POLITIQUE-ZIMBABWE: Un soutien régional — et national — pour Mugabe

JOHANNESBURG, 2 avr (IPS) – Les espoirs de voir le président Robert Mugabe être réprimandé la semaine dernière pour des violations des droits de l'Homme dans son pays ont été anéantis — ceci après que les dirigeants régionaux ont réaffirmé leur solidarité avec le Zimbabwe, et que l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF), au pouvoir, a avalisé Mugabe comme son candidat à l'élection présidentielle de 2008.

Un sommet spécial de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) forte de 14 nations a également demandé la levée des sanctions contre le Zimbabwe.

L'Union européenne a pris des sanctions ciblées contre le pays en 2002, et les Etats-Unis en 2003, en réponse aux violations des droits au Zimbabwe et à des élections législatives et présidentielles entachées d'irrégularités en 2000 et 2002 respectivement. Dans son communiqué pour le sommet du 28 au 29 mars, la SADC a qualifié le scrutin présidentiel de 2002 comme ayant été "libre, équitable et démocratique".

Par ailleurs, le communiqué du sommet a appelé la Grande-Bretagne — ancien colonisateur du Zimbabwe — à honorer un engagement pris durant les négociations pour l'indépendance pour aider à financer la réforme agraire dans le pays en vue de corriger les déséquilibres raciaux dans la possession de la terre.

Il a également mandaté le président sud-africain Thabo Mbeki "pour continuer à faciliter le dialogue" entre le gouvernement du Zimbabwe et l'opposition, et a délégué le secrétaire exécutif de la SADC pour étudier la situation économique dans le pays.

La politique de diplomatie discrète de l'Afrique du Sud vis-à-vis de son voisin du nord, a été attaquée à plusieurs reprises, avec des critiques qualifiant l'approche d'inefficace.

Le Zimbabwe lutte actuellement contre une inflation d'environ 1.700 pour cent, un chômage généralisé et des pénuries de vivres et d'autres produits de base — la preuve d'un déclin économique imputé à la mauvaise gestion du gouvernement, et à un programme controversé de redistribution de fermes visant soi-disant à donner une propriété aux Zimbabwéens noirs, sans terre.

Mugabe attribue les difficultés économiques du Zimbabwe aux nations occidentales, accusées de saper ce pays d'Afrique australe en réponse au programme de ré-affectation des terres. Le sommet de la SADC a également débattu des suites des élections au Lesotho, et de la violence en République démocratique du Congo.

Un jour seulement après la fin des discussions des dirigeants régionaux à Dar-es-Salaam, en Tanzanie, la ZANU-PF a convenu d'organiser les élections présidentielles, législatives et locales en 2008 — soutenant Mugabe pour conduire le parti dans les scrutins. Le président âgé de 83 ans est au pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1980.

Le soutien constant de la ZANU-PF à Mugabe est intervenu vendredi malgré les rumeurs de désenchantement dans les rangs du parti au sujet des effets de son règne, qui a vu ces dernières semaines de nouvelles mesures de répression contre des partisans de l'opposition et qui a coûté la vie à un activiste plus tôt le mois dernier.

Plusieurs autres ont été hospitalisés après avoir subi des bastonnades. Parmi eux, se trouve Morgan Tsvangirai — leader d'une faction du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) — qui a été agressé lorsque la police a dispersé une réunion de prière le 11 mars.

Mugabe a accusé le MDC d'organiser une campagne de terreur pour le renverser (une accusation que le parti réfute), et le qualifie de marionnette de l'Occident. Des informations indiquent que neuf responsables de l'opposition ont été accusés la semaine dernière en relation avec la prétendue campagne de terreur. Dans un communiqué de presse publié mercredi, Human Rights Watch a déclaré que les Zimbabwéens ordinaires avaient également été affectés par la dernière vague de répression d'Etat.

"Des témoins et des victimes de Glenview, Highfield et Mufakose — des bidonvilles fortement peuplés de Harare — ont dit à Human Rights Watch que durant ces dernières semaines, les policiers patrouillant dans ces quartiers ont battu aveuglément et brutalement des Zimbabwéens dans les rues, les centres commerciaux et les bars", note le document du 28 mars.

Le groupe basé à New York a appelé la SADC à s'élever contre les abus au Zimbabwe et contre "le climat général de répression auquel sont confrontés (ses) citoyens". Il voulait également que la région demande et prenne part à une commission d'enquête indépendante sur les dernières violations perpétrées par les forces de sécurité.

Ayesha Kajee, un chercheur à l'Institut sud-africain des affaires internationales basé à Johannesburg, qui a récemment visité le Zimbabwe, déclare que les habitants du pays dépendent souvent pour leur survie de la famille et des amis vivant à l'étranger. Les difficultés économiques et politiques ont amené plusieurs millions de Zimbabwéens à partir pour l'Afrique du Sud, le Royaume-Uni et ailleurs. "Le niveau de vie a chuté parmi les Zimbabwéens ordinaires. Il y a deux à cinq ans, une famille moyenne vivait de repas appropriés. Les gens comptent maintenant sur des céréales et des légumes. Ils disent qu'ils dépendent maintenant de l'argent envoyé par des gens de la diaspora", a-t-elle dit à IPS.

Mais, "Si les gens étaient contraints d'échanger leurs devises étrangères au taux officiel ils ne vivraient pas. Ils les échangent sur le marché parallèle à 40 fois le taux officiel", a ajouté Kajee.

Toutefois, les fonds envoyés ne parviennent pas à tout le monde.

Jeudi, Rashid Khalikov, chef du Bureau de coordination des affaires humanitaires de New York, a informé le Conseil de sécurité que les récoltes cette année pourraient ne satisfaire qu'un tiers des besoins du Zimbabwe. Ceci va accroître le nombre de personnes menacées de faim, des chiffres qui avaient déjà dépassé 1,4 million l'année dernière.

Des agences comme le Programme alimentaire mondial nourrissent déjà les nécessiteux au Zimbabwe.

Kajee a noté : "Les gens sont peu disposés à vous dire qu'ils comptent sur l'aide alimentaire. Mais ils vous diront qu'ils connaissent quelqu'un qui dépend de l'aide alimentaire. Bien sûr, ils ont leur fierté et leur dignité à protéger".