NAIROBI, 14 mai (IPS) – Une rencontre de parlementaires peut paraître un endroit bizarre pour assister à la remise en cause des mérites d'élections régulières. Mais des discussions sur ce sujet, et une multitude d'autres questions, ont eu lieu ces derniers jours à une réunion de l'Union interparlementaire (UIP) dans la capitale kényane -Nairobi.
Selon le député ougandais David Gumisiriza, des élections périodiques ne conduisent pas nécessairement à un développement durable en Afrique.
"Si la soi-disant 'dictature' aux yeux de l'Occident donne de bons résultats et promeut un développement basé sur l'homme, n'est-ce pas mieux que la démocratie d'élections périodiques qui conduit à la famine et aux décès?", a-t-il demandé.
"Cela signifie par conséquent que des labels comme 'dictature' et 'démocratie' devraient être redéfinis", a déclaré Gumisiriza à IPS, en marge de la rencontre. Ses propos arrivent au milieu de préoccupations selon lesquelles la démocratie en Ouganda a été affaiblie suite à la décision prise par le parlement l'année dernière de supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels. Ceci a permis au chef de l'Etat Yoweri Museveni de briguer un troisième mandat au cours des élections en mars : 2006 marque sa vingtième année au pouvoir.
La fin de la limitation des mandats a suscité des critiques de la part des donateurs et des organisations de défense des droits, qui considèrent les limitations comme capitales pour réduire la corruption gouvernementale — et permettre une transition pacifique d'une administration à une autre.
Museveni passe pour avoir ramené la stabilité politique et économique en Ouganda après les troubles connus sous Idi Ami et Milton Obote, en aidant à réduire la prévalence du VIH, et en améliorant les droits de l'Homme dans ce pays d'Afrique de l'est.
Toutefois, des groupes comme 'Human Rights Watch' basé à New York craignent que ces acquis remportés de haute lutte ne risquent d'être perdus maintenant. Dans une vue d'ensemble de la situation des droits en Ouganda en 2005, disponible sur le site Internet de Human Rights Watch, l'organisation note qu'un "rapport inédit d'experts de la Banque mondiale, divulgué dans la presse, a décrit une corruption généralisée, un népotisme, et un copinage qui se répandent dans les institutions de l'Ouganda, et a exhorté la banque à couper son aide à l'Ouganda".
Les élections générales de mars 2006 ont été également entachées d'irrégularités.
Les points de vue de Gumisiriza n'avaient cependant pas trouvé un écho auprès des députés interrogés par IPS.
"Si un leader est bon, pourquoi ne devrait-il pas être soumis aux élections? En outre, les élections…servent de réveil téléphonique", a indiqué Omingo Magara, un député kényan.
"L'on peut facilement…dormir paisiblement sans un réveil téléphonique.
Les élections périodiques pour passer en revue un système de gouvernance d'un dirigeant constituent ce genre d'appel".
Un autre sujet de discussion avait rapport à l'abus des pouvoirs législatifs de la part des législateurs, tels que les efforts faits par les députés pour s'octroyer des augmentations faramineuses de salaires et des avantages. La question a été débattue avec passion au Kenya dernièrement, suite à une décision des députés de s'octroyer des primes de voyages très substantielles. Les députés sont maintenant sur le point de recevoir une prime mensuelle d'environ 4.800 dollars chacun, de 3.500 dollars auparavant — avec la différence à effet rétroactif à compter de l'année dernière. Etant donné qu'il y a 222 députés, ce changement de politique va nécessiter une grosse somme de fonds publics — alors même que nombre de gens luttent sous une pauvreté écrasante. Selon des statistiques gouvernementales, 56 pour cent de Kényans vivent avec moins d'un dollar par jour.
Depuis qu'ils ont étés élus à la fin de 2002, les députés se sont également octroyé des augmentations de salaires, faisant passer leur paie mensuelle d'environ 5.600 dollars à quelque 7.000 dollars — sans compter les primes.
En Ouganda, les députés ont également la ferme intention d'augmenter leur salaire.
"Les députés réclament une augmentation de leurs salaires. Nous devons encore en discuter avec le gouvernement", a déclaré Gumisiriza, notant que les députés reçoivent actuellement environ 2.240 dollars par mois, avec des primes s'élevant à quelque 3.400 dollars.
Selon des statistiques officielles, environ deux tiers des Ougandais vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Toutefois, la Tanzanie a une législation pour empêcher les députés d'avoir le dernier mot dans la fixation de leurs émoluments. "Il y a une loi qui empêche les parlementaires de décider des salaires qu'ils veulent. A moins que cette loi ne soit changée, nous ne pouvons pas faire cela", a dit à IPS, Kilontsi Mporogomyi, un législateur tanzanien.
L'UIP, qui regroupe plus de 140 parlements nationaux de par le monde, tenait sa 114ème assemblée à Nairobi — un événement qui a drainé environ 1.500 délégués.
Des députés et des présidents de parlements sont parmi les participants à la conférence, qui a commencé le 7 mai pour s'achever le 12 mai. Au nombre des objectifs de l'UIP, figure le renforcement de la démocratie dans les pays membres.

