NIAMEY, 24 sep (IPS) – Depuis 1984 où la journée de l'arbre a été initiée au Niger, tout le territoire nigérien aurait pu être vert si l'entretien des arbres avait suivi. Mais le bilan des journées de l’arbre est resté en deçà des espérances, reconnaissent volontiers les défenseurs de l'environnement.
’’On se contente de planter des arbres à l'occasion de cette journée. On ne se préoccupe véritablement pas de la protection et de l'entretien de ces arbres’’, reconnaît Adamou Garba, président du Rassemblement pour un Sahel Vert (RSV), l'unique parti écologiste nigérien. Activité phare parmi les actions de lutte contre la désertification, la mise en terre de jeunes plants à l’occasion de la célébration de la fête de l'arbre, qui a lieu le 03 août de chaque année, a contribué à intéresser davantage les populations nigériennes aux actions de protection de l’environnement. "C'est généralement à l'occasion de cette fête que de nombreux Nigériens font l'effort de planter des arbres dans leurs maisons, leurs champs ou sur des sites retenus par la commune ou le village", indique à IPS Garba. L'institution de cette fête visait à susciter la participation massive des populations aux actions de reboisement, de protection de l'environnement et de lutte contre la désertification, qui emporte environ 60.000 hectares de terres par an, selon les statistiques de la direction nationale de l'environnement. Le constat malheureusement fait aujourd’hui, 23 ans après la première fête de l’arbre, est que les arbres plantés ne sont plus. Ils sont morts, détruits pour différentes raisons. Du reste, IPS a constaté, à Niamey, que les arbres plantés au cours des journées successives de l’arbre, sur de nombreux sites, sont dans un état de dégradation avancée. Ils son ne sont pas arrosés, s’ils ne sont pas tout simplement massacrés par les animaux ou les populations riveraines. Plus de la moitié des arbres plantés, il y a une dizaine d’année, sur un site de dix hectares à Banifandou, un quartier du sud-ouest de Niamey, la capitale nigérienne, ont été détruits à cause de la négligence des autorités, déplore Alpha Oumarou, un habitant de Banifandou. Parlant du bilan de ces journées, Garba estime qu’ ‘’il est à déplorer un faible taux de croissance des arbres, qui tourne autour de 50 pour cent en moyenne. Cela est dû à la faible participation des populations, aux mauvaises conditions climatiques, à l'insuffisance de suivi des opérations, etc’’. Selon le Dr Katiella Maï Moussa, coordinateur national du Programme de micro financement du Fonds pour l'environnement mondial (PMF/FEM), à Niamey, cette situation est due au fait que les populations n'étaient pas suffisamment responsabilisées. ’’Ne se sentant pas directement liées par les réalisations, ce sont les mêmes populations qui se mettent à saccager les rares arbres qui résistent aux intempéries et aux animaux en divagation’’, affirme Maï Moussa à IPS. Selon Mahaman Lamine Attaou, directeur national de l'environnement, ce même comportement s'observe dans les autres régions du pays au niveau des sites de reboisement. Les raisons de ce comportement, selon Attaou sont ‘’les besoins en bois de chauffe et de construction, les défrichements sauvages pour agrandir les superficies cultivables ou pour installer des populations’’. D'une superficie de 1.267.000 kilomètres carrés aux trois quarts désertiques, le Niger, confronté à un amenuisement accéléré de ses terres cultivables, a pourtant grand besoin de ces arbres pour protéger ses terres dégradées et impropres à l’agriculture. Tout n’est cependant pas encore perdu à en juger par certains actes. Il existe des localités au Niger où les populations sont encore décidées à planter et à protéger les arbres comme le village de Guinday Baani, dans l’ouest du Niger. Cette année, les habitants de Guinday Baani ont mis en place un comité local de surveillance et d'entretien des pieds de gommier et de karité qu'ils ont plantés sur un site d'environ 820 hectares. "Il y a moins de dix ans, aucune plante ne pouvait survivre sur cet espace, tellement le sol était dégradé. Avec le soutien des autorités politiques, nous sommes parvenus à le restaurer et aujourd’hui, nous y plantons des arbres", déclare, triomphant, à IPS Boubé Seybou, un jeune du village, membre du comité de surveillance du périmètre reboisé. Même si beaucoup reste encore à faire pour espérer gagner la bataille contre la désertification, les efforts du passé ont permis de renforcer tout au moins la capacité de production de plants du Niger qui est passée de 4,5 millions de plants, en 1997, à plus de 10 millions en 2007, selon la direction nationale de l'environnement. C'est ainsi qu’en 2006, environ 10 millions d'arbres ont été plantés sur l'ensemble du territoire national. Ces efforts de tous les Nigériens, à défaut de porter des fruits déjà visibles, font tout au moins le bonheur des pépiniéristes, comme, Issoufou Tchombiano, qui confie à IPS avoir déjà réalisé "un chiffre d'affaires d'environ 500.000 francs CFA’’ (1.000 dollars US), à travers la vente de plants, à l'occasion de la campagne de plantation d’arbres de 2007.

