POLITIQUE-KENYA: ''Je n'ai presque plus d'argent pour retourner à Nairobi''

NAIROBI, 10 sep (IPS) – Des affiches, des campagnes publiques, des spots publicitaires à la radio et à la télévision : tout est utile pour gagner une place aux élections générales du Kenya, prévues pour décembre, et tout cela coûte de l'argent que les candidats doivent mobiliser dans ce pays d'Afrique de l'est.

Certaines femmes candidates connaissent malheureusement des difficultés pour financer leur campagne – ce qui montre peut-être comment la politique demeure toujours l'affaire des hommes au Kenya. Juste huit pour cent des 222 sièges du parlement de ce pays sont occupés par des femmes. "Je n'ai aucune ressource personnelle… J'ai essayé de collecter des fonds des sympathisants et j'ai rencontré beaucoup d'obstacles, avec certaines personnes me traitant de mendiante", a déclaré à IPS, Jennifer Masis, qui vise un siège de députée dans la circonscription électorale du Kwanza, dans la province de la vallée du Rift, située à l'ouest du pays. Elle fait campagne sous les couleurs du Mouvement démocratique Orange-Kenya, un parti d'opposition qui s'est séparé, le mois dernier, du principal parti d'opposition du Kenya, Mouvement démocratique Orange (ODM). Pamela Mburia raconte une histoire similaire. Elle aspire à gagner le siège parlementaire de Nithi dans la province de l'est, mais elle doit cependant choisir l'allégeance au parti. "Les routes sont impraticables et il faut louer des véhicules tout terrain pour aller dans certaines régions. C'est coûteux… Je dépense jusqu'à la dernière pièce, et parfois je n'ai presque rien pour acheter le ticket pour revenir à Nairobi. Je ne compte que sur mon salaire", a-t-elle déclaré dans un entretien avec IPS. La tradition et la culture ont longtemps contribué à donner aux hommes le pouvoir économique au Kenya. "Les femmes sont défavorisées parce qu'elles n'ont pas de ressources. Les campagnes exigent que la personne qui cherche à plaire aux électeurs fasse la navette pour les emmener d'un endroit à l'autre dans des véhicules tout terrain, qu'il imprime le matériel de campagne à ses propres frais, et distribue des prospectus. Tout ceci a un coût", a déclaré à IPS Kennedy Masiime, directeur exécutif du Centre pour la gouvernance et le développement. La question qui se pose toujours est de savoir si les partis politiques apportent à leurs femmes candidates le soutien nécessaire pour collecter des fonds, afin de les aider à faire face à ces difficultés. La Coalition nationale Arc-en-ciel-Kenya (NARC-K) déclare qu'elle a la conscience claire à ce sujet. Ce parti a été formé après que la Coalition nationale Arc-en-ciel au pouvoir (NARC) se soit divisée en 2005 dans le processus de révision de la Constitution. Des rapports indiquent que le président Kenyan, Mwai Kibaki, pourrait figurer sur la liste de la NARC-K dans sa tentative de se faire réélire en décembre prochain. Sande Oyolo, directeur des programmes spéciaux à la NARC-K, a dit à IPS que le parti avait aidé les femmes candidates qui étaient dans le besoin. Par ailleurs, "si c'est une candidate qui demande un meeting géant dans sa circonscription électorale, nous allons nous aligner derrière elle". L'ODM indique qu'il envisage de soutenir les femmes candidates au parlement en faisant campagne à leurs côtés à travers le Kenya. "C'est le nouveau concept que nous sommes en train d'adopter pour promouvoir les femmes. Ceci attirera également plus de femmes dans la politique, parce que nous serons avec elles et demanderons aux électeurs de voter pour elles", a indiqué William Ruto, un leader du parti dans un entretien avec IPS. Toutefois, certains groupes de femmes n'attendent pas pour voir si de telles promesses se traduiront en termes de shillings du Kenya: ils ont commencé par mobiliser de l'argent pour les femmes candidates, afin de leur donner un meilleur souffle pour gagner les élections. "Nous allons mobiliser de l'argent pour les femmes. Nous appellerons les organisations internationales et nous ferons appel aux bonnes volontés", a confié à IPS Charity Ngilu, ministre de la Santé au nom de l'Association des femmes parlementaires du Kenya. IPS n'a pas pu savoir ce qui a été mobilisé à ce jour sous cette initiative. La Ligue des femmes électrices du Kenya, une organisation non gouvernementale basée à Nairobi, la capitale kenyane, est également un des groupes qui s'essayent à cet exercice, encore que cela soit à un degré limité. "Beaucoup de femmes manifestent un intérêt pour les postes électifs, mais toutes ne sont pas capables de réussir. Nous soutiendrons seulement quelques-unes d'entre elles, celles qui ont essayé et qui ont montré la capacité de surmonter les divers obstacles pendant les campagnes, y compris les contraintes relatives aux finances, a déclaré à IPS la directrice exécutive, Irène Oloo. A ce jour, environ 300 femmes sont entrées en contact avec la ligue pour se présenter aux élections parlementaires et municipales. On espère également que la Commission électorale du Kenya (ECK) soutiendrait les femmes dans le cadre du nouveau projet de loi sur les partis politiques, actuellement en discussion au parlement. La loi proposée prévoit que l'Etat finance les partis politiques. Une disposition de cette loi lie la somme que les partis pourraient réclamer au nombre de candidatures féminines sur leurs listes. De plus, l'ECK aurait son mot à dire sur comment les partis utilisent leurs subventions. Cyprian Nyamwamu du Conseil exécutif de la Convention nationale, une organisation qui regroupe des associations s'occupant de la réforme constitutionnelle et de la gouvernance améliorée, déclare qu'il espère que l'ECK oeuvrera "pour voir une partie des fonds alloués aux partis aller au profit des femmes candidates". "Laisser les partis politiques avoir de l'argent pour aider les femmes candidates. C'est la seule manière pour les femmes politiques d'être capables de rivaliser sur un pied d'égalité avec leurs homologues hommes", a déclaré à IPS Nyamwamu. Ruto évalue le coût de la campagne électorale entre 44.000 et 59.000 dollars US, une somme non négligeable dans un pays de pauvreté généralisée. Mais, prévient Maina Kiai, président de la Commission nationale kenyane des droits de l'Homme, "une grande partie de ces sous va dans la 'la mobilisation' des gens — laquelle s'avère être des pots-de-vin et des prospectus. Si vous devriez faire une campagne propre, cela ne coûterait pas des millions de shillings". "Ce dont nous avons besoin est un système ou une structure qui contrôle comment les gens dépensent de l'argent pour les campagnes. Un tel système fait défaut". Toutefois, dans le monde complexe de la politique kenyane, même un prospectus pourrait ne pas toujours entrer dans la catégorie des pots-de-vin. Comme l'indique Mburia, "la douleur est atroce quand le week-end arrive, parce que c'est le moment où je visite ma circonscription électorale pour voir mes gens, dont certains voyagent de si loin pour venir m'écouter. Après les réunions, ils attendent que tu leur donnes de l'argent pour rentrer chez eux. Parfois, ils n'écoutent pas avec leurs oreilles, mais avec leurs bouches: ils ont besoin de manger et tu ne peux pas les fuir". Les statistiques sur le nombre de femmes qui sont en train de braver des montagnes pour disputer les élections de cette année seront connues seulement trois mois avant le vote. Les élections générales – présidentielles, législatives et municipales – ont lieu tous les cinq ans au Kenya.