JOHANNESBURG, 2 jan (IPS) – Des représentants venant des pays en développement tiennent fréquemment des réunions de blocs séparés lors des conférences et rencontres internationales pour discuter des moyens d'améliorer la coopération Sud-Sud.
Ces rencontres sont maintenues par la conviction que les pays plus pauvres, généralement ceux du Sud, reçoivent le petit bout du bâton dans les conventions et termes commerciaux internationaux, selon Francis Kornegay, chercheur principal au Centre pour les études de politiques à Johannesburg.
Kornegay a servi comme membre du congrès avec des membres du 'Congressional Black Caucus'. Il écrit fréquemment des articles pour des journaux sud-africains et a récemment publié un livre intitulé 'Pax-Afroasiatic? Revisiting Bandung in a Changing World Order' (Pax-Afroasiatic? Réexaminer Bandung dans un ordre mondial en mutation).
Le correspondent de IPS Steven Lang s'est entretenu avec Kornegay au sujet de comment le concept de la coopération Sud-Sud est né : Francis Kornegay (FK): Ses origines remontent en réalité aux années 1950 avec la Conférence de Bandung [qui a réuni 29 pays africains et asiatiques et a finalement conduit à la création du Mouvement des non-alignés] à un moment où la Guerre froide était en cours entre les Etats-Unis et l'Union soviétique. Plusieurs pays africains et asiatiques venaient juste d'accéder à leur indépendance, et étaient pris dans cette lutte du pouvoir bipolaire, et par conséquent sentaient le besoin d'une sorte de flexibilité non-alignée vis-à-vis des deux camps. Les pays du Sud sont pendant longtemps préoccupés par la recherche conjointe plutôt qu'individuelle de faire avancer leurs positions sur l'arène internationale. Ainsi, il y a eu relativement un peu de continuité dans cette recherche. Récemment, elle a pris de nouvelles formes avec des pays en développement qui se mettent ensemble dans le G20 pour discuter des termes de l'ordre commercial mondial dans les négociations commerciales de Doha de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Bien sûr ici, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud ont joué un rôle important en essayant de mobiliser d'autres pays en développement autour de ces négociations. Cela a vraiment créé le contexte dans lequel ces trois pays se sont mis ensemble en 2003 pour former le forum de dialogue trilatéral de l'Inde, du Brésil et de l'Afrique du Sud (IBSA). IPS: Jusqu'à quel point l'IBSA est-il une organisation politique plutôt que commerciale?
FK : Je dirais qu'il est essentiellement une plate-forme politique, même si des questions commerciales ont tendance à prédominer du fait que nous sommes dans des négociations prolongées, incertaines autour de l'OMC. Mais le centre d'intérêt réel de l'IBSA est une plate-forme politique pour permettre aux trois pays de dialoguer les uns avec les autres dans le but d'établir une synergie dans des questions qui sont beaucoup plus larges que le commerce. Ils doivent faire avec le besoin de transformer l'architecture institutionnelle de l'ordre international — ici vous ne parlez pas uniquement du commerce, vous parlez de la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies, du besoin de restructurer les institutions de Bretton Woods (la Banque mondiale et le FMI) et tout autre question politique qui affecte la gouvernance mondiale. IPS: Le fait qu'ils produisent des produits similaires limitera-t-il en fin de compte la capacité des trois pays de l'IBSA à développer davantage le commerce?
FK : Probablement, si vous regardez le long programme de négociation commerciale d'Afrique du Sud — elle est en train de négocier un accord commercial entre l'Union douanière de l'Afrique australe (SACU) et le MERCOSUR, le marché commun de l'Amérique du sud depuis un certain temps et il ne semble pas y avoir une conclusion imminente à cela. Je ne pense pas que cela limite nécessairement les potentialités des trois pays à travailler ensemble. Et la raison pour laquelle je le dis est que dans le cadre de l'IBSA, il y a plus de 14 ou 15 groupes de travail sectoriels, dans lesquels vous avez une coopération trilatérale sur un grand nombre de questions relatives à l'énergie, l'environnement, l'éducation, le transport, la défense — tout ce que vous pouvez imaginer. Il y a un programme entier de coopération trilatérale — jusque-là, il peut ne pas y avoir de progrès rapides sur le plan commercial — mais cela ne signifie pas, même en faisant un gros effort d'imagination, qu'il n'y aura pas de progrès dans d'autres domaines. IPS: Mais ce que vos dites, c'est qu'il y a plus de substance venant de la dimension politique?
FK : Oui, je le dirais, mais cela ne peut pas être totalement séparé de la dimension économique.
IPS: Une institution comme le G20, aura-t-elle un impact quelconque sur la coopération Sud-Sud?
FK : Bien, je pense qu'elle l'aura. Le G20, l'IBSA et le Nouveau partenariat stratégique Asie Afrique de même que des initiatives plus anciennes telles que le Mouvement des non-alignés (MNA) et le G77… ont tous un rôle à jouer pour faire bouger les choses le long du sentier d'un ordre plus équitable.
IPS: Serait-il juste de dire que le centre d'intérêt est en train de quitter les mouvements plus anciens tels que le Mouvement des non-alignés pour aller vers des institutions plus soutenues comme l'IBSA et le G20, etc.?
FK : Je dirais oui. Tel peut être le cas récemment, mais je ne pense pas qu'on puisse faire une croix sur des regroupements comme le MNA. Je pense qu'il y a des questions qui se poseront probablement et qui continueront de faire de ces blocs de génération plus ancienne des blocs pertinents. Par exemple, le MNA — bien qu'il n'ait pas été très visible — a influé sur tout le dossier de l'Iran et la question nucléaire. Il est tout à fait possible que comme le temps passe, des questions relatives aux armes nucléaires, à la non-prolifération et ainsi de suite résonnent dans le Mouvement des non-alignés aussi bien que dans l'IBSA et dans d'autres régions. Je pense que vous verrez une interaction entre les organisations de coopération Sud-Sud de génération plus nouvelle, comme l'IBSA, et le Mouvement des non-alignés, des regroupements de G77 de génération plus ancienne sur plusieurs fronts. Selon le sujet — là où les questions sont plus économiques et plus liées au commerce, vous pouvez voir plus d'attention focalisée sur le G20, là où vous vous trouvez plus dans un domaine sécuritaire, politique, géopolitique, vous regarderez plus du côté du MNA.

