BIODIVERSITE: Les forêts du Kenya sont menacées

NAIROBI, 27 mai (IPS) – Pour beaucoup de gens, le Kenya se définit par les prairies interminables du Masai Mara, les troupeaux de gnous (mammifères herbivores) et les prédateurs qui les accompagnent.

Ils peuvent alors être surpris d'apprendre que le pays abrite également 1,7 million d'hectares de forêts indigènes – et que cette terre est menacée.

"Il y a une grande perte de biodiversité, en particulier dans les forêts où les gens utilisent (la terre) pour l'habitation, l'agriculture ou d'autres activités", a déclaré à IPS, Parkinson Ndonye, un chercheur principal à la 'National Environmental Management Authority' (Autorité nationale pour la gestion de l'environnement – NEMA). "Au même moment, il peut s'avérer difficile d'agir lorsque ces gens essaient de survivre", a-t-il ajouté. "C'est une question de grande préoccupation et elle devrait être débattue, y compris dans les communautés, pour voir la meilleure façon d'augmenter la couverture forestière". La NEMA est une institution gouvernementale qui coordonne les initiatives de protection à travers le pays.

Si une proposition controversée de réintroduire le système de 'shamba' au Kenya est acceptée, la situation dans les forêts pourrait devenir encore pire. Selon ce système, les communautés seraient autorisées à produire des cultures sur les terres des forêts.

Certains responsables disent que les communautés pourraient être encouragées à protéger les forêts indigènes si ceci leur garantissait l'accès aux terres agricoles. D'autres, sous la direction du vice-ministre de l'Environnement et lauréate du Prix Nobel Wangari Mathai, soutiennent que le shamba résultera en une perte supplémentaire de la faune et de la flore.

Mathai a obtenu le Prix Nobel de la paix en 2004 pour son travail dans la protection environnementale. Elle est fondatrice du Mouvement de la ceinture verte, un groupe de protection qui a amené des femmes à planter environ 30 millions d'arbres.

Une menace supplémentaire est représentée par l'exploitation illégale du bois, notamment dans la région Mau de la Vallée du Rift et la Forêt du Mont Kenya, dans le centre du pays. Des camphriers et des cèdres, qui produisent des variétés de bois prisées, seraient des cibles particulières des bûcherons.

Face à ces dangers, le Mouvement de la ceinture verte a prévenu que le gouvernement devra adopter une approche plus inclusive si les forêts indigènes doivent survivre.

"Toutes les communautés doivent être impliquées dans la plantation et la replantation des arbres indigènes pour permettre la régénération des forêts naturelles, puisque cela protège la majeure partie de la biodiversité", a dit à IPS, Njogu Kahare, chargé de programme au Mouvement de la ceinture verte.

De telles questions faisaient l'objet d'étude au moment où la communauté mondiale a célébrait la Journée internationale de la diversité biologique (22 mai). Cette journée a été mise en relief par les Nations Unies pour renforcer la sensibilisation sur le fait que la survie de l'homme dépend de la sauvegarde de tout un ensemble de faune et de flore sur la terre.

Comme l'indique le thème de la diversité biologique de 2005, 'La biodiversité est l'assurance vie de la vie elle-même'.

A l'heure actuelle, des populations croissantes et certaines formes de développement conduisent à la réduction de la biodiversité.

Pour mettre fin à cette tendance, la Convention sur la diversité biologique a été présentée pour signature à la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement de 1992, qui s'est tenue dans la ville brésilienne Rio de Janeiro. Le traité, maintenant ratifié par plus de 170 pays, est entré en vigueur en 1993.

Il a fixé 2010 comme l'année où la perte de la biodiversité doit être considérablement réduite. Le succès ou l'échec des efforts mondiaux à cet égard sera déterminé, entre autres, par le degré auquel les écosystèmes (comme les régions forestières) sont en train d'être gérés de façon durable – et le nombre d'espèces classées comme menacées.

Des écologistes vont également déterminer combien de produits que nous consommons viennent de sources durables, et si des espèces extraterrestres ont été introduites dans certains habitats – ou autorisées à exclure leurs homologues indigènes.

Les visées de la Convention sur la diversité biologique se reflètent également dans les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies, adoptés par des dirigeants de la planète en 2000 en vue de s'attaquer aux aspects clés de la pauvreté et du sous-développement. Le septième OMD demande que la notion de la durabilité de l'environnement soit introduite dans les politiques et programmes adoptés par les gouvernements.

Toutefois, un communiqué de presse publié la semaine dernière par le secrétariat de la convention a fait remarquer que tous les OMD seront plus difficiles à atteindre si de plus grands efforts ne sont pas faits pour préserver la biodiversité. (Le secrétariat basé à Montréal, au Canada, aide à surveiller la mise en œuvre de la convention sur la biodiversité).

"Moins de biodiversité conduit à une baisse des biens et services cruciaux de l'écosystème nécessaires pour la vie, tels que la nourriture, l'eau potable, et les matériaux pour l'habillement et le logement", a souligné le document du 19 mai.

"Bien que tout le monde dépende de la biodiversité, ce sont les pauvres qui vont, d'une façon disproportionnée, supporter les frais de cette perte".