ENVIRONNEMENT: La province la plus verte du Burkina Faso se désertifie

OUAGADOUGOU, 29 juil (IPS) – Dans la Kompienga, la province la plus verte du Burkina Faso, située à l’est du pays, les formations forestières naturelles ont reculé de 1.600 kilomètres carrés en 15 ans, révèlent des chercheurs.

Parallèlement, les savanes boisées ont régressé de 76 pour cent.

‘’Nous avons constaté que la dégradation des sols est importante dans la région de la Kompienga à cause de l’action de l’homme, notamment la migration (et) l’agriculture…’’, explique Ardjouma Ouattara, coordonnateur de l’équipe de chercheurs.

Selon ces chercheurs, essentiellement des Burkinabé, l’étendue occupée par la savane arbustive a augmenté de près de 31 pour cent entre 1984 et 2007, ce qui traduit, de façon évidente, une dégradation de la savane boisée et arborée.

Les recherches, rendues publiques en ce mois de juillet, ont été menées par le Département des sciences de la population du Centre national de recherches scientifiques et technologiques.

Elles se sont simultanément déroulées, pendant trois ans (2004-2007), dans une vingtaine de pays du Sud — et ont été financées par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture et le Fonds des Nations Unies pour les activités en matière de population.

Cette région du Burkina, frontalière avec le Bénin, recelait de tant de ressources naturelles par rapport au reste du pays, qu’elle était devenue un pole de migration pour les populations venant du plateau central, sec et dur, et du reste du pays, précise Ouattara.

Mais aujourd’hui, à force d’accueillir des migrants, les forêts de la Kompienga sont devenues des clairières. ‘’Les populations se sont installées à l’intérieur de ces formations forestières’’, indique à IPS Hallahidi Diallo, Haut commissaire de la province du Noumbiel, dans le sud-Ouest.

Toutefois, ‘’des actions sont en cours pour les faire sortir de la forêt et les réinstaller ailleurs’’, souligne Diallo.

Sidiki Ganaba, actuel directeur de l’Environnement de la province de la Kompienga, qui a effectué son stage de fin d’études dans cette zone, en 1991, se souvient que la Kompienga était une zone très verte en ce temps-là.

‘’Il y avait une végétation touffue autour des cours d’eau. Cette végétation est aujourd’hui partie. Il n’y reste que de petites herbes’’, déclare-t-il.

Même le seul barrage de la région, situé sur le fleuve du même nom, la Kompienga, subit terriblement les affres de la désertification.

‘’Par rapport au niveau de l’eau, c’est la catastrophe actuellement. Le barrage ne reçoit plus assez d’eau à cause du manque de pluies, mais aussi en raison de l’action de l’homme’’, rapporte Ganaba.

Le fleuve était à moins de 200 mètres du campement de pêche de la région, en 1991. Il est aujourd’hui à plus d’un kilomètre des mêmes lieux, signe que le cours d’eau aussi perd de plus en plus en plus ses eaux.

Selon les chercheurs, la Kompienga n’est pas la seule province du Burkina à devenir victime de sa verdeur.

Les provinces du Poni et du Noumbiel, dans le sud-ouest du pays, ont également perdu plus de 60 pour cent de l’étendue de leur savane arborée, aujourd’hui devenue savane arbustive.

Les terres fertiles de la province du Noumbiel, autrefois sous-peuplées et évitées, en raison de la présence de la mouche tsé-tsé, vecteur de l’onchocercose, sont aujourd’hui prises d’assaut par les éleveurs et les agriculteurs.

‘’En raison de la proximité de la frontière avec la Côte d’Ivoire, certains Burkinabé, en route pour ce pays, s’y installent de façon provisoire au début, mais n’en repartent plus jamais’’, précise Diallo.

De la même façon, pendant les années de crise en Côte d’Ivoire (1999-2005), plusieurs Burkinabé, chassés de leur pays d’accueil, sont revenus s’installer dans cette province frontalière. Certains parmi eux, en rentrant, sont revenus avec des tronçonneuses, qui comme chacun le sait, ne servent qu’à couper du bois. Ils se sont donc jetés sur les arbres de la région qu’ils ont littéralement massacrés, rapporte Diallo.

Dans la recherche de solutions à cette dégradation inquiétante de l’environnement, les autorités de la Kompienga ont d’abord réglementé l’élevage, l’une des principales causes de cette situation.

La Kompienga, justement parce qu’elle est très verte et dispose de beaucoup d’aires de pâturage, accueille de nombreux éleveurs des zones arides du pays du début de la longue saison sèche jusqu’aux premières pluies.

‘’On a essayé de faire des pistes et négocié des couloirs de conduite du bétail avec les populations. On délimite, on matérialise et on marque la piste jusqu’au point d’eau, pour éviter que les animaux se baladent dans les champs ou dans des zones où ils ne doivent pas être’’, explique Ganaba.

Des mesures ont été également prises par les autorités de la province pour protéger les berges du fleuve. Des plantations sont aménagées en certains points le long du fleuve et la pêche est également interdite par endroits pour permettre la reproduction des poissons.

Sur le plan agricole, un certain nombre de mesures ont été prises, notamment la diversification des cultures, le riz à la place de l’igname par exemple, car l’igname, selon les experts, appauvrit beaucoup plus les sols.

Toutefois, tout n’étant pas négatif dans cette situation, les chercheurs Burkinabé ont relevé ‘’des retombées économiques positives’’ de ce flux de migrants sur l’économie de la Kompienga. Les nouvelles cultures introduites dans la province, notamment le coton, rapportent de substantiels bénéfices aux producteurs qui les ont adoptées.