité des OMD, mais plus précisément en ce qui concerne la réduction de la mortalité infantile, comme l'Afrique subsaharienne et l'Asie du sud, souligne le rapport. En 2006, un enfant sur 12 est décédé avant son cinquième anniversaire en Asie du sud. Concernant l'Afrique subsaharienne, la situation reste très préoccupante, car la région enregistre le taux de mortalité infantile le plus élevé : un enfant sur six y meurt avant l'âge de cinq ans.
Si l'on se réfère à chaque pays individuellement, les perspectives sont donc mitigées, constate l’UNICEF. Globalement, sur les 191 pays pour lesquels l'organisation dispose de statistiques récentes, 129 sont en bonne voie de diminuer le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans en dessous de la barre des 40 décès pour 1.000 naissances vivantes.
Par contre, le taux de mortalité infantile reste préoccupant ou n'a pas enregistré de progrès depuis 1990 dans 27 pays à travers le monde. Sur les 46 pays d'Afrique subsaharienne, seuls le Cap-Vert, l'Erythrée et les Seychelles sont en bonne voie d'atteindre cet OMD4, poursuit le rapport. Et environ la moitié des pays de cette région n'a enregistré aucun changement ou est confrontée à une augmentation du nombre de décès d'enfants depuis 1990.
En République démocratique du Congo (RDC), par exemple, la mortalité infantile reste extrêmement importante, a indiqué mardi Katrien Ghoos, responsable des programmes de santé et nutritionnels pour l'UNICEF à Kinshasa. Environ 620.000 enfants meurent chaque année en RDC avant d'atteindre l'âge de cinq ans, a-t-elle précisé. La RDC est le troisième pays au monde possédant un taux de mortalité infantile aussi élevé, selon l’UNICEF. Près de 23 pour cent de ces décès interviennent pendant le premier mois de la vie du nourrisson et 63 pour cent au cours de la première année. La plupart des enfants meurent à la maison des suites du paludisme, de la rougeole, de diarrhées ou d'infections respiratoires. “De nouvelles données sont en cours d'analyse et semblent indiquer une légère baisse du taux de mortalité, mais les chiffres restent préoccupants”, a expliqué Ghoos. Concernant le taux de mortalité des mères, la RDC enregistre en moyenne 1.100 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes, soit près de 35.000 décès par an.
Les principales interventions pour lutter contre les causes majeures de décès d'enfants sont bien connues et acceptées, indique l'UNICEF. Dans le monde, à peine un pour cent des décès d'enfants de moins de cinq ans sont inexpliqués. Les deux tiers pourraient cependant être évités, notamment en renforçant les systèmes de santé et en améliorant l'état nutritionnel des enfants et la santé des mères.
Améliorer la santé et l'alimentation des futures mères et leur offrir des services de procréation de qualité sont indispensables pour résoudre nombre de causes sous-jacentes de la mortalité des enfants. Or, les données de l'UNICEF reflètent un accès insuffisant aux soins. Dans l'ensemble des pays, une femme enceinte sur quatre ne reçoit aucun soin prénatal et plus de 40 pour cent des femmes accouchent sans l'aide d'un agent de santé qualifié.
Pour atteindre l'OMD4 de réduction du taux de mortalité infantile, l'essentiel des efforts doit se concentrer sur les situations et les circonstances les plus difficiles dans les pays les plus pauvres, les moins instruits et les plus marginalisés ainsi que dans les nations ravagées par le SIDA, les conflits, la mauvaise gouvernance et le manque chronique d'investissements dans les systèmes de santé publique, conclut l'UNICEF. L'organisation plaide également pour une approche intégrée en matière de santé qui impliquerait davantage les communautés locales.

