BUJUMBURA, 31 juil (IPS) – ‘’Le capital terre est aujourd’hui sous pression au Burundi. Les terres agricoles sont non seulement insuffisantes, mais en plus, elles n’ont plus la qualité nécessaire pour donner de bons rendements’’, confie à IPS Salvator Ndabirorere, coordinateur du Programme d’action national contre la dégradation des terres.
Il estime que le déséquilibre entre les besoins en terres des populations et la disponibilité de la terre est déjà très grand.
En effet, du nord au sud, d’est en ouest, la dégradation des terres apparaît comme une préoccupation commune à tous les Burundais. La terre agricole du paysan burundais s’amenuise et se dégrade de plus en plus pendant que son lit reste très fécond, juste pour dire que les Burundais, par tradition, font beaucoup d’enfants.
Avec une superficie de 27.834 km2, le Burundi compte aujourd’hui près de huit millions d’habitants. Sa densité est de 270 habitants au kilomètre carré, selon le bureau de la planification de la population du ministère de la Reconstruction et de la Planification du Développement.
En comparaison, un autre pays africain, le Bénin, situé en Afrique de l’ouest, qui a le même nombre d’habitants, huit millions, dispose en revanche de 112.600 kilomètres carrés, soit une densité d’environ 70 habitants au kilomètre carré.
Ces statistiques expliquent peut-être les difficultés actuelles du Burundi en matière de disponibilité des terres agricoles. Ce petit pays de l’Afrique de l’est se retrouve avec beaucoup de populations paysannes en quête de terres à cultiver alors que les terres manquent.
Très souvent désigné comme cause de cette situation, la pratique du morcellement des terres dont Sylvestre Mbarushimana, un agriculteur de Busoni, dans le nord du pays, subit actuellement les affres.
‘’Nous sommes trois fils du même père, héritiers d’une propriété d’un hectare à partager entre nous trois. Nous sommes en train de faire des enfants, et ce de façon incontrôlée. Est-ce à dire que toute une famille va vivre seulement d’un hectare ! Que vont devenir nos enfants ? Des sans terres ? Sans abris ? Enfants de la rue ?’’, s’interroge Mbarushimana.
Même inquiétude chez Yvan Nzigontitunga, à Rumonge, dans le sud du pays, où il aligne 25 descendants, à lui seul, sur une superficie agricole de deux hectares.
Des chercheurs et acteurs du développement durable prédisent un arrêt du développement de ce pays si le problème démographique et la question foncière ne sont pas résolus dans les meilleurs délais.
Sylvestre Ndayirukiye, géographe et enseignant à l’université du Burundi, explique que la croissance démographique implique naturellement l’augmentation des besoins élémentaires, spécialement les besoins en alimentation, en énergie et en logement.
‘’La satisfaction de ces besoins entraîne l’augmentation de la pression sur les ressources naturelles et aboutit ainsi à la destruction de celles-ci’’, estime-t-il.
Emmanuel Nshimirimana, consultant indépendant en environnement, pense que le problème n’est pas seulement celui de la démographie galopante.
‘’C’est aussi celui du manque d’intrants agricoles, de défaut d’outillage performant, de mauvaises pratiques agricoles et d’un taux élevé d’analphabétisme qui entrave la réceptivité du paysan vis-à-vis des innovations’’.
Face à la pénurie des terres, les agriculteurs se surprennent à pratiquer une exploitation intensive des sols, à exploiter de plus en plus des terres peu fertiles et fragiles. Conséquence, des rendements de plus en plus faibles.
La recherche de terres complémentaires a alors entraîné l’extension des cultures sur les zones de pâturage et les forêts naturelles.
La question de la pression démographique apparaît donc comme une bombe à retardement si les pouvoirs publics ne mettent pas la célérité nécessaire pour y trouver une solution adéquate.
Sur ce point, Ndabirorere rassure. L’Etat burundais ne reste pas les bras croisés face au problème. Il a validé en août 2005 un programme dit Programme d’action national de lutte contre la dégradation des terres qui définit plusieurs stratégies de lutte contre la pauvreté et des actions d’aménagement du territoire.
Ce programme se charge d’élaborer en ce moment un schéma directeur d’aménagement du territoire, de mettre régulièrement à jour l’inventaire des terres domaniales libres, et de créer des emplois non agricoles.
Des stratégies qui seront peut-être efficaces à la longue, mais qui ne rassurent guère Evariste Ngayimpenda, un démographe.
‘’Du moment où n’y a pas encore une politique foncière nationale claire, rien ne pourra freiner cette pression qui est exercée sur les terres’’, déclare-t-il à IPS.
Pour lui, le pays étant à plus de 90 pour cent agricole, il s’avère impérieux de prendre cette question foncière au sérieux. Le problème de dégradation des terres est multidimensionnel et la recherche des solutions durables doit être aussi multisectorielle.
Plus grave, beaucoup de Burundais craignent aujourd’hui que le traditionnel conflit ethnique qui a toujours caractérisé le pays se transpose sur le terrain foncier si la question n’est pas vite réglée. Plusieurs cas de tueries ciblées et de conflits familiaux sont déjà rapportés ici et là dans le pays pour des questions de terres.

