SOMMET G8: L'Afrique veut de l'aide, les nations riches exigent des réformes

BERLIN, 4 juil (IPS) – De l'argent frais pour les économies les plus faibles du monde sera un sujet délicat lorsque les nations les plus puissantes du monde d'un point de vue économique – se réuniront cette semaine en Ecosse.

Alors que l'Afrique espère une augmentation des fonds de développement, certaines nations du G8, comme l'Allemagne, veulent d'abord voir plus de progrès dans les réformes.

"Nous voulons que le G8 s'engage à nouveau dans un soutien à une échelle qui nous permettra d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement d'ici à 2015", a déclaré Wiseman Nkuhlu, directeur exécutif du 'Cadre d'action pour la rénovation' africaine du NEPAD, dans un entretien avec IPS.

Des dirigeants africains demandent un doublement de l'aide au développement dans trois ans et plus de soutien prévisible sur une base pluriannuelle en faveur du programme de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA).

"Nous, le G8, avons décidé en 2001 de soutenir le NEPAD au motif que c'était une vision de réforme et non un instrument pour générer plus d'aide au développement", a déclaré Uschi Eid, le représentant personnel du chancelier allemand Gerhard Schröder pour le sommet du G8 et l'Afrique.

"Si cette base du contrat a changé, on devrait nous le dire".

Eid, qui s'exprimait à une table ronde organisée à Berlin par l'agence allemande 'German development agency' GTZ, a dit qu'il y avait deux écoles de pensée au sein du G8 (Groupe des huit nations les plus riches). Alors que certains croient en un "grand coup de collier" en doublant les financements, la position de l'Allemagne est de soutenir les réformes avant d'accroître considérablement l'aide. "Dans certains secteurs, nous avons besoin de profondes réformes, avant d'investir davantage".

Le NEPAD est l'acronyme du 'Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique', créé au sein de l'UA en 2001 par les présidents Thabo Mbeki d'Afrique du Sud, Olusegun Obasanjo du Nigeria, Abdoulaye Wade du Sénégal, Hosni Mubarak d'Egypte et Abdelaziz Bouteflika d'Algérie.

L'Allemagne veut en particulier renforcer la responsabilité des Etats africains pour la paix et la sécurité dans leur région, encourager le secteur privé et renforcer la coopération dans le secteur de l'eau, qui était soutenue avec 2,5 milliards d'euros depuis 2003.

Reinhard Hermle, responsable du VENRO, une association d'organisations non gouvernementales (ONG) s'occupant de questions de développement, a critiqué le fait que des pays dont la dette a été annulée par les nations du G8, après une décision prise par leurs ministres des Finances le mois dernier, recevraient moins d'aide, selon les "clauses" a-t-il dit.

"Ce serait un jeu à somme nulle, d'une logique que je ne comprends pas", a ajouté Hermle. Il espérait une clarification de la part des dirigeants des nations du G8, que sont la Grande-Bretagne, le Canada, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Japon, les Etats-Unis et la Russie.

Des critiques affirment fréquemment que les pays d'Afrique ne pourraient même pas absorber des fonds plus importants s'ils étaient vraiment déboursés.

Mais Nkuhlu a déclaré : "Je crois qu'il y a un grand nombre de pays africains faisant d'énormes progrès, qui sont bien positionnés pour absorber des niveaux de soutien plus élevés". Un accroissement du financement ne changerait pas le programme du NEPAD, a-t-il souligné, et cela serait un stimulant pour que ceux qui restent en arrière se rapprochent.

Hermle, d'autre part, a plaidé en faveur du soutien à ces régions les plus durement touchées par les crises, pour éviter des "trous noirs" en Afrique – des pays qui n'ont pas de gouvernement réel. Son collègue, Hans-Joachim Preuß de l'organisation de développement 'Welthungerhilfe' a dit à IPS que plusieurs ONG pourraient absorber les fonds destinés aux projets même dans des sociétés déchirées par la guerre civile. "Les ONG font déjà le sale boulot pour les gouvernements dans plusieurs pays", a-t-il indiqué.

Nkuhlu a déploré le fait que les coûts pour la réception de l'aide étaient très élevés puisque le gros de l'aide était accordé sur une base bilatérale et que les pays récipiendaires devaient traiter avec un grand nombre de donateurs. Il a suggéré qu'une part significative soit mise en commun avec la Banque africaine de développement.

Le NEPAD inclut également un mécanisme de revue par les pairs, où les pays s'ouvrent eux-mêmes à l'inspection des experts de la gouvernance pour déterminer s'ils se sont conformés à certains principes comme l'Etat de droit, les droits de propriété et les droits de l'Homme.

Le processus de revue est soutenu avec 2,4 millions d'euros par l'Allemagne. Mais Eid a critiqué le fait que des dirigeants africains n'aient pas dénoncé clairement les violations des droits de l'Homme par le président Robert Mugabe du Zimbabwe et le gouvernement du Soudan dans la région du Darfour.

Preuß a estimé que c'était "pathétique" que le NEPAD n'ait pas parlé clairement de ce qui se passait au Soudan et au Zimbabwe. "Ils doivent montrer que le mécanisme de la revue par les pairs vaut le papier sur lequel c'est écrit", a-t-il ajouté.

Le G8 se réunit du 6 au 8 juillet dans la ville écossaise de Gleneagles. Le Premier ministre britannique Tony Blair, hôte du sommet, a décrété le développement de l'Afrique comme la première priorité, de même que le changement climatique.

A part l'annulation de la dette et un accroissement du financement pour le développement, les ONG et les nations africaines espèrent également voir des avancées en vue de la suppression des subventions aux exportations agricoles.

"Nous avons obtenu l'argument moral", a déclaré Nkuhlu, expliquant la stratégie des dirigeants africains pour mobiliser le soutien populaire en faveur de leurs demandes. Mais il a également souligné que les administrations africaines devaient être sérieuses dans la réalisation de la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption. "Une fois que nous deviendrons de plus en plus dignes de confiance, nos partenaires ne pourront pas ne pas satisfaire à nos demandes".

Nkuhlu a indiqué que les attitudes des leaders du G8 s'assouplissaient sur les questions importantes, mais il a ajouté : "Quel que soit ce que nous obtiendrons, cela ne sera pas la solution à tout".