GENEVE, 24 mars (IPS) – Le représentant permanent d'Israël à Genève, Itzak Levanon, répond aux récentes critiques du Prix Nobel de la paix sud-africain, motivées par le refus d'Israël de laisser entrer la mission d'enquête dirigée par Desmond Tutu.
Dans les colonnes du New York Times, l'archevêque sud-africain Desmond Tutu a récemment critiqué Israël pour avoir refusé l'entrée à sa mission d'établissement des faits en décembre dernier. Cette mission était chargée d'enquêter à Beit Hanoun, suite aux bombardements israéliens dans la bande de Gaza.
Le Prix Nobel de la paix y déclarait que le Conseil des droits de l'Homme des Nations Unies a deux cas problématiques — Israël et le Soudan — à propos desquels les membres du conseil refusent de coopérer et bloquent ainsi tous rapports sur des allégations de violations massives des droits humains.
Pour l’agence suisse InfoSud, Pamela Taylor* a interviewé l'ambassadeur israélien auprès de l'ONU à Genève, Itzak Levanon, qui détaillé la position de l'Etat Hébreux.
Pamela Taylor (PT): Comment a réagi votre gouvernement au commentaire de l'archevêque Tutu plaçant sur pied d'égalité Israël et le Soudan? Itzak Levanon (IL): Les deux situations ne me semblent pas comparables, à part le fait que les missions décidées par le Conseil des droits de l'Homme concernant Israël d'une part, et le Soudan d'autre part, étaient toutes deux dirigées par des Prix Nobel.
Pour le reste, les cas sont très différents. Un génocide est en cours au Darfour; cela ne fait aucun doute. La position d'Israël est donc qu'il faut avancer pour stopper ce qui se passe au Darfour.
PT: Mais la position d'Israël serait plus crédible si votre gouvernement avait autorisé la mission de Desmond Tutu à entrer et enquêter dans votre pays.
IL: Nous étions et sommes toujours désireux de travailler avec ces missions et les rapporteurs, pour autant que leurs mandats émanent d'une décision équitable et équilibrée. Nous aimerions que les décisions prises au Conseil des droits de l'Homme soient équilibrées. Israël n'a rien à cacher. Nous sommes transparents et prêts à coopérer. Mais si vous voulez aborder une question, vous devez enquêter des deux cotés.
PT: Vous mettez en cause la manière dont le conseil a décidé d'envoyer une mission, non la composition de cette mission? IL: Nous tenons l'archevêque Desmond Tutu en très haute estime. Je l'ai invité à venir en Israël, sans me soucier de ce qui se passe au conseil et de ses décisions.
PT: Mais comment pouvez-vous lui délivrer un visa à titre personnel et le lui refuser comme représentant d'une mission? IL: Il est toujours le bienvenu pour venir et visiter Israël. Mais il n'était pas le bienvenu en décembre dernier. Je ne lui ai jamais dit qu'il n'était pas le bienvenu. PT: Vous lui avez en effet dit de venir. Mais votre gouvernement lui a plus tard refuser un visa.
IL: Ce n'est pas un problème de visa. Nous désapprouvons la convocation d'une session spéciale (du conseil) sur Beit Hanoun et la manière déséquilibrée et unilatérale de sa décision d'envoyer une mission. Là réside notre problème. Ce n'est pas un problème de personne.
PT: Mais dans les colonnes du New York Times, Desmond Tutu déclare qu'en refusant de coopérer avec sa mission, Israël l'a empêché de s'entretenir avec les deux camps et de pouvoir faire des recommandations sur cette base.
IL: En ce qui concerne Beit Hanoun, Israël n'a pas attendu le Conseil des droits de l'Homme pour agir. Nous avons immédiatement décidé de diligenter une enquête au plus haut niveau avec des avocats militaires indépendants. Nous l'avons fait pour nous-mêmes; car nous voulions savoir ce qui s'était passé. Nous avons rendu publics les résultats de cette enquête. Raison pour laquelle nous ne voyons pas l'utilité d'une enquête supplémentaire. Je le répète, notre problème vient des décisions unilatérales prises par le conseil.
PT: Selon Israël, une mission d'enquête ne peut être justifiée qu'en cas de génocide? IL: Non. Mais le conseil aurait dû décider d'entendre tous les bords, car les Israéliens souffrent également du conflit avec des morts et des blessés. Pour avoir une vue complète de la situation, il faut donc aller des deux cotés. Or le conseil a décidé d'envoyer une mission à Beit Hanoun uniquement.
* Pamela Taylor est journaliste à InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS.

