SANTE: La grippe aviaire touche le Bénin, mais sans ébranler les gens

COTONOU, 27 déc (IPS) – Le Bénin est officiellement touché par la grippe aviaire depuis la mi-décembre, mais les Béninois ne s'en inquiètent guère car la sensibilisation, menée par les ministères de l'Elevage et de la Santé sur les mesures de santé semble avoir porté ses fruits.

Tout a commencé au petit matin du 3 décembre dans un élevage de Cotonou, la capitale économique béninoise, où des mortalités importantes de volaille ont été constatées. "Nous avons immédiatement effectué des tests de dépistage du virus de la grippe aviaire qui se sont révélés positifs. Nous avons remonté la pente pour savoir ce qui s'est passé, et on nous a raconté que des dindons en provenance d'Adjarra auraient été introduits dans cet élevage", raconte à IPS, Thomas Gbaguidi, 'point focal de la grippe aviaire' à la direction de l'élevage. (Adjarra est une commune béninoise du sud-est, frontalière avec le Nigeria, un pays voisin déjà infecté par la grippe aviaire). Dans le même temps, explique Gbaguidi, des collègues du département de l'Ouémé (région du sud-est du Bénin), dont relève Adjarra, ont signalé avoir fait les mêmes tests dans cette commune, et qui se sont révélés positifs. Pour confirmer ces tests, des prélèvements ont été envoyés dans un laboratoire de référence à Padoue, en Italie. "Les résultats de ces prélèvements ont confirmé la présence du virus H5N1 hautement pathogène au Bénin", déclare Christophe Monsia, directeur de l'élevage. La commune d'Adjarra s'est donc révélée comme étant la commune de départ de l'épidémie de la grippe aviaire au Bénin. La confirmation de la présence du virus H5N1 au Bénin a été officiellement annoncée au cours d'une conférence de presse conjointement animée par cinq ministres, le 19 décembre à Cotonou. Les ministères de la Santé et de l'Elevage ont alors déclenché une opération qu'ils ont appelée "riposte contre la grippe aviaire". "La riposte consiste à abattre systématiquement toutes les volailles autour de la zone d'infection. Tant qu'il n'y a pas de volaille qui circule dans cette zone, le virus ne peut non plus circuler. Nous désinfectons ensuite tous les élevages et toutes les maisons dans cette zone", explique Emmanuel Dandjinou du Centre régional de production agricole de l'Ouémé. L'Etat a également interdit tout transport de volaille des zones infectées vers les zones non infectées. Parallèlement, le gouvernement a mis en place des équipes de surveillance dans des marchés afin de veiller à ce que de la volaille infectée n'y entre pas. Des techniciens passent également dans des centres d'élevage pour donner des conseils pratiques indispensables à la protection de la volaille encore vivante. "Nous conseillons à tous les éleveurs d'avoir des bacs de désinfection à l'entrée de chaque exploitation, de limiter les visites car n'importe qui ne doit entrer dans une exploitation à part un personnel spécialisé qui s'occupe de l'entretien de l'élevage", souligne Gbaguidi. Le plus important, selon Roger Dovonou, ministre de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche, c'est qu'il faut que les éleveurs sachent que le virus est hautement pathogène. S'il entre dans un milieu, s'il y a un million d'oiseaux en cet endroit, cette exploitation est décimée en un rien de temps, a-t-il indiqué. "Il ne faut donc pas hésiter à abattre systématiquement toute la volaille en ce lieu". Pour sa part, Issa Démolé Moko, ministre de la Décentralisation, a demandé aux préfets des départements d'apporter leur appui aux équipes techniques pour un contrôle efficace de la circulation de la volaille. "Il est impérieux que l'opinion internationale sache que le Bénin prend au sérieux cette épidémie de grippe aviaire et compte en venir à bout dans de bonnes conditions en cette fin de l'année 2007", déclare-t-il.

Au-delà de cette sensibilisation aux professionnels de l'élevage, l'accent est mis également, à travers les médias, sur le caractère inoffensif du virus pour l'organisme humain si la viande est bien cuite. "Avec une cuisson à 60 degrés, le virus est mort au bout de 30 minutes. Mais entre 60 et 100 degrés, le virus est mort au bout de 30 secondes. Les habitudes culinaires du peuple béninois sont favorables au contrôle du virus parce que nous ne mangeons que ce qui est cuit", rassure le ministre de la Santé, Kèssilé Tchala. La contamination par digestion n'est pas possible car ce virus meurt au contact de l'acide chlorhydrique. Dans tout milieu acide, le virus n'a aucune chance de vivre. Tout ce qui est mangé est donc inoffensif, affirme Tchala. Le message du ministre de la Santé semble avoir convaincu les Béninois car peu d'entre eux semblent vouloir exclure la volaille de leurs repas de fêtes. "Je viens d'acheter des poulets pour les fêtes", confie à IPS, Raphaëlla Kpossou, une mère de famille rencontrée à la sortie du marché Saint-Michel de Cotonou, avec deux poulets nettoyés dans un sac. A la question de savoir si elle n'a pas peur d'être contaminée par le virus de la grippe aviaire, Kpossou rétorque sans hésitation que c'est à la première alerte à cette maladie, en 2006, que les Béninois avaient pris peur et avaient cessé de consommer la volaille. "Mais aujourd'hui, nous savons ce qu'est la grippe aviaire, nous savons qu'il suffit de bien cuire les aliments et ne pas manipuler de la volaille malade pour éviter la contamination. Alors, ma famille et moi n'avons rien changé à nos habitudes alimentaires", ajoute Kpossou. Rachelle Fagla, une vendeuse au marché Saint-Michel confirme ces propos. "Je vends normalement mes animaux, et je rends grâce à Dieu. Les Béninois n'ont pas cessé d'acheter du poulet". Certaines vendeuses ont remarqué que c'est toujours au mois de décembre, période de très fortes ventes que sonne l'alerte à la grippe aviaire, référence faite à une précédente alerte intervenue en décembre 2006, qui avait dramatiquement fait chuter leurs chiffres de vente. De là à penser que "la grippe aviaire n'est qu'une maladie inventée" pour réduire leurs chiffres d'affaires pendant les périodes de fête, c'est un pas que Juliette Klouvi n'a pas hésité à franchir, avec un air très sérieux. "Mais leur plan n'a pas marché", dit-elle à IPS. "Nous vendons très bien pour la Noël, et nous vendrons très bien encore pour le Nouvel An". En revanche, les vendeurs de viande de bœuf et de mouton se tournent plutôt les pouces en cette période des fêtes. Ils espéraient pourtant un boum de leurs ventes en fin d'année qui plus est, notamment après l'alerte à l'épidémie de la grippe aviaire. Mais c'est plutôt une déception. "Habituellement, je vends au moins 30 kilos de viande par jour. Quand ils ont parlé de grippe aviaire en ces fêtes de fin d'année, j'ai cru que mes ventes allaient au moins passer au double, mais je me rends compte qu'à la veille même de Noël, à moins de deux heures de la fin de la journée, j'avais à peine dépassé mes 30 kilos habituels", se désole Issiaka Babalola, boucher au marché Ganhi, à Cotonou.