NAIROBI, 26 sep (IPS) – Alors que les pays de l'Afrique de l'est continuent d'émettre des réserves au sujet des avantages des Accords de partenariat économique (APE) en cours de négociation avec l'Union européenne (UE), tant le gouvernement que la société civile au Kenya semblent accepter le fait que ces accords constituent la meilleure option possible pour la région.
Miriam Omolo, responsable du programme commercial de l'organisation non gouvernementale, Institut des affaires économiques au Kenya, a déclaré à IPS que les APE peuvent ne pas être l'ultime moyen pour parvenir à l'indépendance économique. Il y a un degré de scepticisme au sujet de ces accords. "Quelles garanties avons-nous de nous développer, même avec les APE? Un étranger ne peut pas nous développer" a-t-elle indiqué. "A l'heure actuelle, nous sommes enfermés dans la production primaire. Les APE devraient nous encourager à ajouter de la valeur à nos produits, par exemple le café. Nous devrions trouver des méthodes efficaces pour générer de la plus-value. Nous devrions porter nos produits sur le marché mondial". Le défi majeur pour les produits exportables à valeur ajoutée, c'est l'accroissement des taxes, lequel est dû à l'augmentation des taxes de l'UE sur les biens à valeur ajoutée venant de l'extérieur. "C'est comme si vous êtes enfermés", a déclaré Omolo. Mais d'autre part, Omolo indique que les APE peuvent favoriser une concurrence saine pour certains produits, tels que le sucre (bien que les taxes de l'UE soient en train d'être supprimées uniquement sur une période transitoire). "Nous continuons de nous plaindre du coût des télécommunications. Mais regardez ce que la concurrence a fait pour ce secteur. Il fut un moment où on ne pouvait pas acheter un téléphone cellulaire. Actuellement, pour seulement 2.500 shillings kenyans (2,8 euros), vous pouvez vous en procurer un. La concurrence est une bonne chose — elle a juste besoin d'être bien gérée", ajoute Omolo. Omolo a désigné les APE de façon générale comme des accords qui prennent en compte le développement dans sa globalité. Elle espère que les infrastructures et les capacités de production du Kenya s'amélioreront puisque le pays a maintenant un plus grand accès aux marchés de l'UE. En août, les chefs d'Etat de la Communauté de l'Afrique de l'est (EAC) ont convenu que tous les cinq membres signeront collectivement un accord avec l'UE d'ici à la fin de cette année, délai limite. Ceci a permis d'éviter une crise régionale imminente puisque l'Ouganda et la Tanzanie accusaient le Kenya de vouloir négocier les APE à travers le bloc de l'Afrique orientale et australe, lequel représente les pays membres du Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA). La Tanzanie n'est pas membre du COMESA. Cette situation a été créée par ce que d'aucuns considèrent comme des divisions arbitraires des pays africains en des groupes commerciaux au cours des négociations des APE. Dans certains cas, ces groupes ne correspondent pas aux configurations régionales existantes. Le Kenya s'est engagé à signer les APE au sein du groupe de l'Afrique de l'est. Mais, en tant que président du COMESA, il souhaite être toujours impliqué dans les négociations de l'Afrique de l'est et de l'Afrique australe dans la mesure où il ne compromet pas ses engagements avec les autres pays d'Afrique de l'est. Le Commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, a exprimé des inquiétudes au sujet des progrès réalisés dans les négociations des APE en Afrique de l'est. Le gouvernement Kenyan a, depuis, réitéré son engagement à faire aboutir les négociations avec l'UE. Le secrétaire permanent du ministère du Commerce et de l'Industrie, David Nalo, a fait remarquer que les discussions se trouvent à une étape avancée. "Eu égard au niveau critique que les négociations ont atteint, et en raison des questions complexes en débat, j'exhorte toutes les parties prenantes à demeurer dans la course jusqu'à ce que nous conduisions le processus à bon terme", a déclaré Nalo quand il a pris la parole lors d'un séminaire régional à Naivasha, au Kenya, sur le commerce et les implications économiques des APE il y a deux semaines. Un APE servira à maintenir les préférences actuelles du marché et à éviter l'instabilité macro-économique et la perturbation des activités économiques. Ceci est spécialement vrai dans le secteur agricole dont la croissance est due aux préférences du marché de l'UE sur une période de 25 ans, a-t-il indiqué. L'engagement du gouvernement kenyan à négocier cet accord commercial avec l'UE est fondé sur une analyse approfondie selon laquelle les APE offrent un meilleur arrangement commercial que la Convention de Lomé qui vacillait depuis les années 1970 jusqu'à 2000, selon Nalo. Les APE sont conçus pour réaliser le programme de développement du Kenya de même que celui de l'Afrique orientale et australe (ESA). Nalo est également convaincu que les APE favoriseront la compétitivité des secteurs d'exportation de la région de l'ESA. Toutefois, le secrétaire général du COMESA, Erastus Mwencha, a averti au début de ce mois que le point focal de la région de l'Afrique de l'est n'est pas tellement sur l'Europe. "Même si nous avons un accès exempté de taxes et de quotas à l'Europe, il ne nous sera pas facile d'exporter sauf là où nous avons de grandes possibilités". Parallèlement, les pays du COMESA doivent être capables de "pousser hors de la compétition" d'autres producteurs non européens comme l'Asie, l'Amérique du sud et l'Europe de l'est. "La première destination du Kenya est le COMESA. Notre centre d'intérêt devrait consister à développer le marché régional parce que c'est l'avenir. C'est là où nous pouvons avoir la croissance durable", soutient Mwencha. Il a souligné l'importance des APE dans la réalisation des promesses de développement et d'intégration régionale.

