COMMERCE-AFRIQUE: Où sont les évaluations d'impact des APE?

JOHANNESBURG, 15 mai (IPS) – Des organisations de la société civile en Afrique australe et orientale ont demandé à John Kaputin, le secrétaire général du groupe des Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), d'insister pour que des évaluations soient faites afin d'estimer les conséquences probables des Accords de partenariat économique (APE) proposés par l'Union européenne.

En 2000, l'Union européenne (UE) et le groupe ACP, composé de 79 membres ont convenu de faire des évaluations complètes des conséquences possibles des APE, a déclaré Dot Keet de 'Alternative Information and Development Centre' (Centre pour une information alternative et le développement), un groupe de recherche et de pression, basé au Cap, en Afrique du Sud.

Cette décision avait été prise lorsque des représentants gouvernementaux s'étaient réunis à Cotonou, la capitale économique de la petite République ouest-africaine, le Bénin, selon Keet.

Kaputin a quitté l'Afrique du Sud le 6 mai après une visite de cinq jours. Pendant son séjour dans ce pays, il a eu des discussions avec la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, Nkosazana Dlamini-Zuma, et des représentants du ministère du Commerce et de l'Industrie.

Il a également rencontré la présidente du parlement panafricain, Gertrude Mongella, et le secrétaire général du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), Olukorede Willoughby.

Très peu d'informations ont filtré sur les rencontres de Kaputin. Des militants contactés par IPS ne savaient même pas que le secrétaire général des ACP était dans le pays.

Tout ce qui a été dit après les rencontres était qu'une série de questions ont été débattues, au nombre desquelles l'avenir du groupe ACP, les négociations sur les APE et les relations entre le groupe ACP et l'Union africaine (UA).

Kaputin a également loué l'Afrique du Sud, qui avait adhéré au groupe ACP en 1997, trois ans après la fin de l'apartheid.

"Durant ses dix ans d'adhésion, le pays a démontré sa volonté de fournir au groupe un leadership et une direction inestimables", a déclaré Kaputin aux journalistes à Tshwane (précédemment Pretoria), la capitale de l'Afrique du Sud.

Keet a indiqué à IPS que "Kaputin devrait se rendre compte qu'il ne peut y avoir d'autres négociations commerciales avec l'UE tant que des évaluations d'impact complètes n’ont pas été effectuées".

Les négociations pour instituer les APE à la place des accords commerciaux préférentiels des 30 dernières années ont commencé en 2002. L'UE veut que les APE soient signés d'ici à la fin de l'année et entrent en vigueur à partir de l'année prochaine.

"Pourtant, personne ne sait ce que seront toutes les conséquences des accords", a souligné Keet, qui fait également campagne pour un accord équitable au profit des nations pauvres au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

De même, des responsables d'églises d'Afrique australe et orientale ont récemment déclaré que "pendant que nous apprécions les objectifs de développement de l'accord de Cotonou, nous avons le sentiment que dans les négociations actuelles, l'Union européenne et nos gouvernements ont perdu de vue ces objectifs".

Cette déclaration émanait d'une conférence organisée à Dar es Sallam, en Tanzanie, entre le 23 et le 25 avril. Les églises ont également indiqué que les "APE se sont révélés être des accords de libre échange, qui auront un impact nuisible sur notre agriculture et notre sécurité alimentaire, nos industries naissantes ainsi que nos ressources naturelles.

"Par ailleurs, ils conduiront à une perte des recettes fiscales provenant des droits de douane sur des produits importés", soulignait la déclaration.

Selon le groupe de pression britannique 'Action for Southern Africa', "plus de 19 pour cent des recettes totales du gouvernement seront perdues en Guinée Bissau et au Cap vert. Le Ghana pourrait perdre 194 millions de dollars – jusqu'à 19 pour cent des recettes gouvernementales actuelles – à cause du libre-échange". Cette information a été publiée dans un document de briefing en janvier 2007.

Les églises ont également demandé un report de la date limite du 31 décembre pour les négociations ACP-UE. "Ceci donnerait à nos gouvernements l'opportunité d'initier une évaluation d'impact participative et inclurait le développement et des repères dans les négociations", ont indiqué les églises.

"Des questions doivent être définies et des emplois du temps modifiés", a soutenu Kamidza du 'African Centre for Constructive Resolution of Disputes' (ACCORD), une organisation non gouvernementale basée à Durban, en Afrique du Sud.

"Si l'UE peut passer une année pour étudier la demande d'inclusion de l'Afrique du Sud dans les négociations sur les APE avant de donner une réponse, pourquoi ne prolongerons-nous pas la date limite des APE?", a-t-il demandé. "Même actuellement, des pays sont en train de soumettre leurs points de vue et l'UE prend son temps pour les étudier", a-t-il déclaré.

Des groupes de la société civile sont préoccupés par la variété des blocs commerciaux dans la région africaine négociant avec l'UE. Dlamini-Zuma a prévenu que l'éclatement des voix affaiblirait le pouvoir de négociation de la région.

Keet a soutenu que les "Européens sont en train de saper et de détruire l'unité régionale".

Chose plus compliquée, l'UE n'est pas la seule puissance commerciale intéressée par l’Afrique. "Il existe une compétition entre la Chine et l'UE en Afrique", a souligné Kamidza.

Des organisations de la société civile veulent également que Kaputin se concentre plus sur le respect de ces importantes promesses commerciales que les nations riches ont faites aux pays en développement, mais qui n'ont toujours pas été tenues.