BLANTYRE, 29 déc (IPS) – L'année 2005 passera dans l'histoire comme une autre année difficile pour la petite nation d'Afrique australe touchée par la famine qu'est le Malawi.
Plus de 4,7 millions de Malawites, sur une population de 12 millions, connaissent actuellement des pénuries alimentaires, selon des statistiques officielles. Le Malawi ne dispose pas d'assez de réserves alimentaires pour tenir jusqu'à la prochaine récolte en avril 2006, préviennent des agences d'aide. Comme l'a écrit IPS le 11 avril 2005, c'est la sixième année consécutive où le Malawi est touché par la famine. Les agences d'aide attribuent les pénuries alimentaires à la sécheresse et à de mauvaises politiques agricoles. Les plus durement touchés sont les femmes et les enfants. Sur une population vulnérable de 4,7 millions de personnes, 2,2 millions sont des enfants de moins de 18 ans et 750.000 enfants de moins de cinq ans, selon la Commission d'évaluation de la vulnérabilité du Malawi (MVAC), une organisation regroupant des représentants du gouvernement et des donateurs. Dans presque tout le pays, il est courant de voir de longues queues de femmes attendant pour acheter du maïs subventionné, le maïs étant un aliment de base au Malawi. Les plus vulnérables dépendent de l'aide alimentaire d'urgence distribuée par le Programme alimentaire mondial (PAM) et des organisations non gouvernementales (ONG). "Je suis venue ici il y a deux jours mais le camion transportant le maïs s'est enlisé dans la boue à cause des fortes pluies. Nous n'avons pas autre choix que celui d'attendre", a affirmé à IPS Cheulanda Chikadya, une mère de quatre enfants, à Mapazi, une banlieue de la capitale économique du Malawi, Blantyre.
Pour de nombreuses personnes comme Chikadya, la faim a gâché l'ambiance des fêtes. La plupart des familles ont passé Noël sans les grands festins et fanfares habituels. "La plupart des ménages n'ont pas de nourriture. Un sac de maïs est maintenant hors de prix", a souligné Stéphanie Savariaud, chargé de l'information au PAM. Le PAM indique qu'il envisage augmenter le nombre des bénéficiaires d'aide alimentaire de 1,5 million à 2,4 millions d'ici à janvier 2006. Des groupes de la société civile exhortent le gouvernement et les donateurs à faire plus que de la distribution d'aide alimentaire s'ils espèrent conjurer le spectre des pénuries en 2006 et au-delà. Mabvuto Bamusi, coordonnateur national par intérim du Malawi Economic Justice Network (MEJN), un groupe de pression observant l'impact des politiques sociales et économiques de l'Etat sur les pauvres, a conseillé vivement au gouvernement de rechercher des solutions à long terme comme l'irrigation et l'investissement dans le secteur agricole. "L'irrigation seule ne suffit pas. Elle doit être soutenue par un programme complet d'aide dans le cadre duquel les agriculteurs reçoivent des semences et des engrais avant de planter. Jusqu'ici, le plan du gouvernement a été désastreux", a déclaré Bamusi à IPS. Le ministre des Finances Goodall Gondwe a dit à IPS que le gouvernement envisage augmenter les dépenses destinées aux projets d'irrigation dans le budget 2006/2007. "Le prochain budget sera plus agricole avec un accent sur l'irrigation et les barrages. Nous étudions également la meilleure façon de rentabiliser le secteur agricole en 2006" a-t-il souligné. Le budget 2005/2006 a prévu une croissance économique de 8,2 pour cent, en comptant sur de bonnes conditions climatiques et une augmentation de la production agricole. En 2005, la croissance a été éclipsée par des pénuries alimentaires et la Banque centrale du Malawi a estimé que le produit intérieur brut (PIB) réel a chuté de 2,2 pour cent durant la première moitié de l'année. "La croissance économique pour 2005 a été affectée par la chute de la production agricole et la hausse des prix du pétrole sur le plan international, même si une reprise est possible en 2006 dépendant de la récolte de l'année prochaine", a souligné la Standard Bank Group basée à Johannesburg dans un rapport économique de fin d'année sur le Malawi. La pénurie alimentaire et la hausse générale des prix des denrées de première nécessité, en raison des prix élevés du pétrole, ont porté l'inflation à 16,2 pour cent, selon le Bureau national des statistiques. Le Malawi, un pays enclavé, est importateur de carburant, et les importations d'aide alimentaire et d'engrais ont conduit à des niveaux record de coût de transport ces derniers mois. Gondwe garde l'espoir que l'objectif de croissance de 8,2 pour cent peut toujours être atteint en 2006 compte tenu de la politique de subvention à grande échelle des engrais initiée par le gouvernement en 2005. Une augmentation de l'allocation destinée à l'agriculture dans le budget 2006/2007 devrait aider le gouvernement à atteindre son objectif de croissance, a-t-il déclaré. "Nous devrions avoir une bonne année agricole en 2006 après l'augmentation de la subvention pour les engrais", a-t-il affirmé. Une réalisation notable de l'administration du président Bingu wa Mutharika en 2005 a été de persuader les donateurs de reprendre les prêts et l'aide qu'ils avaient suspendus en 2004 à cause des dépenses liées aux élections et des allégations de corruption sous le régime de Bakili Muluzi. Le 5 août, le Conseil d'administration du Fonds monétaire international (FMI) a approuvé un programme de croissance et de réduction de la pauvreté sur trois ans (PRGF), d'une valeur de 55 millions de dollars pour appuyer la mise en œuvre des programmes de réforme économique du Malawi. Cette aide est le programme de prêt le plus simple pour les pays pauvres. Le geste du FMI, pour plusieurs donateurs bilatéraux du Malawi, qui avaient précédemment rompu les liens économiques avec Lilongwe et arrêté leur aide pour cause d'irrégularités fiscales, a été un signal pour reprendre leur coopération. A ce jour, le FMI reste satisfait de la gestion que fait le gouvernement des finances publiques, selon un rapport de la mission d'évaluation du fonds, datant du 21 novembre.

