DEVELOPPEMENT: Une fraction des profits pétroliers demandée pour les nations les plus pauvres

NATIONS UNIES, 26 août (IPS) – Les 50 nations les plus pauvres du monde — allant du Cap Vert et Haïti au Népal et la Sierra Leone — sont en train de se tourner vers les grandes nations productrices de pétrole pour une assistance d'urgence nécessaire pour leur développement.

Anwarul Karim Chowdhury, sous-secrétaire général des Nations-Unies pour les Pays les moins avancés (PMA), a proposé que les nations productrices de pétrole pensent à consacrer juste 10 centimes par baril de leurs revenus en accroissement au développement des infrastructures dans les PMA au cours des 10 prochaines années.

“Ceci est une part de nos efforts pour garantir de nouvelles sources de finances de développement pour les PMA”, Chowdhury a déclaré à IPS. “Nous avons besoin d'une volonté exprimée de la part des producteurs et compagnies directement impliqués dans la production de pétrole”.

“Si de grandes charités comme la Fondation Gates, la Fondation Bennet, la Fondation Turner et la Fondation Soros ont pu décider dans un passé récent de se concentrer sur les pays les plus nécessiteux, pourquoi pas les producteurs de pétrole, dont les revenus se sont multipliés considérablement?” a dit Chowdhury.

Les 50 PMA, décrits comme les plus pauvres des pauvres du monde, comprennent 34 pays en Afrique, tels que l'Angola, le Bénin, le Burkina Faso, le Burundi, les Comores, le Malawi, le Mali, le Liberia, le Rwanda et la Somalie.

Comme les revenus du pétrole génèrent des réserves importantes de devises dans les pays comme l'Arabie Saoudite, le Koweit, Qatar et l'Iran, l'ONU indique que les revenus bruts à l'exportation au Moyen-Orient seul sont estimés à plus de 400 milliards de dollars en 2006 contre 307 milliards de dollars en 2005.

Ceci est basé sur un prix moyen de 57 dollars le baril, selon une étude publiée par l'ONU en avril dernier. Mais depuis lors, les prix du pétrole sont montés à plus de 70 dollars le baril — triplant depuis 2001.

Si les 17 pays producteurs de pétrole les plus en vue du monde — y compris l'Algérie, le Canada, le Venezuela, la Chine, la Norvège, le Mexique, l'Indonésie et les Etats-Unis — consacrent 10 centimes par baril pour les PMA, le montant par mois pourrait atteindre jusqu'à 17,6 millions de dollars sur un revenu total de 176,6 millions de dollars, selon un diagramme préparé par le bureau de Chowdhury.

Chowdhury a indiqué à IPS qu'il y avait un précédent fixé par l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), dont “l'action remarquable” en faveur des PMA au milieu des années 1980 a abouti à une décision de “payer la note pour la contribution de tous les PMA au nouveau Fonds commun pour les produits de base (CFC) basé à Amsterdam”. Il a dit que l'OPEP continuait toujours de faire cela.

“Les PMA ont déjà beaucoup de projets d'infrastructure non-financés ou sous-financés qui pourraient être appuyés par de l'argent neuf, quand ils sera disponible”, a-t-il ajouté.

Chowdhury, qui a fait la proposition formelle à une récente réunion du Conseil économique et social de l'ONU (ECOSOC) à Genève, espère une réaction positive des producteurs de pétrole. Mais il n'y a pas eu d'engagements fermes jusque-là.

Un diplomate arabe a déclaré à IPS que Qatar, un pays riche en pétrole et en réserve de gaz, a initié un fonds spécial l'année dernière pour aider les 132 membres du Groupe des 77 nations en développement, qui inclut les 50 PMA.

“Mais la plupart des nations productrices de pétrole du Moyen-Orient sont actuellement préoccupées à aider à la reconstruction du Liban dévasté par la guerre”, a-t-il ajouté.

Arun Karki, président du 'LCD Watch' basé au Népal, a dit à IPS qu'il “soutient vigoureusement” la proposition faite par Chowdhury. Cela va aider à créer un fonds spécial sans toucher à aucun autre financement de développement déjà identifié”.

Il a souligné qu'il devrait y avoir d'autres “sources innovatrices de financement” pour les PMA. “Un bon exemple est la surtaxe sur les billets d'avion”, a-t-il ajouté.

Bill Fletcher, Jr., professeur à l'Ecole supérieure de Brooklin, invité à la ‘City University’ de New York et ancien président de ‘TransAfrica Forum’, a déclaré à IPS que dans les années 1970, le choc pétrolier avait dévasté plusieurs pays non-producteurs du pétrole dans le Sud du globe, y compris quelques pays qui étaient solidaires de l'embargo pétrolier arabe de 1973.

“Cette dévastation avait un impact durable sur les niveaux de vie dans le Sud de la planète. Il est donc correct aujourd'hui de demander aux nations productrices de pétrole qu'elles mettent de côté un certain pourcentage du revenu du pétrole pour aider au développement dans le Sud du globe”, a-t-il ajouté.

Fletcher a indiqué que le président vénézuélien Hugo Chavez a démontré comment le pétrole pouvait être un vecteur de soutien plutôt que de strangulation.

“Au même moment, nous devons reconnaître que c'est en grande partie les compagnies pétrolières qui doivent être minutieusement examinées. Les profits énormes qu'elles ont réalisés l'année passée — comme les prix ont continué par grimper — démontrent l'attitude complètement anormale que les compagnies pétrolières adoptent à l’égard des peuples du monde et par rapport aux problèmes de nécessité d'énergie”, a-t-il ajouté.

La plupart des partis politiques et institutions s’acharneront théoriquement contre les compagnies pétrolières, mais traîneront les pas à engager des démarches significatives pratiques en vue de récupérer même une portion des profits énormes que ces compagnies ont accumulés, a-t-il dit.

Anuradha Mittal de l'Institut d'Oakland a déclaré que la faim et la pauvreté dans les nations les plus pauvres constituaient en réalité un paradoxe dans un monde d'affluence.

“La dernière proposition de l'ONU pour les nations productrices de pétrole de consacrer quelque 10 centimes par baril au développement des infrastructures dans les PMA est une tentative pour s’attaquer à des injustices grandissantes. Cependant, on doit être prudent étant donné des actes passés”, a-t-elle dit à IPS.

Aussi loin que les années 1970, l'Assemblée générale de l'ONU avait vivement demandé aux 22 nations les plus riches du monde de consacrer 0,7 pour cent de leur produit national brut (PNB) comme assistance publique au développement au profit des nations en développement, mais seulement cinq pays ont satisfait à cette demande : Norvège, Danemark, Suède, Pays-Bas et Luxembourg.

Elle a indiqué que les Etats-Unis qui dépensent 0,1 pour cent de son PNB sur les aides, n'ont même pas donné de délai pour atteindre l'objectif de l'ONU, ni fixé des objectifs intérimaires, reléguant ainsi Washington à la queue parmi les 22 nations en vue.

Aussi, une fraction du revenu des pays riches comme aide n’est pas une mesure significative qui garantisse le flux des aides.

“Il serait beaucoup mieux d'évaluer les besoins d'aide en commençant par les bénéficiaires avec un exemple significatif de la façon dont l'aide affecte le développement”, a-t-elle ajouté.

Pendant ce temps, en rapport avec la prochaine session de l'Assemblée générale en septembre, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, estime que malgré une meilleure performance économique, “l'extrême pauvreté semble reculer dans très peu de PMA, et augmenter dans beaucoup”. “Dans des tendances historiques de renversement sans précédent, l'espérance de vie décline dans plusieurs PMA, les plus affectés par le VIH/SIDA et des conflits civils”.

Il a également indiqué que le changement de climat apparaissait comme un nouveau défi au développement durable des PMA, notamment ceux en Afrique et les petites îles”.

Préparé par la Conférence de l'ONU sur le commerce et le développement, basée à Genève, le rapport de 27 pages indique que la plupart des PMA sont limités par plusieurs facteurs : les faiblesses structurelles de leurs économies; des capacités humaines, institutionnelles, techniques, commerciales et productives limitées; des infrastructures inadaptées et une dette extérieure insoutenable.