KINSHASA, 22 août (IPS) – Les deux candidats — Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba — admis au second tour de l'élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC), ont accepté, mardi soir, le cantonnement de leurs forces à Kinshasa, la capitale, selon les Nations Unies.
Les hommes des deux candidats arrivés en tête du premier tour se livraient à des affrontements armés depuis la publication, dimanche, des résultats provisoires du scrutin du 30 juillet, qui ont donné 44,81 pour cent à Kabila, contre 20,03 pour cent à Bemba. En troisième position, vient Antoine Gizenga, 88 ans, avec 13,6 pour cent. Gizenga, ancien vice-Premier ministre dans le gouvernement Patrice Lumumba en 1960, après l’indépendance du Congo, s'impose comme la personne clé pour le scrutin du second tour.
Les deux premiers candidats se retrouveront au second tour fixé au 29 octobre, prochain, mais ils souhaitent que le scrutin se déroule plus rapidement, selon l’ONU. “Il est impératif que les affrontements cessent immédiatement et que les deux candidats à l'élection présidentielle se rencontrent de toute urgence pour le bien du processus démocratique et surtout pour la population congolaise qui a déjà trop souffert des conflits armés”, a déclaré mardi, à Kinshasa, William Lacy Swing, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Congo.
Swing s’est ensuite rendu, en fin de matinée, à une réunion avec le président Kabila en compagnie des ambassadeurs membres du Comité international d'accompagnement de la transition (CIAT), selon un communiqué de la Mission d’observation des Nations Unies au Congo (MONUC).
De son côté, le vice-président Bemba se trouve sous la protection de la MONUC qui a déployé un important dispositif de sécurité autour de sa résidence. La MONUC et EUFOR (la force européenne dépêchée en RDC pour sécuriser les élections) se sont interposées entre les belligérants, et ont appelé à un cessez-le-feu immédiat ainsi qu'au retrait des unités engagées dans les combats, ajoute le communiqué.
Pour leur part, les citoyens de la RDC se disent déçus et découragés par le spectacle ‘’dangereux et désolant’’ que les deux candidats offrent au public dans la capitale. ‘’Nous n'avions pas besoin d'un tel spectacle après des élections aussi réussies’’, se plaignent plusieurs Congolais.
La Commission électorale indépendante (CEI) n'avait même pas commencé la publication des résultats que des incidents graves perturbaient le déroulement du processus. Un premier affrontement entre des éléments de la garde présidentielle de Kabila et ceux affectés à la protection de Bemba, faisait deux morts, dimanche, les premiers d'une série qui devait continuer au cours de la soirée. Lundi matin, l'état-major de l'armée annonçait un bilan de six morts.
Lundi soir, des affrontements violents à l’arme lourde se sont produits autour de la résidence de Bemba assiégée par des éléments de la garde présidentielle alors qu’il était en réunion avec 14 ambassadeurs des pays membres du CIAT.
Mardi matin, des coups de feu ont repris encore à Kinshasa où il est encore difficile de savoir quel groupe a provoqué l'autre au départ, car 48 heures après les premiers incidents, le centre-ville où se sont déroulés les affrontements, est pratiquement fermé à la circulation. Emile Muswamba, un militaire proche de Bemba, a déclaré à IPS que ce sont les éléments de la garde présidentielle qui avaient tiré à bout portant sur l'un des gardes du vice-président qu'ils avaient interpellé, dimanche, non loin de la station de Congo Canal Télévision, une propriété de Bemba. “Le militaire attaché à la sécurité de Bemba avait quitté son poste à la recherche d'une cigarette et s'est trouvé nez à nez avec la patrouille de la garde présidentielle qui a tenu à le désarmer. Celui-ci a tiré, en position de légitime défense, sur l'un des éléments de la garde présidentielle, le tuant sur le coup”, raconte-t-il à IPS. L'affaire a immédiatement dégénéré du fait que la victime, un certain Yusuf, était un soldat gradé des forces armées congolaises. Il existe une sourde animosité entre les différentes armées des ex-belligérants de la guerre civile (1998-2002) en RDC, qui a fait quelque quatre millions de morts. Bemba et les autres ex-seigneurs de guerre ont toujours gardé, pour leur protection personnelle, des éléments de leurs anciennes armées. L'incident de dimanche dernier avait même retardé la publication des résultats par l'Abbé Apollinaire Malu Malu, le président de la CEI. Les partisans de Bemba l'avaient empêché de publier, comme prévu, les résultats au centre de presse érigé à cet effet. “C'est dans un véhicule blindé de la MONUC que le président de la CEI a pu joindre les bâtiments de la télévision nationale pour la publication des résultats”, témoigne Lubunga bya Ombe, un journaliste. La situation s’était normalisée progressivement au prix d'intenses négociations. Mais, la journée de lundi a été la plus cruciale avec le siège de la résidence du vice-président par la garde du président Kabila au moment où Bemba recevait les ambassadeurs du CIAT. Toutefois, certains témoins accusent les hommes de Bemba d’être à l’origine des affrontements de ce jour. “Ils ont tiré sur le Palais de la Nation, le bâtiment où travaille le chef de l'Etat et enlevé deux éléments affectés à la garde (présidentielle) avant de se replier sur la résidence de Jean-Pierre Bemba. Ce qui explique qu'à titre de représailles, la garde républicaine ait assiégé la résidence de Jean-Pierre Bemba, au soir du lundi, 21 août”, selon Ombe.
Aucun bilan officiel des victimes n'a été publié jusqu'ici. Le Haut commandement militaire s'est réuni mardi pour évaluer la situation sécuritaire dans la capitale. A l'issue de la réunion, le général Kisempia Sungilanga, chef d'état-major général, a rencontré des journalistes pour leur faire le point de la crise, mais sans donner de bilan. Le ministre de la Défense, Adolphe Onusumba, a également évité de communiquer un bilan des victimes, se contentant de déclarer que des affrontements de cette violence ne peuvent pas ne pas avoir entraîné des victimes humaines. Déjà, la garde rapprochée de Bemba, en marge d'un meeting populaire en fin de campagne électorale à Kinshasa, le 27 juillet, s'était illustrée dans des scènes de pillage de propriétés privées et institutions publiques comme une église de réveil “L'Armée de l'Eternel” et le siège de la Haute autorité des médias –- l’institution officielle de régulation des médias. Au cours de ces incidents de la veille des élections, six policiers avaient trouvé la mort dans des circonstances atroces, dont l’un avait notamment été brûlé et littéralement grillé à la broche tandis qu'un autre a été lapidé à mort alors qu'il s'était réfugié dans une rivière pour échapper à ses bourreaux.
La situation était donc suffisamment explosive sur le plan politique pour qu'un fait, si mineur soit-il, puisse servir de détonateur à l’approche de la publication des résultats des élections.

