NAIROBI, 14 août (IPS) – Lorsque vous serez à Nairobi prochainement, ayez une pensée pour les femmes qui vont vraisemblablement vous servir, si vous visitez un bar ou deux à la recherche de quelque chose à boire.
“Certains pensent qu'elles (les serveuses) sont disposées à faire la volonté des clients quand ils ont consommé de la bière. Les ivrognes tiennent des propos désobligeants et forcent même les hôtesses à coucher avec eux”, déclare Laura Wangari, une assistante sociale qui travaille avec les serveuses, appelées également hôtesses de bar.
“En outre, les propriétaires de bar peuvent ordonner à une hôtesse de mettre les clients fidèles à l'aise même si cela signifie que (cette femme) couche avec eux. L'hôtesse n'a d'autre choix que de suivre les ordres, pour éviter de perdre son emploi”, ajoute-t-elle.
Les femmes qui demandent à utiliser de condoms dans de pareilles circonstances peuvent être agressées par des clients furieux qui refusent le préservatif.
Tout ceci entraîne un risque élevé d'exposition au VIH — ce qui a été examiné minutieusement, la semaine dernière, à la Conférence nationale des hôtesses de bar sur le VIH/SIDA, la première du genre à se tenir au Kenya. Environ 500 hôtesses ont participé à la réunion des 10 et 11 août, tenue à Nairobi et organisée par le Programme SIDA pour les hôtesses de bar du Kenya (KBHAP) — une organisation non gouvernementale. Plus de deux millions des 30 millions d'habitants du Kenya ont déjà contracté le virus du SIDA.
La réunion a eu lieu une semaine juste après un incident survenu à Ongata Rongai à la périphérie de la capitale, où un client a frappé une hôtesse de bar sur la tête avec une bouteille; cela l'a rendue inconsciente. Le client s'est apparemment senti offensé lorsque la femme a refusé d'avoir des relations sexuelles non protégées avec lui.
D'autres serveuses seraient mortes dans des circonstances pareilles, bien que le nombre de celles qui ont perdu leurs vies ne soit pas connu. Le risque de propagation du VIH parmi les hôtesses de bar se trouve encore élevé par le fait que certaines s'adonnent à la prostitution pour arrondir les maigres salaires qu'elles gagnent en travaillant comme serveuses.
L'hôtesse de 25 ans, qui a été interrogée par IPS à la conférence, est un cas typique : elle gagne entre 32 et 41 dollars par mois — à peine assez pour subvenir à ses besoins, à ceux de sa fille de neuf ans, et à ceux des autres membres de la famille.
“J'ai mon enfant et trois autres frères et sœurs qui sont à ma charge après que mes deux parents sont décédés. L'argent que je gagne de mon emploi ne peut pas me suffire, et ainsi je dois m'adonner au sexe commercial, ce qui me procure entre 500 et 1.000 shillings kényans (environ sept à 14 dollars) à chaque séance de sexe”, a dit l'hôtesse.
“Je n'aime pas ce que je fais; je le fais parce que je ne peux pas obtenir un travail décent, du fait que j'ai abandonné les classes par manque de frais d'écolage. Si j'avais la chance d'obtenir un travail décent, je me serais empressée d'y aller”.
Le besoin pressant pour l'argent peut forcer quelques hôtesses à accepter moins d'un dollar de leurs clients — dont certains sont connus pour non-paiement après les rapports sexuels.
En tout cas, indique Beatrice Nyawera, la coordinatrice du KBHAP, il est clair que nous devons trouver aux hôtesses de bar d'autres moyens de gagner leur vie. “Il est nécessaire d'explorer d'autres opportunités génératrices de revenu pour les barmaids qui sont assez vulnérables. On a besoin de chercher des sources de revenu alternatives en dehors du métier d'hôtesse de bar qui met leurs vies en danger”, souligne-t-elle.
Une des premières démarches dans cette direction consisterait à mettre les hôtesses en contact avec des institutions financières qui peuvent leur accorder des crédits pour démarrer un commerce.
En attendant, la menace de violence physique et sexuelle qui se dessine contre les serveuses doit être abordée, estimer la parlementaire Njoki Ndungu'u, qui a appelé les hôtesses à faire un grand usage de la législation sur les infractions sexuelles.
Précédemment, le stigmate qui va avec le travail dans les bars a amené certaines hôtesses à éviter de rapporter les violences, craignant que leurs plaintes ne soient négligées — ou pire : la police aurait abusé des serveuses qui ont tenté de leur signaler des agressions contre elles.
“Les hôtesses de bar sont victimes de discrimination lorsqu'elles rapportent les violences sexuelles”, admet Ndungu'u. Mais la "violence sexuelle procède du consentement, indifféremment de la profession. Quand une femme dit 'non', c'est 'non'." “La loi sur les infractions sexuelles ne peut pas avoir d'effet avant d'être appliquée, et elle ne peut pas être appliquée si les victimes ne se plaignent pas. Vous devez rapporter les violations pour qu'une action puisse être engagée”, note-t-elle. Signe prometteur, la loi sur les infractions sexuelles — qui est entrée en vigueur le mois passé — prévoit que la police soit formée dans le cadre du traitement à réserver aux victimes de l'abus sexuel.
Selon le KBHAP, 160.000 hôtesses sont employées par quelque 40.000 bars au Kenya.

