ENVIRONNEMENT-AFRIQUE: Les satellites font la chronique d'un continent réduit

STOCKHOLM, 29 août (IPS) – Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) croit que la dégradation environnementale croissante de l'Afrique se reflète peut-être plus nettement dans les images transmises du ciel par satellite.

Et ainsi, l'agence de l'ONU basée à Nairobi a introduit un nouvel atlas à une conférence internationale sur l'eau à Stockholm, qui montre "les changements environnementaux spectaculaires et préjudiciables" s'étendant à travers le continent africain assiégé.

“J'espère que les images (de satellite) dans l'atlas vont envoyer un signal fort autour du monde pour dire que, si nous devons surmonter la pauvreté et atteindre les objectifs conclus au plan international pour 2015, la gestion durable des lacs d'Afrique doit faire partie de l'équation”, estime Achim Steiner, le directeur exécutif du PNUE nommé récemment. “Autrement”, prévient-il, “nous ferons face à des tensions et à une instabilité grandissantes à mesure que des populations rivalisent pour la plus précieuse de toutes les ressources précieuses”.

Ces ressources — la plupart exposées actuellement à des invasions — comprennent des bassins fluviaux d'Afrique, des lacs d'eau douce, des forêts, des lagunes côtières et des réserves naturelles. L'atlas, publié au cours de la “Semaine mondiale de l'eau” qui a pris fin samedi, présente des images de satellite contrastées d'une Afrique apparemment sans tache des dernières décennies contre un continent contemporain victime d'une agression environnementale. “Le rétrécissement rapide du Lac Songor au Ghana, dû en partie à une production intensive de sel, et les changements extraordinaires dans le système fluvial du Zambèze, provoqués par la construction du barrage de Cabora Bassa sont à côté des images plus familières des quelque 90 pour cent du rétrécissement du Lac Tchad”, indique le PNUE. Selon l'agence de l'ONU, le Lac Songor apparaît comme “l'un des changements visuels les plus spectaculaires de l'atlas”. Décrit comme une lagune côtière saumâtre au Ghana, le lac constitue un abri pour poissons et tortues menacés de par le monde, ainsi qu'une immense population d'oiseaux. En décembre 1990, le lac apparaissait comme une solide masse d'eau bleue qui s'étendait sur environ 74 kilomètres carrés. Mais vers décembre 2000, le plan d'eau a été réduit à “une pâle ombre de ce qu’il était”. La publication, intitulée ‘Lacs d'Afrique : Atlas de notre environnement changeant”, comprend des images de satellites qui présentent des niveaux des chutes d'eau du Lac Victoria, décrit comme le plus vaste lac d'eau douce d'Afrique et qui est actuellement d’un mètre plus bas qu'il ne l'était au début des années 1990. Avec quelque 30 millions de personnes vivant tout autour, le Lac Victoria nourrit certaines des populations les plus denses et l'une des plus pauvres du monde.

Mais selon le PNUE, environ 150.000 kilomètres carrés de terre, équivalant à 25.000 terrains de football, ont été affectés par la dégradation du sol, dont 13 pour cent a été gravement dégradé.

L'atlas montre également la déforestation prononcée autour du Lac Nakuru au Kenya — “quelque chose de naturel, fait de main d'homme qui peut seulement être vraiment apprécié de l'espace”. Le PNUE dit que le lac a chuté, en superficie, de 43 kilomètres à 40 en 2000. Les statistiques continuent à un rythme alarmant : le Niger a perdu plus de 80 pour cent des eaux douces provenant de ses zones humides ces deux dernières décennies. Et près de 90 pour cent de l'eau en Afrique est utilisé dans l'agriculture, dont 40 à 60 pour cent est perdu à cause à la déperdition et de l'évaporation, selon le PNUE.

De plus, des images de satellites de 1995 à 2001 indiquent que les tourbillons verts de jacinthe ont disparu de plusieurs baies en Ouganda. Pendant ce temps, une nouvelle étude intitulée ‘Vulnérabilité hydropolitique et résistance le long des eaux internationales en Afrique’, dit que la pluviométrie et les courants des rivières en Afrique ont chuté sans interruption au cours des 30 dernières années. Ceci est en partie dû aux taux plus élevés d'évaporation causés par le changement climatique.

“Les habitudes actuelles d'utilisation de l'eau dans le Bassin de la Volta (en Afrique de l'ouest) ont déjà exploité les ressources disponibles jusqu'à leurs limites, et il sera de plus en plus difficile de faire face à des exigences supplémentaires”, indique le rapport conjointement préparé par le PNUE et l'Université d'Oregon aux Etats-Unis.

Avec la capacité de renouvellement du Bassin de la Volta sous menace, il y a un besoin urgent pour les Etats riverains du bassin de coopérer étroitement en vue de gérer conjointement les ressources hydrauliques du bassin. Le bassin est partagé par six pays : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Ghana, Mali et Togo. Le rapport dit qu'on a besoin de faire beaucoup plus pour renforcer les accords et traités juridiques parmi les pays africains en vue de réduire les tensions et d’éviter l'instabilité à l'avenir.

Une étude séparée sur ‘La Gestion transfrontalière de l'eau’ par le Centre international de conversion de Bonn affirme que plusieurs bassins fluviaux internationaux en Afrique australe approchent également le seuil de la fermeture, “signifiant qu'il n'y a plus d'eau à fournir pour l'usage de l'homme, que toute l'eau du système est déjà utilisée”. Les quatre pays les plus développés de la région — le Botswana, la Namibie, l'Afrique du Sud et le Zimbabwe — “font également face à la plus grande pénurie d'eau”. “Ils partagent – tous – des bassins fluviaux internationaux avec d'autres Etats, et ils sont tous confrontés à d’importants obstacles à leurs perspectives économiques, à cause des pénuries d'eau imminentes”.