NATIONS UNIES, 1 juil (IPS) – Une réunion de haut niveau de l'ONU, pendant deux jours, portant sur le développement du financement, s'est conclue à New York sur une note prévisible : les nations en développement critiquant les pays industrialisés pour avoir manqué à leurs promesses d'accroître l'assistance pour aider à éradiquer la pauvreté.
S'exprimant au nom des 132 nations en développement du Groupe des 77, le ministre jamaïcain des Affaires étrangères, Delano Franklyn, a déclaré que les donateurs occidentaux n'avaient pas honoré les engagements pris à une conférence décisive de l'ONU sur le développement du financement à Monterrey, au Mexique, il y a trois ans.
"Tous les rapports, bilans, analyses et consultations sur le développement depuis Monterrey conduisent à une conclusion générale de taille, à savoir que la communauté internationale est très loin d'avoir mobilisé le niveau de ressources requises pour financer le niveau de développement envisagé dans les sommets et conférences axés sur le développement y compris le Sommet du millénaire pour le développement", a-t-il affirmé.
La conférence de Monterrey a exhorté les nations industrialisées à faire des "efforts concrets" en vue de la réalisation du vieil objectif de l'ONU – de 0,7 pour cent du produit national brut (PNB) – comme aide publique au développement (APD) aux nations en développement.
Mais jusqu'ici, seuls cinq pays — le Danemark, la Norvège, la Suède, le Luxembourg et les Pays-Bas — ont soit atteint soit dépassé l'objectif de 0,7 pour cent fixé par l'Assemblée générale de l'ONU dans les années 1960.
L'Union européenne (UE), forte de 25 membres, s'est toutefois entendue, le mois dernier, sur un objectif collectif de 0,56 d'ici à 2010, et de 0,7 pour cent d'ici à 2015. Toutefois, des pays comme les Etats-Unis et le Japon, deux des nations les plus riches au monde, ont refusé de prendre des engagements fermes.
Ironie du sort, a déclaré Franklyn, des ressources vont dans la mauvaise direction — non pas des pays développés vers les pays en développement, mais dans le sens opposé.
"Il y a une augmentation du transfert net de ressources en provenance des pays en développement, en tant que groupe, vers des pays développés et des institutions financières multilatérales pour le remboursement du service de la dette et autres paiements", a-t-il ajouté.
Ces "transferts négatifs", qui ont persisté au cours de ces huit dernières années, ont atteint une somme incroyable de 312 milliards de dollars en 2004, a indiqué Franklyn.
Par contre, l'APD des pays riches vers les nations pauvres a atteint seulement 78 milliards de dollars en 2004 — une augmentation par rapport aux 52 milliards de dollars en 2001, une baisse record en termes de pourcentage de revenu de pays donateurs.
Dans un rapport à la réunion de deux jours, qui a pris fin mardi, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a dit que l'augmentation ne l'était qu'en "termes nominaux" seulement.
"Beaucoup plus doit être fait en vue d'accroître l'assistance pour garantir le financement requis pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), " a-t-il souligné.
Les OMD comprennent une réduction de 50 pour cent de la pauvreté et de la faim; l'éducation primaire universelle; une réduction de la mortalité infantile des deux tiers; une diminution de la mortalité maternelle des trois-quarts; la promotion de l'égalité de genre; l'arrêt de la propagation du VIH/SIDA, du paludisme et d'autres maladies; la viabilité de l'environnement; et un partenariat global pour le développement.
Un sommet de 189 dirigeants de la planète en septembre 2000 a promis de réaliser tous ces objectifs d'ici à 2015. Mais leur mise en œuvre dépendait principalement de l'accroissement de l'aide au développement par les donateurs occidentaux.
Une deuxième rencontre au sommet, prévue pour se tenir à New York en septembre de cette année, passera en revue les progrès accomplis jusqu'ici et arrêtera le programme de développement du monde pour la prochaine décennie.
Le rapport d'Annan souligne qu'il est important d'introduire des règles significatives pour un traitement spécial et différentiel; de fournir un accès hors taxe immédiat et un accès sans quota pour toutes les exportations en provenance des 50 pays les moins avancés (PMA) du monde; ainsi qu'un soutien spécial aux pays dépendant des matières premières pour diversifier leurs exportations.
Hilary Benn, le secrétaire d'Etat britannique pour le Développement international, a présenté une image peu reluisante de l'état actuel des OMD lorsqu'il a dit aux délégués qu'aux taux de progrès actuels, plusieurs des objectifs seraient atteints "avec beaucoup trop de retard".
Benn a souligné que l'éducation primaire pour tous ne serait pas atteinte avant 2130 — avec 115 ans de retard; la pauvreté n'aurait pas été réduite de moitié avant 2150; et les maladies infantiles qu'on peut prévenir ne disparaîtraient pas fin avant 2165.
"Ceux qui sont morts aujourd'hui, étaient malades aujourd'hui, ne sont pas allés à l'école aujourd'hui, et étaient pauvres aujourd'hui, ne pourraient pas attendre aussi longtemps. Pour les aider, la communauté internationale doit fournir une aide plus substantielle et meilleure, un allègement de la dette et un commerce favorables", a-t-il ajouté.
A une conférence de presse lundi, Benn a choisi en particulier deux développements significatifs qui ont eu lieu le mois dernier : l'accord de l'UE pour accroître l'APD entre d'ici à 2015, et l'accord pour l'annulation de la dette présentée par le ministre des Finances de la Grande-Bretagne, Gordon Brown.
L'APD en provenance des nations de l'UE, a-t-il dit, devrait passer de 40 milliards de dollars à 80 milliards de dollars d'ici à 2010, dont la moitié irait à l'Afrique.
Le second accord sur l'annulation de la dette doit fournir un potentiel de 55 milliards de dollars de dettes à annuler pour près de 38 pays, a-t-il dit.
Mais Jubilé Sud, un réseau mondial d'organisations non gouvernementales (ONG), estime que seule "l'annulation inconditionnelle" de toutes les dettes réclamées par toutes les nations en développement "libérera les peuples du Sud de la domination de la dette".
"L'annulation de la dette multilatérale proposée actuellement est encore clairement liée à la conformité avec les conditionnalités qui aggravent la pauvreté, ouvrent davantage nos pays à l'exploitation et au pillage, et perpétuent la domination du Sud", a-t-il souligné.
La ministre norvégienne du Développement international, Hilde Johnson, était très pessimiste sur les lentes avancées dans la réalisation des OMD.
"Tout le monde savait ce qui était nécessaire, cependant nous traînons les pas", a-t-elle indiqué.
Sans la volonté de reformer, les OMD seraient "un peu plus qu'un vœu pieu". Elle a ajouté que ces objectifs allaient bientôt rejoindre d'autres initiatives bien intentionnées dans "le cimetière des promesses non tenues" à l'endroit des pauvres.
"On ne doit pas accepter que cela arrive", a déclaré Johnson. "Il fallait plus d'aide, ainsi que plus d'allègement de la dette. Il en était de même pour l'argent frais".

